Une colère peut être saine quand elle est ponctuelle

Manque de reconnaissance dans le travail, comportements jugés immoraux, situation contraire au système de valeurs…, plusieurs facteurs peuvent provoquer la colère.
Utilisée comme moyen d’intimidation, elle finit par anéantir
toute possibilité de dialogue.
Une insatisfaction chronique nuit à la gestion des hommes.

Ghita Mseffer n Psychologue Chez les managers, il y a deux types de colère : celle, momentanée, qui intervient dans les périodes de stress, et la permanente, qui sert à instaurer un climat de crainte et d’inhibition. Une colère permanente infantilise et anéantit la créativité.

Très redoutée par les collaborateurs, la colère peut pourtant être autre chose qu’un mauvais moment à passer. Ses effets sont parfois salutaires pour corriger un dysfonctionnement, pour peu qu’elle soit bien gérée. Explications avec Ghita Mseffer, psychologue.

La Vie éco : Qu’est-ce que la colère ?
Ghita Mseffer : La colère est une émotion qui découle de la manière dont nous apprécions un événement dans un contexte particulier. C’est une affirmation de la personne et elle sert au maintien de son intégrité physique et psychique.
Elle peut être synonyme de souffrance comme de passion. Mais souvent, elle traduit une insatisfaction. Elle est vécue à l’égard de ce qu’on identifie, à tort ou à raison, comme étant responsable de notre frustration. On éprouve donc de la colère envers «l’obstacle» à notre satisfaction.
C’est sur cet aspect que la colère se différencie de la tristesse (qui, elle aussi, traduit une frustration). Dans la tristesse, on est directement en contact avec le manque lui-même, alors que la colère est une réaction à la cause de la frustration.

Quelles sont les situations qui génèrent la colère ?
Plusieurs situations peuvent la générer, à savoir une situation indésirable où il n’y a pas l’intention de nuire, une situation contrariante motivée par une mauvaise intention, une situation contraire au système de valeurs… Les causes de la colère au sein de l’entreprise sont fréquentes. Parmi les plus importantes, on peut citer le sentiment d’injustice, la frustration qui lui est associée, le manque de reconnaissance dans le travail, les comportements jugés immoraux…
En somme, une personne peut se mettre en colère parce qu’elle trouve la situation injuste, parce qu’elle se sent frustrée ou parce qu’elle a peur. Elle peut manifester son emportement ouvertement, comme elle peut l’étouffer parce qu’elle a peur ou qu’elle n’admet pas l’expression de cette émotion.

La colère est-elle une preuve d’autorité ?
Pas du tout. La preuve en est que la personne qui se met en colère perd le contrôle d’elle-même. Elle peut toutefois aider parfois à s’affirmer, à prendre des décisions, à défendre ses convictions et ses valeurs. Mais, maintenue très longtemps, elle est toujours négative parce qu’elle empêche la communication, dans le travail comme dans la vie de famille. En outre, la colère qui est accompagnée d’intimidation ne peut être constructive.

Pensez-vous que la colère fait partie de notre culture managériale ?
Je constate assez souvent que les salariés se plaignent des agissements de leur supérieur hiérarchique ou dirigeant. Il existe chez certains ce désir d’effrayer l’autre, d’imposer son autorité… car il faut distinguer deux sortes de colère. Celle qui est momentanée, qui intervient lors des périodes de stress, et la permanente, qui sert à instaurer un climat malsain de crainte et d’inhibition. Une colère durable finit par infantiliser les individus, par anéantir la confiance et la créativité.

Faut-il extérioriser sa colère ? Si oui, comment ?
Si c’est pour rééquilibrer une situation ou mettre en évidence un point litigieux précis, oui. Cela permet de repartir sur des bases plus saines. Cela permet également de fixer des limites à l’autre s’il ne sait pas se les imposer. La colère peut être saine, mais il ne faut pas qu’elle soit fréquente.

On parle dans ce cas de personnes caractérielles. Comment de telles personnes peuvent-elles dominer leur colère ?
Lorsqu’un manager est jugé caractériel par ses collaborateurs, il est souvent isolé. On le contourne et on l’évite. Il faut savoir que le management qui vise l’excellence et la perfection absolues finit par buter sur la réalité : tout n’est pas parfait chez l’homme. Par conséquent, cette insatisfaction chronique nuit à la gestion des équipes.
C’est pourquoi la gestion des émotions est quelque chose d’essentiel. Si la personne ne peut les contrôler, il vaut mieux qu’elle consulte un spécialiste du comportement.
Pour les autres, la solution réside dans un travail sur soi. Par exemple, ne pas rendre les autres responsables de ses propres frustrations.