Faits divers plus ou moins culturels

On sait que la Logan a le vent en poupe en ce moment, mais pas seulement : il y a aussi son logo. Ce presque losange d’un beau bleu reflétant des rangées de petits triangles a un succès fou et on se l’arrache dans tous les sens du mot.

«Lu, vu, entendu». Cette formule trilogique est séduisante par sa concision autant que par la promesse de son contenu. Utilisée déjà par Driss Chraïbi comme titre d’un récit sous forme de journal, elle sert depuis peu comme rubrique culturelle en fin du JT de Soir 3 (France 3) à la pétillante présentatrice Marie Drucker. C’est donc avec plaisir et gratitude que l’on va leur emprunter la formule pour évoquer trois sujets divers en respectant l’ordre qu’elle annonce.

Lu dans la presse arabe du Moyen-Orient, cette polémique lancée par l’écrivain algérien Rachid Boujedra qui a traité nombre de ses confrères et néanmoins compatriotes, Tahar Ouettar, Yasmina Khadra et Mohamed Dib d’auteurs mineurs.

Il a aussi, dans la foulée, affirmé que l’écrivain égyptien, Najib Mahfoud, est un romancier pour adolescents et dit pis que pendre sur sa compatriote Assia Jebbar, récemment élue à l’Académie française. Lors d’un long entretien accordé à l’hebdomadaire libanais Assafir, Boujedra a également fait état de ses «engagements passés», sa critique du régime et exprimé bien d’autres amabilités et noms d’oiseaux.

Tout cela n’est pas passé sans que le romancier arabophone algérien mis en cause, Tahar Ouettar, réplique par une lettre incendiaire envoyée à plusieurs organes de presse et relayée par quelques sites sur le Net. Bref, comme le signale le correspondant d’Alger du quotidien Al Qods, les deux romanciers algériens ont inauguré un «été littéraire chaud en Algérie».

Il faut dire que Ouettar , en réponse à Boujedra, a sorti la grosse artillerie et déterré une ancienne polémique lancée en 1987 suite à la dénonciation de Boujedra pour plagiat d’un texte du poète marocain Mohamed Bennis (Bayane Al Kitaba, «Manifeste de l’écriture»).

En effet, l’auteur de L’escargot entêté, avait pompé et publié le texte de Bennis sous son propre nom dans un journal, mais le pot aux roses a été découvert et dénoncé par l’écrivain algérien Bakhti Benaouda, décédé depuis. Une polémique avait alors éclaté et fait grand bruit en Algérie comme dans les cercles littéraires du monde arabe. Dégoûté mais magnanime, le poète Mohamed Bennis ne voulait pas à l’époque envenimer les choses, mais il garde encore toutes les preuves du pillage de son texte par Boujedra.

Maintenant, il faut dire que le romancier Tahar Ouettar traîne, lui aussi, une autre casserole dans l’affaire concernant l’insulte faite à la mémoire de son compatriote, l’excellent et regretté écrivain Tahar Djaout au lendemain de son assassinat par des islamistes dans les années 90.

Qu’est-ce que la littérature vient faire dans tout cela, me diriez-vous ? A vrai dire, rien. Mais c’est la rubrique «Lu».
Vu. Dans la presse d’ici : une pub vantant la fameuse voiture économique d’origine roumaine Dacia Logan. On sait que ce modèle a le vent en poupe en ce moment, mais pas seulement le vent : il y a aussi son logo.

Ce presque losange d’un beau bleu reflétant des rangées de petits triangles a un succès fou et on se l’arrache dans tous les sens du mot. En effet, on a assisté depuis quelque temps à une recrudescence de vol par l’arrachage des deux logos fixés au devant et à l’arrière de la voiture.

Les propriétaires les plus prudents le fixent solidement en usant de vis dissuasives au risque de gâcher le charme du design. Mais voilà que la pub pour la Logan en question nous rappelle ce que les chapardeurs savent déjà : «Même son logo est un succès». Un peu, mon neveu ! Mais comme on est sympa chez Dacia, on vend «deux logos à seulement 140 DH TTC au lieu de 512 DH TTC», un prix défiant toute concurrence ? Il faut voir à combien les voleurs de logos les fourguaient sur le marché.

Entendu. Dans le train navette Rabat-Casa. Arrivé à la gare Agdal en ce matin de grande chaleur, le nouveau train climatisé – lavé, parfumé et tout et tout… – est plein comme un œuf. Soudain, la belle et célèbre voix féminine enregistrée annonce dans les deux langues et à deux reprises : «Gare de Salé-Tabriquete».

Léger mouvement non pas de panique – n’exagérons rien – mais d’étonnement auprès de quelques usagers non avertis. Et puis un grand éclat de rires d’un groupe de femmes, suivi de ce commentaire moqueur visant la Voix : «Wa bayna Manaâchass bakri l’bareh !» (C’est clair, elle n’a pas dû se coucher tôt hier !)» Plus loin, un homme plongé dans la lecture d’un livre miniature en remuant les lèvres, comme imitant un poisson hors de l’eau, lève la tête et pousse un soupir en proférant seulement cette formule passe-partout où la dénonciation se mêlent à la résignation : «La haoula wa la qowata illa billah».