Une carrière, c’est 90% de sérieux et 10% de chance

La mobilité a ses conditions :
deux ans au sein d’un même
poste pour les juniors et cinq ans,
au moins, pour les séniors.
Quelle que soit la méthode
utilisée, l’important est de bien
peser le pour et le contre dans la manière dont on veut construire
son parcours.

Pour Essaid Bellal, DG du cabinet Diorh, booster sa carrière, c’est d’abord du bon sens et des valeurs intrinsèques. Sur le terrain, plusieurs chemins sont possibles pour y parvenir. Opportunisme, hasard ou démarche constructive, tous les chemins mènent à Rome, comme on dit, à condition de bien peser le pour et le contre dans la manière dont on veut construire son parcours. Explications.

La Vie éco : A votre avis, quels sont les leviers importants pour booster sa carrière ?
Essaid Bellal : Sur le terrain, plusieurs chemins sont possibles pour y parvenir. Suivant le profil, l’expérience, les compétences… les leviers qui s’offrent aux managers diffèrent. Certains sont réputés universels : c’est le cas de la mobilité, interne ou externe, considérée comme un élément indispensable à toute évolution de carrière. Je dis toujours que, pour réussir sa carrière, il faut avoir du bon sens et des qualités intrinsèques : confiance en soi, aisance relationnelle, maîtrise des langues… Le reste suit.
De toute façon, les cadres qui arrivent à doper leur carrière ont bien souvent des points communs : ils sont visibles, restent attentifs aux opportunités, et ils osent.

Faut-il forcément être un «haut potentiel» pour augmenter ses chances ?
Pas forcément ! Il est vrai qu’être polytechnicien ou pontiste donne plus de chances pour les meilleurs postes. Mais il faut savoir évoluer en fonction de ses capacités. Tout est question de bon sens. Il faut dire aussi qu’un haut potentiel verra plus ou moins son salaire augmenter sensiblement, surtout s’il débute à 15 000 DH, alors qu’un profil normal verra son salaire augmenter considérablement s’il arrive à faire ses preuves.
A la limite, je dirais qu’une carrière a besoin de 90% de sérieux et de 10% de chance. Ce n’est pas non plus le hasard. Il faut savoir saisir les bonnes opportunités quand il le faut.

Vous avez mis l’accent sur l’importance de la mobilité, comment l’envisager ?
A priori, il est conseillé aux débutants de rester un minimum de deux ans au même poste si, bien évidemment, les bonnes conditions sont réunies. En revanche, les séniors doivent pouvoir capitaliser sur leurs expériences. Un minimum de cinq années est indispensable. Il faut savoir aussi que la mobilité est bien perçue lorsque le candidat est capable de la justifier. Dans le cas contraire, les personnes «virevoltantes» ne sont pas toujours vraiment appréciées.
L’autre piège de la mobilité, c’est de concevoir un parcours professionnel comme une simple échelle hiérarchique. Or, les promotions ne sont pas toujours verticales. La mobilité horizontale, avec des responsabilités différentes, représente également un très bon tremplin.

Autre levier important, suivre une formation…
Celle-ci fait partie intégrante de l’évolution d’un individu. C’est un élément important dans une carrière. Un cadre qui ne se remet pas en question tous les cinq à sept ans, même s’il a fait des études prestigieuses, vaut beaucoup moins qu’un autre qui se forme constamment. Car c’est un cadre qui stagne. Aujourd’hui, on ne peut plus se permettre d’évoluer sans formation.

Avec la mondialisation, de plus en plus de hauts cadres s’expatrient. Considérez-vous que ce soit un accélérateur de carrière ?
Il faut souligner d’emblée que l’expatriation reste limitée à quelques hauts cadres de multinationales. Cela demande une grande expérience en terme managérial, bonne technicité, maîtrise parfaite des langues étrangères… A priori, elle permet aux cadres de s’enrichir aussi bien sur le plan professionnel que personnel. L’éloignement reste le principal handicap. Ceci dit, toutes les occasions d’expatriation ne sont pas bonnes à saisir.
Le risque est de ne pas pouvoir s’adapter, atterrir dans un pays à problèmes ou encore accepter une mission bidon juste pour faire les frais d’une restructuration mal engagée.

D’autres tremplins sont réputés risqués, comment faut-il agir par conséquent ?
Tout dépend de ce qu’on entend par risque. Une situation risquée pour vous ne l’est pas forcément pour un autre. Au contraire, c’est un challenge. Certains individus ont le goût du risque et n’hésitent pas aller de l’avant pour bousculer leur avenir. De toute façon, quelle que soit la méthode utilisée, l’important est de bien peser le pour et le contre dans la manière dont on veut construire son parcours.

Certains cadres prêchent l’opportunisme, êtes-vous de cet avis ?
L’opportunisme en soi ne fait pas de mal. Quand on dit qu’un footballeur est opportuniste, tant mieux pour son équipe. Il la fait avancer. C’est le cas aussi pour le manager. En revanche, quand l’opportuniste agit pour lui-même et aux dépens des autres, ce n’est plus une valeur. Par ailleurs, si être opportuniste dans certains environnements, notamment dans les pays anglo-saxons, peut être très positif, car on y encourage beaucoup la mobilité et parce que le marché du travail est très vaste, ce n’est pas le cas au Maroc. Le marché de l’emploi est si restreint que votre réputation vous suit partout. L’opportunisme doit être au service de l’entreprise et du groupe mais pas à son seul bénéfice. C’est le cas aussi pour l’audace sauf qu’il faut savoir assumer jusqu’au bout.