Est pris qui croyait prendre

C’est une histoire qui offre un formidable exemple de la manière dont on fait dire aux textes religieux ce qu’on veut. Et comment on les adapte selon les circonstances. Les salafistes grondent contre «la débauche» mais font leurs petites affaires sous couvert de mariage orfi.

Oublions leur appartenance politique, oublions leur positionnement idéologique et arrêtons-nous juste sur le point suivant : A 54 et 53 ans, Moulay Omar et Fatéma, parents respectifs de sept et six enfants, ont été dans l’obligation, pour s’aimer, de le faire en cachette, dans une voiture stationnée au milieu de nulle part. Au-delà de l’aspect vaudevillesque de ce scandale retentissant, l’inacceptable n’est-il pas d’abord là ? Dans cette affaire, qui n’en aurait pas été une dans un pays respectueux des libertés individuelles, on aurait aimé ne s’arrêter que sur le côté romantique, l’histoire d’’amour entre deux quinquagénaires qui, à l’âge de raison, sont l’objet d’une passion qui les pousse à se conduire en adolescents. S’ils n’avaient été ces prédicateurs au verbe moralisateur, toujours à traquer la faute, à chercher le vice dans le moindre regard échangé entre un homme et une femme, plutôt que déchaîner le rire et la moquerie, leur romance aurait ému, attendri. Mais voilà Moulay Omar Benhammad et Fatema Nejjar ne sont pas n’importe lesquels des amoureux. Ils sont ceux-là mêmes qui, par leurs sermons et leur prétention à ordonner le bien et à interdire le mal au nom d’une lecture fondamentaliste de l’islam, ont contribué à la régression sociétale à laquelle nous assistons. Ils sont ceux-là qui ont contribué à forger une jeunesse à l’esprit fermé, qui pour ne pas, ou l’avoir mal côtoyée, méconnaît l’autre, et surtout, du fait des interdits pesant sur les relations entre hommes et femmes, est exposée à la frustration sexuelle. Une frustration dont les conséquences peuvent être redoutables. On se rappelle de l’épisode honteux de Cologne lors duquel de jeunes étrangers, identifiés pour la plupart comme Marocains, ont agressé sexuellement des dizaines de femmes le soir de la Saint-Sylvestre. La frustration sexuelle nourrit la violence en l’individu et en fait une bombe prête à la déflagration. Et ce sont ces bombes, au sens propre et au sens figuré, qui nous explosent à la figure aujourd’hui. Pour en prendre la mesure, il suffit de se reporter à la promesse faite aux candidats au djihad de trouver, comme récompense suprême à leur «sacrifice», des houris en nombre illimité dans leur attente au paradis. L’obsession sexuelle, exprimée par cette volonté maladive de contrôle et de soumission des femmes considérées comme des tentatrices en puissance, est au cœur de l’islamisme. Cette idéologie fabrique des obsédés sexuels à tour de bras. Nos amoureux du MUR étaient de ceux qui agitaient en permanence dans leurs prédications la menace d’un Satan officiant dans les têtes à têtes entre un homme et une femme. Alors comment ont-ils justifié leur présence, seuls, aux premières heures de l’aube dans une voiture sur une plage déserte ? Ils ont argué avoir contracté un mariage «orfi». Qu’est-ce qu’un mariage orfi ? Il s’agirait d’un mariage par fatiha mais qui n’est pas enregistré auprès du tribunal, donc légalisé, donc officialisé. Pour leurs défenseurs salafistes, point de mal en la demeure puisque Moulay Omar et Fatéma étaient, pour reprendre l’expression consacrée, mariés devant Dieu. Sauf que cela aurait été en secret. Or qu’est-ce qu’un mariage sinon l’officialisation d’une union de deux personnes? Si on les prend au mot et les suit dans leur raisonnement, n’importe quel couple, dès lors qu’il prononce la fatiha en présence de deux témoins pourrait avoir des relations sexuelles légitimes. Mais c’est une nouvelle formidable ! Vous avez compris les jeunes ! Chaque fois que vous aurez envie de faire «dodo» ensemble, vous vous ramenez deux copains, vous lisez une petite fatiha et le tour est joué ! Vous serez bien avec Dieu et surtout, le plus important, avec ses ouailles qui prêchent le bien et condamnent le mal. On comprend que le chef du gouvernement, toujours prompt à défendre les siens, n’ait pipé mot sur le sujet ! Cette histoire offre un formidable exemple de la manière dont on fait dire aux textes religieux ce qu’on veut. Et comment on les adapte selon les circonstances. Les salafistes grondent contre «la débauche» mais font leurs petites affaires sous couvert de mariage orfi. Chez les chiites, ils ont mieux encore avec le «zaouaj almout3a» (mariage de complaisance) qui permet de se marier pour un temps donné, fût-ce pour une heure !

La loi des séries jouant, la semaine s’est conclue sur un autre scandale sexuel, celui de cet imam surpris en pleins ébats à l’intérieur même d’une mosquée. Rien de nouveau sous le soleil sauf qu’avec les réseaux sociaux, l’information se diffuse immédiatement à grande échelle. Mais la bonne nouvelle, c’est que, pour la première fois, une association proche du PJD, le Forum de la dignité, en affichant sa solidarité avec Omar et Fatéma, a appelé à la révision des articles du Code pénal sanctionnant les relations hors mariage. Il reste à espérer que cette affaire, par cette mise à nu de l’hypocrisie des donneurs de leçons, aidera à faire avancer la cause des libertés individuelles.