Travailler dans une région éloignée : les plus et les moins

Le plus souvent, cela permet de bénéficier plus tôt d’une promotion et d’avoir
accès à  des postes de responsabilité.
On apprend davantage : le champ de compétences s’élargit par nécessité.
 Principale crainte des cadres : être «oublié» dans des postes à  évolution
limitée.

Recevoir une promotion, quoi de plus réjouissant! Mais qu’adviendra-t-il si le poste offert se trouve à  des centaines de kilomètres de votre lieu d’habitation et vous éloigne de votre famille et de vos amis ? C’est le cas de ces cadres qui ont accepté des missions à  Lâayoune ou à  Tan Tan. Des villes comme Errachidia ou Oujda, dans une moindre mesure, sont très éloignées des centres de décision des plus grandes entreprises marocaines, privées ou publiques. Ils sont responsables RH, commerciaux, financiers, dirigeants d’entreprise ou de simples aventuriers, à  vivre cette expérience. Qu’est-ce qui motive ces personnes ? Comment mènent-elles leur vie professionnelle? Comment passent-elles leur temps après le boulot ? Située à  un bon millier de kilomètres de l’axe Casablanca-Rabat, Laâyoune constitue un laboratoire intéressant pour répondre à  de telles questions. A première vue, un tel éloignement est culturellement difficile à  accepter : éloignement, perte de repères, incertitude sur la date de retour dans sa ville d’origine ou à  côté des centres de décision, ignorance ou méconnaissance de la culture locale… Tous ces facteurs peuvent en faire changer d’avis plus d’un. Ce qui exige l’étude de toute proposition dans ses moindres détails, si toutefois on a la possibilité de la refuser. La mobilité permet d’améliorer son employabilité Le plus dur commence quand le pas est franchi. «Déménager, avec tout ce que cela implique, inscrire les enfants dans de nouveaux établissements scolaires, s’installer dans un nouvel univers, une nouvelle maison, qu’il va falloir trouver avant de partir, découvrir un nouveau cadre professionnel, dans un secteur assez différent de celui dans lequel j’évolue, et par-dessus tout, réussir ce nouveau challenge professionnel», résume ce cadre d’un établissement hôtelier de Lâayoune. Pourtant, si l’on arrive à  gérer la situation, on est à  peu près sûr de n’avoir pas de regrets. Car, sur le plan professionnel, une telle initiative est toujours enrichissante. Premier avantage pour un cadre : une mobilité est toujours synonyme de promotion et de prise de responsabilité. C’est l’une des premières raisons qui les poussent à  accepter un départ vers une région éloignée. De plus, cette mobilité permet d’élargir son champ de compétences. D’ailleurs, les entreprises structurées encouragent un changement de culture-métier pour que leurs cadres ne s’enferment pas dans une expertise. Des études ont montré que, plus une entreprise développe la mobilité interne de ses cadres, plus elle favorise leur capacité d’adaptation et, par conséquent, leur leadership. Rachid El Benaissi, responsable RH à  l’ODEP (Office d’exploitation des ports) de Laâyoune, témoigne : «Ce poste ne serait peut-être pas possible dans une autre ville ; ici, on est confronté à  de larges problématiques et à  de larges corps de métier, ce qui accroà®t votre employabilité». En clair, même loin du bruit et du stress des grandes villes, on peut bien s’occuper au travail. «Que vous soyez à  Casablanca ou à  Lâayoune, vous avez la même charge de travail. Même pression, mêmes objectifs d’atteinte de résultats…», souligne Ismail El Mallouki, chef de service gestion à  l’ONEP (Office national de l’eau potable). Après le boulot, l’existence est souvent monotone La seule grande peur est d’être «oublié». Les cadres que nous avons rencontrés ne manquent jamais de le faire remarquer. «Dans certains cas, l’éloignement peut réduire les possibilités de formation et de développement des compétences», souligne pour sa part Jean-Marie Peretti, directeur de l’Institut d’administration des entreprises (IAE) de l’université de Corte, en Corse, et professeur en ressources humaines. «Au bout de quelques années, il faut penser à  être affecté ailleurs, puisqu’on ne progresse plus. Chez nous, par exemple, les affectations sont revues au bout de quatre ans, surtout pour les régions éloignées», souligne le responsable administratif de l’ONEP. En dehors de ces problèmes liés à  la gestion de la carrière, le cadre aspire aussi à  une meilleure qualité de vie. Que font-ils après le boulot ? La région est réputée pour être l’une des moins chères du pays eu égard à  la défiscalisation. Les habitants bénéficient notamment de réductions sur les produits alimentaires et le carburant. La région offre aussi un panorama touristique impressionnant. Pourtant, les moyens ou lieux de distraction manquent cruellement, comme c’est le cas dans plusieurs autres villes de l’intérieur. Seul avantage: «On apprend à  s’enrichir de la culture locale, des habitudes. Ici, les gens sont chaleureux ; si vous êtes corrects, ils vous adoptent», note M. El Mallouki