Corrompus

Ces dernières semaines les vidéos incriminant des agents de la circulation pris (plutôt piégés) en flagrant délit font le buzz. Certes, comme l’avait dit un illuminé: «La corruption a des attraits inexplicables même pour les âmes les plus honnêtes». Ainsi, on se moque par-ci, on balance des slogans anti-corruption par-là, on glisse des commentaires assez sournois et on se délecte comme on peut, suite au sort réservé aux agents culpabilisés. Mais, comble de notre hypocrisie, on est fichtrement nombreux à ne se focaliser que sur un seul côté de la problématique. Qu’un agent d’autorité ou un haut responsable se laisse soudoyer est inacceptable, c’est clair. Mais que penser des citoyens (souvent instruits, moralisateurs et militants occasionnels anti-corruption) qui font de la corruption leur passe-partout ou plutôt leur passe-droit (qu’ils n’appellent d’ailleurs jamais en tant que telle, préférant des termes genre qhaywa, tedwira, hlawa, régalo, bakchich, etc.) ? Ces pseudo-citoyens, et ils sont très nombreux, se vantent de pouvoir tout régler grâce à «l’argent». Un dossier à traiter, un emploi à pourvoir, une autorisation à obtenir, une procédure à accélérer, un plan à modifier… ? Alors vous n’avez qu’à mettre la main à la poche…
C’est cette mentalité qui nourrit plus que tout le fléau de la corruption. Et c’est elle qu’il faut d’abord changer, car comment se vanter devant ses proches d’avoir réussi à éviter une sanction après avoir enfreint la loi et traiter en même temps celui qui vous a «aidé» de «sale corrompu» ? Il n’y a pas plus sale et plus souillé que celui qui tend et qui tente l’autre.