Il n’y a pas que des épreuves de force au tribunal

« Vous pouvez prendre la main de votre épouse, Monsieur, le tribunal vous y autorise », conclut le juge. Obéissant à l’injonction amicale du magistrat, le jeune homme prit la main de la jeune dame, Déclenchant, à la surprise générale, une réaction spontanée des personnes présentes dans la salle…qui se levèrent debout comme un seul homme et se mirent à applaudir le couple…

Il n’y a pas de fêtes de Noël au Maroc, pays arabo-musulman, mais cela n’empêche pas les contes de fées d’exister, comme cela s’est récemment produit dans un tribunal casablancais. Nous sommes un jour de semaine, au pôle social et famille du tribunal, là où se traitent les affaires de divorces, séparation ou encore garde des enfants. L’ambiance y est rarement festive, car le sort et le destin de plusieurs familles se jouent entre ces murs austères, dans les grandes salles d’audience, aux plafonds élevés. Le magistrat qui préside l’audience est un vieux routier du prétoire, et des histoires de couple, il en a vu passer sous ses yeux des centaines. Ce jour-là, il expédie les affaires, assez rapidement, les unes après les autres. Le timing serré et le nombre élevé de dossiers à traiter empêchent toute perte de temps, que requiert l’étude approfondie de chaque cas. Vint le tour d’un jeune couple, en instance de divorce. La loi, dans un souci louable d’apaiser les tensions sociales, a prévu qu’avant de prononcer un divorce, le juge tente une ultime conciliation ; qui sait, cela pourrait parfois sauver certains couples ? Les jeunes époux semblaient impressionnés par le décorum de la salle d’audience, et le magistrat entreprit l’interrogatoire d’usage : identification des personnes, vérification de leur acte de mariage (occasion de jeter un coup d’œil sur ce document, l’informe de certains détails, comme la date du mariage, l’adresse du domicile conjugal ou encore la profession des intéressés). Après ces actes de procédure, faits à voix haute, (publicité des débats, oblige), le juge demanda au jeune couple de s’approcher de l’estrade où il siégeait, lui et ses assesseurs. S’ensuivit un conciliabule, inaudible depuis les bancs du public, qui ne pouvait que constater qu’un dialogue s’était instauré, d’abord entre le juge et les parties, puis entre les parties elles-mêmes, sous le contrôle attentif et le regard concentré du président. Une dernière question à voix basse, suivie d’une ultime réponse sur le même ton, et voilà le juge se redressant, se tournant vers son greffier, pour lui dicter (à voix haute cette fois) le compte rendu de l’audience.

Après quelques considérations techniques concernant le dossier (date, présence des parties, résumé des débats), il annonça gravement: «Et donc, suite à l’initiative de la Cour, et à la conciliation entreprise, les deux parties déclarent renoncer à leur intention de divorcer et confirment leur décision de poursuivre leur vie de couple, chaque partie affirmant simplement la nécessité d’apporter quelques aménagements à leur vie actuelle». Le dossier est clos, et les parties, après avoir signé le procès-verbal de l’audience, sont autorisées à quitter la salle. Ce qui fut fait en quelques minutes, le couple remontant ensuite la travée centrale pour quitter les lieux. «Vous pouvez prendre la main de votre épouse, Monsieur, le tribunal vous y autorise», conclut le juge. Obéissant à l’injonction amicale du magistrat, le jeune homme prit la main de la jeune dame, déclenchant, à la surprise générale, une réaction spontanée des personnes présentes dans la salle…qui se levèrent debout comme un seul homme et se mirent à applaudir le couple. Sous le regard médusé du président, qui n’osa pas réclamer un peu de calme dans la salle, comme il le faisait souvent. Il se contenta de donner quelques coups sur la table avec son marteau d’audience…déclenchant une seconde réaction, le public se tournant alors vers lui, tout en continuant d’applaudir…. Cela ne dura que quelques instants, avant que le magistrat n’ordonna l’arrêt des applaudissements, puis prononça une suspension d’audience, …afin, sans doute, de reprendre lui-même ses esprits. Comme quoi, il ne se passe pas que de vilaines choses dans un tribunal !