Très peu d’entreprises offrent une part du bénéfice aux salariés

L’intéressement est limité à quelques filiales de multinationales et à des banques d’affaires.
La pratique s’inscrit dans une vision stratégique du développement de l’entreprise.
A défaut d’une participation au bénéfice, on peut recourir à un système de rémunération variable.

Intéressement aux bénéfices, participation au capital, bonus… aujourd’hui, plusieurs mécanismes permettent aux salariés d’être associés aux bénéfices de l’entreprise. Au Maroc, la pratique n’est pas institutionnalisée. Le plus souvent, la décision est à la discrétion du patron quand il veut bien récompenser ses collaborateurs. Houcine Berbou, consultant senior à LMS ORH, donne un aperçu sur la situation.

La Vie éco : Quels types d’intéressement aux résultats de l’entreprise sont pratiqués au Maroc ?
Houcine Berbou : Il existe aujourd’hui des dispositifs permettant aux salariés d’être associés financièrement à la bonne marche de leur entreprise. Ainsi, l’intéressement est une formule facultative utilisée pour motiver le personnel et l’intéresser à la performance de l’entreprise. Il est conditionné à un objectif à atteindre (chiffre d’affaires, bénéfice…) et ne peut être assimilé à un salaire. Son obtention n’est donc pas automatique, mais liée à la réalisation d’un objectif ou d’une performance convenue.
Il existe aussi la participation au capital, souvent qualifiée d’actionnariat salarié. Ce système permet aux employés d’acheter des actions d’une entreprise, généralement cotée en Bourse, à une date et à un prix fixés à l’avance. Ceci a notamment l’avantage d’inciter les employés à faire ce qu’ils peuvent pour faire monter le cours de leur entreprise.
Ce droit de souscription ne donne plein droit au propriétaire des actions qu’au bout de cinq ans. Ce genre de pratiques est le plus souvent réservé à une élite de cadres afin de les retenir, alors que, dans d’autres pays, les stock-options sont accessibles à une large population.
Enfin, il existe les systèmes de bonus. On retrouve ce genre de système dans les activités de marché, notamment les sociétés de Bourse et de gestion, les banques d’affaires… Sont concernés principalement les traders et les chargés d’affaires mais aussi, dans une moindre mesure, tous les salariés de la banque d’affaires. Dans certains cas, ces avantages peuvent atteindre des sommes astronomiques qui tournent autour d’un million de DH lorsque le marché financier le permet.

Qu’en est-il exactement au Maroc ?
La pratique n’est pas vraiment très développée. Elle concerne principalement quelques multinationales et banques d’affaires de la place. Les questions d’intéressement et de stock-options restent encore tabous et les dirigeants sont réservés quant à leur efficacité. Dans le cadre de nos enquêtes de rémunération annuelles, nous constatons que seulement 3% des entreprises ont mis en place des mécanismes d’intéressement, ce qui est très faible.
Il faut dire aussi que les employés n’en font pas une revendication salariale car il n’y a pas de cadre juridique derrière. En France, par exemple, la participation est obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés et le montant des primes de participation versées aux salariés varie en fonction des résultats annuels de l’entreprise. Elles sont investies notamment en valeurs mobilières (actions de l’entreprise, parts de Société d’investissement à capital variable – Sicav – ou de fonds communs de placement d’entreprise – FCP).

Les PME sont-elles exclues
de ce genre de pratiques ?
Il faut dire que les mécanismes financiers à mettre en place sont très complexes. Les PME n’ont ni le savoir-faire ni les ressources nécessaires pour mettre en place de tels mécanismes. Cela dit, elles peuvent toujours recourir à d’autres formes de motivation comme les rémunérations variables classiques.

Pourquoi y a-t-il un blocage ?
Il faut souligner que l’intéressement aux résultats de l’entreprise s’inscrit généralement dans une vision stratégique de développement de l’entreprise. Souvent, la décision émane du top management qui souhaite associer les collaborateurs à l’amélioration de la performance collective ou du climat social. Dans le cas de la BMCE Bank, par exemple, l’initiative est venue du management qui a opéré des benchmarks au niveau international avant de mettre en place son plan d’actionnariat salarié, un moyen pour les salariés de profiter du bénéfice sous forme de dividende.
Ce genre de pratique demande en outre beaucoup de maturité professionnelle parce que le fait d’ouvrir le capital aux salariés leur donne indirectement un droit de regard sur la gestion de l’entreprise. C’est pourquoi les patrons restent frileux pour ne pas dire sceptiques comme l’ont montré nos enquêtes de rémunération.
Je pense par ailleurs qu’il y a encore de gros efforts à faire en matière de politique salariale avant d’en arriver à l’intéressement, qui est le summum en matière de motivation, et la dernière chose à laquelle pensent les dirigeants. Il y a encore des mécanismes non exploités comme le salaire variable, non encore généralisé, le régime indemnitaire…

Quel est l’intérêt pour l’entreprise d’intéresser les salariés au bénéfice via une ouverture du capital ?
C’est l’un des meilleurs moyens pour renforcer le sentiment d’appartenance. La relation du salarié avec son entreprise ne se limite plus au salaire mais va bien plus loin. Il devient propriétaire des actifs de l’entreprise et il défend mieux ses intérêts. Ce qui est justement le moyen le plus sûr pour apaiser les tensions sociales.