Un coach accompagne des personnes, non des professions

La culture ne constitue pas une frontière ; un professionnel peut intervenir partout.
Il est important de s’assurer que son coach sort d’une école
reconnue ou a passé un examen international auprès d’une
association reconnue.

B.A. en sciences sociales et ethnologie, MacAlester College, Minnesota, USA. Psychologie de l’Education, University of Minnesota, USA. Alain Cardon est ancien membre enseignant de l’Institut français de l’analyse transactionnelle (IFAT), expert de l’Association Progrès du management (APM), publié aux Editions d’organisation, consultant et coach depuis 1976. Il anime actuellement le réseau de coaching Métasystème. Pour lui, le coaching n’est pas une approche d’expert, mais plutôt un accompagnement par un généraliste “qui se serait spécialisé dans l’art de stimuler la recherche de son client, quel que soit le centre d’intérêt initial de ce dernier”. Ses explications.

La Vie éco : Amélioration des performances professionnelles, éducation des enfants, santé, … on parle du coaching dans tous les domaines. Que signifie exactement ce concept ?
Alain Cardon : Le coaching n’est pas une approche d’expert qui apporterait des connaissances dans un domaine ou un autre mais plutôt un accompagnement par un généraliste qui se serait spécialisé dans l’art de stimuler la recherche de son client, quel que soit le centre d’intérêt initial de ce dernier.
Le coach aide le client à bien se poser des questions puis à atteindre son objectif sans préjuger des terrains restreints, des moyens ou des expertises quelquefois nécessaires mais souvent trop limitées. Un coach en entreprise accompagne des personnes, pas des professions.
Lorsque nous choisissons de voir un expert, nous avons déjà fait un diagnostic par le choix du domaine dans lequel nous souhaitons résoudre le problème. C’est comme celui qui cherche ses clés sous le réverbère parce que c’est là qu’il y a de la lumière. La clé est peut-être ailleurs.
Il arrive souvent que, justement, le problème ou la solution soit hors de notre champ de conscience. Imaginez par exemple l’utilité de consulter un médecin généraliste avant de voir un spécialiste. Le premier peut aider le client à faire un diagnostic qui recouvre plusieurs champs d’expertise, ou peut aider le client à envisager une approche plus large ou plus appropriée que celle qu’il peut envisager tout seul ou s’il décide de voir un spécialiste dès le départ.
La métaphore médicale est sans doute mal choisie, cependant, dans la mesure où la pratique du coaching se situe aussi souvent dans des domaines où le client est en «recherche de performance», qu’en «résolution de problèmes».
Si, dans presque tous les domaines, une approche de coaching peut aider un client à s’améliorer, cette démarche accompagne le client à considérer que son problème sort du domaine restreint où il le posait au départ.

Compte tenu du fait qu’il n’y a pas de formation académique universellement reconnue, tout le monde peut se proclamer coach, un ancien sportif, comme un psychologue ou un manager à la retraite. Qui est coach ? Qui ne l’est pas ?
Le coaching est une profession non protégée, comme d’ailleurs ne l’est pas non plus celle de thérapeute ou d’analyste, en France. Cela laisse la porte ouverte à beaucoup de dérapages.
Peu à peu, la profession se structure par le biais d’associations professionnelles, telle l’International Coach Federation ou, en France, la SFCoach. Le but de ces associations est d’établir des critères de qualité, un règlement déontologique, de faire passer des examens standardisés à des personnes qui auraient suivi des formations très diverses. En gros, ces associations tentent de structurer l’offre sur le marché.
Un coach est une personne formée à ce métier par une école reconnue par une ou plusieurs de ces associations, si possible internationales, pour éviter les traductions trop culturelles voire politiques locales. C’est aussi une personne qui a passé un examen de compétences avec des personnes autres que celles qui l’ont formée.
Il est à noter que des parcours universitaires sur le coaching sont même proposés par des personnes qui n’ont aucune autre formation au coaching que celle qu’ils se sont inventée.

Que faire pour améliorer la pratique de cette discipline et la protéger contre les abus ?
S’assurer que les coachs auxquels les clients font appel sortent d’une école reconnue et/ou ont passé un examen international auprès d’une association professionnelle reconnue.

En dehors de ses connaissances techniques ou théoriques, un coach ne doit-il pas maîtriser l’environnement (culturel par exemple) du coaché ?
Je n’en suis pas si sûr. Il reste à démontrer que le coaching sert à maintenir ou renforcer l’emprise culturelle d’une entreprise sur ses salariés ou d’un autre système sur des individus.
Je suis souvent appelé dans des contextes qui, justement, cherchent à poser leurs problèmes ou leurs solutions hors du champ de conscience qu’ils maîtrisent déjà trop bien.

Vous voulez dire par exemple qu’un coach américain peut intervenir efficacement en France ou au Maroc, et vice versa ?
Je pense personnellement que le monde entier peut gagner en s’engageant dans un dialogue qui fait sortir chacun des frontières de ce qu’il connaît. La France et les Français, en tous les cas, gagneraient beaucoup à envisager de développer leur capacité au véritable dialogue paritaire, et le coaching est une approche qui permet à chacun de sortir de «l’expertise» de sa culture et d’envisager le monde sous de multiples facettes.

Que peut apporter une manifestation comme les «Assises du coaching» ?
C’est un lieu d’information et d’échange dont le but est d’aider à la structuration et à la professionnalisation de la profession, comme de soutenir les professionnels (présents et futurs) de ce métier.

Alain cardon Consultant et coach
Le coaching est une approche qui permet à chacun de sortir de l’«expertise» de sa culture et d’envisager le monde sous de multiples facettes.