Morsi force les militaires à  quitter le pouvoir

Elu président en juin, l’islamiste Mohamed Morsi a crée dimanche la grande surprise en écartant des rênes du pouvoir l’institution militaire à  travers la mise à  la retraire du tout puissant maréchal Hossein Tantaoui et un certain nombre des dirigeants de l’armée.

Elu président en juin, l’islamiste Mohamed Morsi a crée dimanche la grande surprise en écartant des rênes du pouvoir l’institution militaire à travers la mise à la retraire du tout puissant maréchal Hossein Tantaoui et un certain nombre des dirigeants de l’armée.

Premier civil à accéder à la magistrature suprême, Morsi a depuis son arrivée au pouvoir alterné compromis et bras de fer pour renforcer ses prérogatives surtout après la publication par les militaires d’une déclaration constitutionnelle complémentaire.

En tentant de se défendre de vouloir marginalisé l’armée, le président égyptien, par la voix de son porte-parole a expliqué que la décision « souveraine » prise par le chef de l’Etat visait à « injecter du sang neuf » dans une armée qui cherchait à renforcer son contrô le sur le nouvel élu.

Pour Morsi, ces décisions portant sur la mise à la retraire de Tantaoui et du chef d’Etat Major des forces armées, ainsi que des commandants de la marine, de la défense aérienne et l’armée de l’air, « ne visaient pas certaines personnes et n’avaient pas non plus pour but de gêner les institutions, et ce n’était pas non plus mon but de restreindre les libertés ».

« Je n’ai pas voulu envoyer des messages négatifs à propos de qui que ce soit, mais mon objectif était de servir cette nation et son peuple », a-t-il ajouté en rendant hommage au travail des forces armées.

Pour sa part, le général Mohamed al Assar, promu vice-ministre de la Défense, a expliqué que la décision du chef de l’Etat avait été prise après des consultations avec le Conseil suprême des forces armées (CSFA) et son président, le maréchal Hossein Tantaoui (76 ans) qui est considéré comme un pilier du régime Moubarak dont il a été le ministre de la Défense pendant 20 ans avant d’assurer la transition sous la pression de la rue au lendemain de la « révolution du Nil ».

Pour renforcer ses pouvoirs affaiblis par les militaires, M. Morsi a également décidé l’annulation de la Déclaration constitutionnelle complémentaire qui accorde une marge de manoeuvre très réduite face à l’armée qui s’est vue attribuée de vastes pouvoirs, en conditionnant la tenue de nouvelles législatives à la rédaction d’une nouvelle constitution par une commission ad hoc et son adoption par voie de référendum.

Ce texte qui avait amendé une première déclaration constitutionnelle promulguée par les militaires en mars 2011, précise que l’armée s’est formellement attribuée le pouvoir législatif jusqu’à l’élection d’un nouveau Parlement

La rédaction de la nouvelle constitution sera confiée à une « commission constitutionnelle représentant toutes les franges de la société » et qui disposera de trois mois pour terminer ses travaux, selon cette déclaration.

La Déclaration accorde, en outre, un droit de veto à l’armée sur tout article qu’elle estime « contraire aux intérêts suprêmes du pays » et la possibilité de former une nouvelle commission constitutionnelle si l’instance actuelle, dominée par les islamistes, « est empêchée d’accomplir sa mission ».

Suite à ces décisions, des milliers de personnes ont fêté dimanche soir sur l’emblématique place Tahrir au Caire l’annonce de la mise à l’écart du ministre de la Défense le maréchal Hussein Tantaoui et le renforcement des pouvoirs du président.

« Le peuple appuie la décision du président », scandait la foule après l’annonce de la mise à la retraite de Tantaoui, ministre de la Défense depuis vingt ans et qui fut le chef d’Etat de fait entre la chute de Hosni Moubarak en février 2011 et l’élection de M. Morsi en juin dernier.

En réaction, un responsable islamiste a fait valoir que l’Egypte ne pouvait pas continuer à être gouvernée par « deux têtes ». Dans ce sens, le porte-parole du parti salafiste « Al nour » a souligné que ces changements relèvent des compétences du chef de l’Etat.

De son cô té, l’ancien chef de l’agence internationale de l’énergie atomique et fondateur du parti « Addoustour » a souligné l’importance de ces décisions qui constituent un « pas sur la bonne voie ».

Toutefois, il a critiqué le cumul par le président des pouvoirs législatif et exécutif qui « va à l’encontre des principes démocratiques ». Dans ce sens, il a appelé à la restructuration de l’assemblée constituante afin qu’elle représente toutes les composantes de la société.

Quant au célèbre journaliste Hamdi Qandil, il a, sur sa page Twitter, indiqué qu’ « il s’agit d’un coup d’Etat civil pour contrecarrer un autre coup d’état contre le président, prévu le 24 août prochain ». Pour sa part, l’activiste Mamdouh Hamza a indiqué qu’il s’agit de la plus importante décision de Morsi depuis son élection.

Pour Essam Soltane du parti « Al Wassat », ces décisions sont de nature à renforcer les piliers de l’Etat civil.

De son cô té, la Jamaa islamiya, mouvement Jihadiste qui a renoncé à la violence dans les années 1990, a exprimé le soutien à ces décisions qui consacrent la légitimité du chef de l’Etat.