Vers une intégration logistique de la production dans la stratégie de l’entreprise

La participation de la fabrication, tant à l’élaboration de la stratégie de l’entreprise qu’au développement des produits nouveaux, est désormais une réalité. Manager par une approche systémique et orientée processus facilite l’intégration de la production dans la stratégie globale de l’entreprise.

Rabii El Gomri
Docteur et professeur de Supply chain management à l’ISTL

La stratégie des entreprises industrielles a longtemps été une stratégie de production, et elle l’est encore pour certaines économies. Pour la plupart des industries, il a fallu plus d’un siècle pour concevoir une stratégie basée sur l’analyse des informations qui remontent de l’aval, autrement dit une stratégie centrée sur le client. Dans cette pensée, le consommateur devient un acteur dynamique de la chaîne logistique.

Le comportement des entreprises marocaines, à une époque récente encore, montre combien la stratégie industrielle a peu pesé dans la stratégie des entreprises parce qu’elles n’ont pas toujours su inscrire une dimension industrielle cohérente avec leurs ambitions au plan marketing. On pourrait d’ailleurs ajouter que si certaines d’entre elles ont réagi au niveau industriel, d’autres, et tout particulièrement la distribution, n’ont pas encore tout à fait changé de comportement au niveau logistique.

La notion de chaîne logistique intégrée (supply chain) avec l’appui d’outils du Business Intelligence, remet en quelque sorte les choses en place. Aujourd’hui, l’heure est à l’intégration pour mieux servir le client, jusqu’à aller au devant de ses désirs. La stratégie de l’entreprise ne peut alors se contenter de se concentrer sur l’optimisation de l’une ou l’autre de ses ressources. C’est l’ensemble qui doit être optimisé et, pourquoi pas, l’ensemble des ressources des partenaires de l’entreprise, fournisseurs et clients inclus.

L’analyse marketing est donc à la base de la définition de la strategie industrielle. C’est au travers de cette analyse qu’apparaissent les besoins du marché. C’est aussi au travers de cette analyse que se dessinent les besoins tant au plan logistique proprement dit qu’au plan de la fabrication. A cet effet, l’analyse dit faire ressortir les qualités et les caractéristiques qui font qu’un produit sera générateur de commandes, celles qui lui donnent un avantage concurrentiel, qui en font un produit gagnant. Bien évidemment, ce produit doit au préalable avoir les caractéristiques minimums requises pour que le client envisage de le commander, des caractéristiques dites «qualifiantes», on peut citer parmi d’autres : son prix, sa qualité et sa fiabilité de fonctionnement, le service au client, la variété de la gamme, etc. La qualité par exemple a été le critère gagnant pour les fabricants japonais de matériel électronique grand public aux Etats-Unis au début de leur implantation sur ce marché, à une époque où, sur ce même marché, le critère sur lequel se battaient les constructeurs américains était le prix. Du jour où les constructeurs américains ont rejoint leurs concurrents japonais sur le terrain de la qualité, le prix est redevenu le critère principal.

La qualité intrinsèque du produit est déterminée lors de son développement

Pour permettre à l’entreprise de réaliser des produits gagnants, il faut bien entendu que le processus de fabrication, aussi bien que le système de gestion de production, soient conçus pour, ou adaptés aux critères.

Aujourd’hui, une réaction se fait jour, particulièrement aux Etats-Unis, et se développe graduellement dans nos entreprises marocaines, réaction qui a commencé avec le développement des méthodes nouvelles telles le MRP (Materials resources planning) et surtout le J-à-T (Juste à temps, JIT) du fameux modèle TPS (Toyota production system).

La participation de la fabrication, tant à l’élaboration de la stratégie de l’entreprise qu’au développement des produits nouveaux, est désormais une réalité.

La qualité intrinsèque du produit, ainsi que sa fiabilité dans le temps sont déterminées lors de son développement, et il en va de même de son prix de revient. La production a pour objectif de fabriquer les produits au prix convenu, dans les conditions de qualité prévues, mais aussi de garantir la fiabilité des livraisons et leur rapidité, et d’offrir une flexibilité suffisante pour répondre aux fluctuations du marché. Qu’il s’agisse de production à la commande, mais aussi de production sur stock, la production contribue à la fiabilité des livraisons par sa capacité à respecter les dates de production promises. C’est grâce à la qualité de l’outil de pilotage (plan industriel et commercial, programme directeur de production, pilotage de l’atelier) et à celle de la réalisation des programmes, donc de la manière dont sont réglées les difficultés de dernière heure, que cette fiabilité peut être assurée.

L’intégration de la gestion de la chaîne n’est possible qu’à condition que les achats ne cherchent pas à obtenir le prix le plus bas en achetant d’importantes quantités de matières tandis que la fabrication cherche à diminuer ses stocks et à s’adapter aux besoins du marché avec plus de flexibilité. Dans cette logique de management transversal, si le processus de fabrication doit faire l’objet d’un choix bien étudié, il en va de même pour l’organisation et la gestion de production. Il ne suffit ni d’acheter un logiciel de Gestion de production assisté par ordinateur (GPAO), ni même de se lancer dans une action MRP ou J-à-T, ou encore de mettre en place un système de rémunération du personnel ou de contrôle de gestion pour atteindre le ou les objectifs fixés.

Le choix du processus de fabrication doit s’accompagner du choix d’un mode de gestion de la production approprié, d’une gestion de la qualité adaptée, d’un plan de formation du personnel et d’une procédure de contrôle permettant à la fois de connaître les coûts de production, mais aussi la performance de la production par rapport aux objectifs fixés pour garantir que les critères du produit dit «gagnant» sont effectivement obtenus tandis que les critères «qualifiants» sont respectés.

Les méthodes de gestion de production qui se sont développées durant ces dernières années nécessitent donc d’être connues et leur champ d’application compris. En outre, toute mise en place d’un système de gestion de production, de même que celle d’un plan qualité s’accompagne d’une information du personnel, de sa formation et de sa participation. Manager par une approche systémique et orientée processus facilite l’intégration de la production dans la stratégie globale de l’entreprise, par le biais aussi d’un système d’information intégré, d’une part, et aligné sur les processus logistiques, d’autre part.