Dette honteuse

Au Wydad, Fakhreddine Rajhi est bouté hors du club, pendant que le Suisse Michel Decastel, en chômage depuis un an, s’y retrouve reçu à portefeuille ouvert (150?000 DH mensuels). Au CODM, Hicham Idrissi, sonné par une conspiration acharnée, jette l’éponge. Quels péchés auraient-ils commis pour se faire ainsi débarquer ? L’un peut se reprocher d’avoir fait gagner à son équipe la troisième et fort honorable marche malgré la médiocrité qualitative de son effectif ; l’autre doit se mordre les doigts d’avoir extrait le CODM du purgatoire pour lui faire retrouver le paradis perdu. Le premier a sauvé miraculeusement la saison du Wydad ; le second a réconcilié toute une région avec le football. Ils auraient dû être portés au pinacle, ils furent cloués au pilori. «Ingratitude» est le mot qui affleure à la bouche quand on essaie de qualifier cette attitude indigne. L’ingratitude n’est pas spécifique au microcosme footballistique, il se trouve qu’elle est une disposition affective caractéristique de la société marocaine. Elle naît de notre volonté de délaisser les anciens et de refuser d’en être les légataires, et aussi de notre manie de brûler, après les avoir encensés, nos contemporains auxquels nous sommes redevables de gloire et d’honneur, afin de ne pas s’en montrer débiteurs. Ne pas payer sa dette, faire bon marché ce que l’on doit à d’autres est un vilain penchant que nous cultivons éhontément.