Vieux, femmes voilées… La diversité en entreprise gagne du terrain

De plus en plus d’entreprises se sont rendu compte que les discriminations, sous quelque forme qu’elles soient, constituent un obstacle à  leur progression. Aucune entreprise n’échappe toutefois au dictat des discriminations. Si le problème existe toujours, il est rarement affiché de manière claire.

Vieux, femme voilée, handicapé, immigrant, noir, homosexuel… Aucune entreprise n’échappe au dictat des discriminations. Si le fléau existe, il est rarement affiché de manière claire dans les entreprises. Par exemple, beaucoup de femmes voilées disent être victimes de discrimination à l’embauche, même si les entreprises commencent à lâcher du lest sur ce point. Mais elles ne sont pas les seules. Dans notre société envahie par l’image, on peut dire que le physique nous impose parfois son poids. L’âge est également l’une des formes de discrimination les plus répandues. Les offres d’emploi sont édifiantes sur ce critère. Au-delà de 35 ans, les chances de trouver un emploi s’amenuisent. Et ne parlons pas des séniors quinquagénaires. Pour se dédouaner, certains employeurs invoquent les problèmes de reconversion et les prétentions salariales qui peuvent être trop élevées par rapport aux attentes d’un jeune. Pour ce DRH, «la société marocaine n’a pas encore créé de cadre favorable à cette population. Le plus souvent, les séniors se mettent à leur compte ou se replient dans un cadre associatif. Au moins, ils ont la possibilité de trouver d’autres satisfactions personnelles, d’autres sources de motivation, de la reconnaissance, le sentiment du service rendu…».

Vient ensuite le sexe. Une femme de 35 ans, ayant quatre enfants, possède moins de chance de trouver un emploi, encore moins d’être retenue, surtout pour certains types de postes.  
Sans parler d’entreprises taxées de discriminantes sur le plan de l’appartenance ethnique ou régionale. Bref, autant de stéréotypes qu’on trouve sur la place et ailleurs.  
Et pourtant, beaucoup de spécialistes ne jurent que par la diversité. Comme partout dans le monde, les entreprises se sont rendu compte que les discriminations, sous quelque forme qu’elles soient, constituent un obstacle à leur progression. «Une entreprise qui met en œuvre une politique de diversité prouve que son management est ouvert et renforce par la même occasion son image auprès de la communauté», note Chouaib Hadouiri, DRH du groupe Nareva et actuel président de l’Institut marocain de l’audit social (IMAS).

En plus, c’est un bon outil de motivation pour les équipes. La richesse humaine, la diversité des points de vue et des expériences sont des facteurs stimulants qui entraînent une émulation des équipes et une démultiplication des échanges.
De même que sur le plan légal, l’entreprise qui déploie une stratégie de diversité se voit protégée contre les possibles procès de violation des droits de l’Homme.
 

A ce jour, seul la parité homme/femme semble cristalliser les esprits

Certaines entreprises comme Accor se sont impliquées concrètement en mettant en place une charte de diversité. «La diversité et la lutte contre les discriminations font partie des préoccupations majeures du groupe depuis plusieurs années. Elle s’appuie sur plusieurs engagements, notamment l’égalité des chances au travail, la lutte contre toute forme de discrimination liée à l’origine ethnique, sociale ou culturelle, au sexe, à l’âge, aux caractéristiques physiques, au handicap, aux convictions religieuses, aux langues, à la situation familiale, aux activités syndicales…, la mise en place des actions à travers le monde, la communication sur la politique RH avec l’ensemble des collaborateurs…», explique Tijania Birouk Thépegnier, DRH d’Accor Maroc.

Pour sa part, le DRH du Groupe Nareva précise à ce titre qu’«au Maroc comme dans beaucoup de pays, on assiste à une prise de conscience de l’importance de lutter contre toute forme de discrimination. Ceci apparaît à travers les discours du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) ou le Conseil économique et social (CES) ou dans les milieux des chercheurs et professionnels véhiculant des messages promouvant responsabilité sociale, équité, mixité femme/homme, égalité des chances … Cet état de fait est la conséquence de la sensible augmentation de la prise en considération de cette question dans les instruments législatifs».

D’ailleurs, l’article 9 du code du travail prévoit qu’il est interdit à l’encontre des salariés toute discrimination fondée sur la race, la couleur, le sexe, le handicap, la situation conjugale, la religion, l’opinion politique, l’affiliation syndicale, l’ascendance nationale ou l’origine sociale, ayant pour effet de violer ou d’altérer le principe d’égalité des chances ou de traitement sur un pied d’égalité en matière d’emploi ou d’exercice d’une profession, notamment en ce qui concerne l’embauche, la conduite et la répartition du travail, la formation professionnelle, le salaire, l’avancement, l’octroi des avantages sociaux, les mesures disciplinaires et le licenciement.
Notons par ailleurs que l’article 6 de la Constitution garantit à tout citoyen la liberté d’exercer ses convictions religieuses.

Cela dit, à ce jour, la parité homme/femme semble le seul sujet qui cristallise les esprits. D’ailleurs, sous la pression politique et sociale, les entreprises se sont engagées dans les processus de mise en conformité avec la loi, qui consiste, entre autres, à un engagement à pratiquer l’égalité de traitement. L’Etat a même publié, il y a quelques années, une circulaire qui exige que toute administration publique applique l’approche «genre», c’est-à-dire les principes d’équité et d’égalité.
Ce n’est donc pas pour un simple désir de se faire distinguer que certaines entreprises veulent accélérer la promotion de la femme en adoptant une politique que l’on peut qualifier de discrimination positive. Concrètement, cela consiste, autant que faire se peut, à partager les postes à pourvoir de manière équitable entre les deux sexes, que ce soit pour une opération de recrutement ou pour la promotion interne, et ce, à tous les niveaux hiérarchiques. Cette situation n’est pas propre au Maroc. Même dans les pays industrialisés, les femmes continuent de se battre pour que leurs droits dans l’entreprise soient reconnus.

Les VIIIe rencontres de la diversité organisées au Maroc pour la première fois ont quelque peu ouvert la boîte de Pandore et surtout mis la lumière sur la nécessité d’adapter les pratiques managériales aux règles de la mixité sociale et de l’égalité des chances. Elles ont été couronnées par une cérémonie de remise des prix aux entreprises socialement responsables, ayant réalisé et réussi des projets en faveur de la diversité. Les entreprises lauréates étaient de différentes catégories : multinationales, entreprises marocaines et organismes publics. Philippe Pozzo di Borgo, icône symbolique de la lutte pour l’insertion des handicapés, dont le parcours a été adapté au cinéma dans le célèbre film Intouchables, avait coprésidé la cérémonie, lui portant ainsi un caractère hautement symbolique.

A lire aussi :

Tijania Birouk Thépegnier : «La diversité a fait l’objet d’une charte au sein de notre groupe»

Chouaïb Hadouiri : L’entreprise se nourrit des différences de ses ressources humaines

Adil Chaouki : «La diversité est un facteur de performance»