La culture de la vie

Au Maroc, la question de l’environnement est une priorité nationale. Des stratégies ont été élaborées, une loi a été votée et des actions d’envergure menées avec succès. Mais c’est insuffisant et une véritable politique nationale en matière d’environnement doit être mise sur pied, qui servira de socle aux projets économiques et sociaux, une politique à  dimension éducative.

Longtemps, on les a pris pour de doux rêveurs. Vouloir sauver la planète est une bien noble intention, disait-on aux écolos, mais les préoccupations du plus grand nombre sont ailleurs, dans ce qui fait la vie quotidienne. Cela reste en partie vrai. Sauf que notre mère la Terre se rappelle désormais à notre souvenir, nous qui la peuplons de manière de plus en plus affirmée. Les conséquences des maltraitances qu’on lui fait subir s’invitent à la table et en perturbent le menu, rappelant à qui voudrait l’oublier que notre survie à tous dépend de sa survie à elle.

Il ne se passe plus un jour sans que la problématique écologique ne se pose sous une forme ou sous une autre. Le dérèglement climatique manifeste auquel on assiste depuis quelques années contribue substantiellement à la prise de conscience générale. Même dans les pays du Sud, pour qui la prise en compte de l’environnement a longtemps été considérée comme un luxe réservé aux pays riches, elle doit désormais s’intégrer parmi les priorités. Une priorité de plus qui, parfois, ne s’accorde pas avec les autres priorités, mais dont l’importance ne saurait être davantage occultée.

Le côté spectaculaire et dramatique des raz-de-marée et ouragans qui ont endeuillé récemment, et à intervalles réguliers, des régions entières frappe suffisamment les esprits pour que plus personne ne reste indifférent. «La fréquence des catastrophes causées par les inondations et les tempêtes a augmenté nettement au cours des dernières années, déclarait il y a quelques jours à New York le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.

Rien qu’au cours des dernières semaines, d’énormes inondations ont ravagé le nord de l’Inde et les ouragans Gustav, Hanna et Ike ont frappé le Golfe du Mexique, affectant des millions de personnes.» Plus proche de nous, ce 3 octobre, à la porte du désert, en Algérie voisine, une crue gigantesque, comme on n’en voit qu’une par siècle, s’est produite. Des pluies diluviennes ont transformé en torrent tous les ruisseaux entourant Ghardaïa, la grande ville touristique du Sud, causant des dégâts considérables avec un bilan des victimes évalué à 31 morts et 50 blessés.

Les dernières précipitations nous ont donné aussi notre lot d’inondations, de plus faible ampleur, certes, mais avec des conséquences sociales et politiques qui ont fait la une des journaux. Ainsi, le 29 septembre dernier, a-t-on frôlé l’émeute à Nador en raison des dégâts occasionnés par les pluies à des infrastructures pourtant toutes récentes.

Devant les routes endommagées, les ponts fissurés, les voitures et les maisons inondées, les habitants sont sortis de leurs gonds. Les débordements de la nature ne sont pas là seuls en cause. S’y sont rajoutées l’incurie et la cupidité de certains responsables locaux (les infrastructures en question venaient tout juste d’être inaugurées par le Souverain), d’où la révolte populaire. Cela montre à qui voudrait l’oublier qu’en matière d’environnement, on ne saurait continuer à se contenter d’à-peu-près.

Dans le discours précité, le secrétaire général de l’ONU attirait justement l’attention des gouvernants sur la possibilité d’agir en amont pour réduire les risques des intempéries, expliquant que «des bâtiments bien conçus, une utilisation appropriée des terrains, une formation du public, une préparation des communautés et des systèmes d’alerte efficaces peuvent réduire l’impact des pires événements météorologiques».

S’il n’est pas dans l’œil des cyclones et à la merci de leurs colères monstrueuses, le Maroc n’en connaît pas moins des problèmes environnementaux graves qui affectent la santé de ses habitants et entravent sur le long terme son développement. Des statistiques déjà anciennes estimaient à plus de 8% du PIB les dégâts causés à l’environnement.

La pollution de l’air et des eaux, le recyclage des déchets, la déforestation massive, les atteintes causées à la biodiversité par des promoteurs immobiliers obnubilés par le seul profit sont des dossiers que l’on ne peut plus considérer comme secondaires. Certes, sur le plan du discours, le Maroc fait de la question de l’environnement une priorité nationale.

Des stratégies ont été élaborées, une loi a été votée et des actions d’envergure tels le programme des plages propres chapeauté par la Fondation Mohammed VI pour l’environnement ont été menées avec succès. Mais cela reste à ce jour insuffisant.

Une véritable politique nationale en matière d’environnement doit être mise sur pied, une politique qui ne se résume pas à des slogans mais servira de socle aux projets économiques et sociaux, une politique à dimension éducative, également, qui œuvre à développer une culture de l’environnement. Cette culture-là n’est pas n’importe quelle culture. Elle n’est ni plus ni moins que la culture de la vie.