Un juriste d’entreprise, c’est aussi un bon négociateur

Les banques et les assurances sont les secteurs qui recrutent le plus de juristes.
Une maîtrise ne suffit plus ; les entreprises ont de plus en plus besoin de profils pointus dans le domaine juridique.
Un juriste débutant dépasse rarement les 5 000 ou 6 000 DH nets. Un senior peut atteindre 20 000 DH nets.

Ouverture de l’économie sur l’extérieur, nouveaux textes régissant le monde des affaires, contrats de plus en plus compliqués eu égard au besoin de protection contre les risques de non-paiement… Ces quelques facteurs font que les entreprises ne peuvent plus se passer des juristes. Mais ce sont surtout les plus grandes, en particulier dans la banque et les assurances, qui les recrutent. Même si les cabinets spécialisés sont incontournables, en avoir un ou plusieurs en interne permet de prévenir les mauvais coups ou des erreurs aux conséquences désastreuses. Younes Mouhib, DG de Positif Conseil, explique comment évolue le métier de juriste d’entreprise et fait le point sur la place que celui-ci occupe dans l’organisation

. La Vie Eco : De plus en plus, les entreprises recrutent des juristes. A quelles tâches ces derniers sont-ils affectés ?
Younes Mouhib : On distingue deux profils de juristes, qui existent généralement sur la place. Il y a d’abord le juriste d’entreprise, dont le rôle s’est accru ces dernières années avec l’ouverture des marchés sur l’international et la complexité des lois et des règlements. On le retrouve généralement dans les grandes structures où il peut effectuer différentes tâches de conseil, de documentation, d’administration ou faire partie d’un secteur juridique spécialisé, en tant que responsable du département. C’est le consultant permanent de l’entreprise pour les questions commerciales, financières et techniques.
Il existe également les juristes spécialisés dans le conseil. Ils travaillent principalement dans les cabinets d’audit ou les cabinets d’avocats. Ces profils sont spécialisés dans un domaine particulier comme le droit des affaires, le droit de la concurrence…

Quels sont les secteurs les plus demandeurs ?
Naturellement, les banques et les assurances se situent au premier rang. Certains établissements peuvent avoir jusqu’à dix juristes dans un même département. Les sociétés de crédit ont également recours à ce genre de profils pour gérer les contentieux, relativement importants ces derniers temps. Le secteur industriel recrute aussi des juristes quand le département est assez important.

Les juristes occupent-ils des postes stratégiques au sein de l’entreprise ?
Il faudrait plutôt parler de poste «important». Il ne faut pas oublier que le droit représente une véritable arme de négociation mais aussi de protection pour l’entreprise. Un juriste peut être amené à effectuer des tâches généralistes mais aussi des missions spécialisées.
Tout est fonction de la taille de l’entreprise. Dans ce dernier cas, il peut vous faire gagner de l’argent comme il peut vous en faire perdre. Un dossier mal ficelé, un procès perdu, une information juridique négligée et les conséquences peuvent être désastreuses. C’est pourquoi certaines entreprises disposent d’une forte équipe au sein du département juridique, qui agit en amont.

Y a-t-il une place pour les juristes dans les PME ?
Les petites et moyennes entreprises, quant à elles, n’ont pas toujours les moyens d’avoir un juriste à titre permanent et font souvent appel au conseiller attitré ou à l’avocat quand l’occasion s’y prête.

Les formations locales sont-elles adaptées aux exigences du marché ?
Il faut être conscient que les postes proposés aux jeunes juristes demandent un niveau d’études élevé. Une maîtrise ne suffit plus. Les entreprises ont de plus en plus besoin de profils pointus dans le domaine juridique. C’est pourquoi le juriste d’entreprise peut aussi être un spécialiste : dans le domaine du droit des contrats ou dans celui de la protection de la propriété industrielle, en droit international ou en droit de l’environnement…

Quelles sont les principales qualités requises pour ce poste ?
Le juriste doit se tenir informé de l’évolution de la législation en droit commercial, droit du travail, droit des contrats, etc. Il a également un rôle de conseil, d’assistance et de prévention auprès de la direction, des responsables opérationnels et de la clientèle. Il peut assurer les relations extérieures de l’entreprise avec des organismes professionnels ou être en liaison avec des experts ou avocats… Ce métier fait donc appel à diverses qualités dont la rigueur mais aussi le talent de communicateur. La maîtrise des dossiers ne suffit plus, il faut posséder de véritables qualités de négociateur. Un bon juriste est aussi quelqu’un qui sait maîtriser les rouages de l’administration judiciaire.

Quelle est la fourchette des salaires sur la place ?
Malheureusement, ce sont les moins bien lotis sur le terrain. Un juriste débutant dépasse rarement 5 000 ou 6 000 DH nets. Un senior peut atteindre 20 000 DH nets, tout dépend du secteur et des missions que ce dernier supervise.

Un dossier mal ficelé, un procès perdu, une information juridique négligée et les conséquences peuvent être désastreuses. C’est pourquoi certaines entreprises disposent d’une forte équipe au sein du département juridique, qui agit en amont.

younes mouhib
DG de Positif Conseil Un bon juriste doit posséder des talents de communicateur mais également maîtriser les rouages de l’administration judiciaire.