Une communication proactive permet de limiter les rumeurs qui font mal

Mohcine Benzakour, Psychosociologue et enseignant chercheur.

Dans notre société, la médisance qu’on appelle bien chez nous «namima» est interdite religieusement. Il n’empêche que ces ragots font partie de notre quotidien. A mon avis, plusieurs facteurs psychologiques peuvent l’expliquer.
Dans notre société, on cherche à protéger nos valeurs, notre propre territoire. Par conséquent, on use de la médisance soit pour dévaloriser un modèle que nous rejetons, soit pour rabaisser quelqu’un.
Ces dénigrements révèlent nos propres échecs, nos espoirs cachés mais aussi notre incapacité à faire face à une situation ou à se montrer à la hauteur d’un défi. A travers elle, on essaie de dépasser ses limites insurmontables. C’est une violence intérieure qu’on extériorise.
La médisance est aussi une expression du manque d’estime de soi. On essaie de se valoriser au détriment d’autrui. Parce qu’on n’a rien à raconter à notre propos, on va essayer d’attaquer les autres. En psychologie, c’est un signe de détresse.
Le fait est courant dans notre société. Mais à vrai dire, ce sont bien souvent les femmes qui s’adonnent à ces commérages non pas parce qu’elles n’ont rien d’intéressant à faire, mais parce qu’elles sont souvent marginalisées et donc elles cherchent à s’affirmer.
La médisance est aussi provoquée par l’envie. Je m’explique : parce que certains ont été délibérément victimes d’une injustice au sein de l’entreprise, ils choisissent inconsciemment de médire de leur chef ou de leur collègue pour se venger.
Autre exemple, combien de fois n’a-t-on pas descendu en flammes une femme juste parce qu’elle a eu le malheur d’épouser un milliardaire ou, si on se situe dans le contexte professionnel, parce qu’elle a l’oreille du patron sans qu’il n’y ait aucun lien affectif entre eux ?
Enfin, la médisance peut être le fait de préjugés sur quelqu’un. C’est inventer ou montrer du doigt chez autrui des traits de caractère qu’on ne supporte pas.
Comment alors y remédier ? Pour les médisants qui sont des grands bavards, il vaut mieux réfléchir avant d’avancer des propos malsains. Dans le même ordre d’idées, on ne peut pas se permettre de dénigrer un supérieur ou un collaborateur devant autrui… à moins que l’erreur commise par la personne soit vraiment patente. Et là encore on doit y mettre les formes et, s’il le faut, avoir le courage d’en parler directement à la personne concernée. Quand on est dans un groupe, il y a un esprit de corps qu’il faut préserver.
Pour un manager, il est important de développer l’écoute active pour ne pas laisser les bruits de couloir s’installer. Une communication proactive permet de limiter les rumeurs qui font mal.