Transformation digitale : entretien avec Oussama Choubai DG du cabinet Digitancy

Un processus de transformation digitale peut durer de trois à cinq ans. La formation et l’accompagnement sont nécessaires pour la réussite du processus.

Pour Oussama Choubai, DG du cabinet Digitancy, plusieurs phases sont importantes dans tout processus de transformation digitale. Cela va de l’audit au déploiement. Une task-force doit être déployée à tous les niveaux pour la réussite du projet. Explications.

 De plus en plus, on observe une prise de conscience des entreprises de la transformation digitale. Qu’est-ce qu’il en est plus exactement ?

De prime abord, je tiens à préciser que beaucoup de gens confondent la digitalisation, qui est l’adoption de divers outils technologiques, et la transformation digitale, qui se définit comme un processus qui consiste, pour une entreprise ou une organisation, à repenser son mode de fonctionnement et à intégrer pleinement les technologies dans l’ensemble de ses activités. Il ne suffit pas d’intégrer les réseaux sociaux dans sa stratégie de développement ou de communication par exemple pour se dire qu’on est dans un processus de transformation digitale ou numérique. Cette notion va plus loin en chamboulant le modèle économique de l’entreprise par rapport au travail et va impliquer notamment la disparition des barrières spatiales et temporelles, la possibilité de rester connecté en mobilité… Au cœur de cette transformation, on note l’émergence de nouvelles cultures, les modèles d’organisation sont remis en question et réadaptés. Le rapport au travail et au management est modifié, les structures hiérarchiques aplanies.
Par rapport à la question, il est vrai qu’aujourd’hui il existe une prise de conscience des entreprises marocaines qui se traduit notamment à travers les démarches d’open innovation, des espaces qui décloisonnent les processus d’innovation et faciliter l´émergence de nouvelles idées.

Vous intervenez vous-même en tant que consultant dans ce domaine. Qui fait appel à vous généralement ?

Il s’agit principalement d’entreprises de grande taille ou de taille intermédiaire. Les secteurs sont diversifiés, notamment les télécoms, les banques et assurances, l’immobilier, les transports, l’automobile et les services.
Nous les assistons en amont dans les différentes phases, de l’audit au déploiement et à l’optimisatio, en passant par la planification et les tests.
Nous organisons également des séminaires d’initiation pour lever les réticences quant à la démarche. Enfin, nous accompagnons les entreprises dans la phase de formation parce que le digital est une culture qu’il faut savoir appréhender.

Qu’est-ce qui pousse les entreprises à enclencher un tel processus ?

Comme je l’ai déjà souligné, la révolution digitale s’accompagne de véritables enjeux pour toutes les entreprises, qui doivent se réinventer, évoluer rapidement et se transformer. J’en citerai quelques-uns. Tout d’abord l’enjeu de visibilité.Aujourd’hui tous les secteurs sont impactés par le digital. Ne pas l’adopter, c’est, d’une certaine façon, s’exclure du marché, se priver de visibilité ou d’opportunités relationnelles et commerciales.

Ensuite, il existe un enjeu de satisfaction client et de qualité de service. Avec le digital, on peut pousser l’analyse dans l’approfondissement de la relation client et dans le management de la qualité.
Enfin, il y a un enjeu d’optimisation des performances à tous les niveaux de l’organisation.

Il faut compter entre 3 à 5 ans pour conduire un processus de transformation digitale.

Les résistances et autres obstacles sont inévitables. Pouvez-vous citer quelques exemples ?

La transformation digitale ne peut être réussie que si l’ensemble des collaborateurs s’implique dans les changements liés à cette numérisation. C’est une démarche incrémentale et interactive. Elle est co-construite avec les collaborateurs à tous les échelons, parce que c’est grâce à la remontée des informations qu’une stratégie de digitalisation peut être déployée.
Le principal frein réside dans le manque d’implication des managers ou des relais intermédiaires. Il y va aussi des réticences au niveau d’un manque de culture digitale.

 En réalité, tous les secteurs sont concernés par la transformation. Qui sont les plus mûrs et pourquoi doivent-ils se transformer?

Le secteur bancaire apparaît comme l’un des plus concernés par cette révolution digitale. Non seulement il y a les usages et attentes des clients, mais l’apparition des nouvelles solutions apportées notamment par la Fintech, entre autres la blockchain, pousse les banques à repenser entièrement leur processus de création de valeur. Leur transformation digitale se traduit par plusieurs enjeux: fluidité, transparence… Le client veut pouvoir utiliser sa banque comme n’importe quel service.