TIC : les recrutements en berne, la fièvre des salaires est retombée

Les profils expérimentés et autonomes restent très demandés.
Le retour des jeunes cadres marocains qui résidaient à  l’étranger a contribué au rééquilibrage du marché.
Les salaires se sont stabilisés, surtout pour les jeunes diplômés et le turnover a beaucoup baissé.
La crise ne doit pas pousser à  la remise en cause du programme
10 000 ingénieurs.

Il y a moins de trois ans, ils étaient les enfants gâtés des entreprises. Des salaires confortables même pour les débutants ; la possibilité de changer d’emploi avec de meilleures conditions quand on le voulait ; des opportunités intéressantes à l’étranger… Il leur suffisait juste de vouloir. Ils, ce sont les ingénieurs en télécoms, réseaux ou informatique. Même les profils moins qualifiés étaient recherchés. C’est que le marché de l’offshoring était dans une phase de forte croissance. Les sociétés étrangères s’installaient et les commandes affluaient. Naturellement, les besoins en ressources humaines devenaient de plus en plus importants. Mais depuis le second semestre 2008, la tension a baissé en raison de la crise dont les effets ont fini par atteindre le Maroc. Dès lors, la bulle du marché de l’emploi des technologies de l’information et de la communication (TIC) s’est progressivement dégonflée.
De plus en plus de sociétés offshore révisent à la baisse leurs programmes de recrutement dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC). Certaines entreprises ont même mis en place des plans sociaux discrets pour se séparer d’une partie de leurs équipes sous l’effet de la baisse des commandes du marché international. Les salaires à l’embauche, surtout pour les jeunes diplômés, sont beaucoup moins élevés.
Quasiment, seuls les call centers arrivent encore à tenir le coup. «Comme nous travaillons beaucoup dans la vente, l’activité n’a pas trop baissé par rapport aux autres branches à plus forte valeur ajoutée, parce qu’en temps de crise, il faut nécessairement chercher des clients», explique un manager dans un centre d’appel.
Quoi qu’il en soit, ce changement a l’avantage d’entraîner deux conséquences directes et salutaires. La première est la stabilisation des niveaux de salaires, surtout pour le cas des lauréats fraîchement diplômés, et ce, après la fièvre de 2007. La deuxième conséquence découle de la première : la baisse du taux du turnover dans les directions des systèmes d’information (DSI) aussi bien du secteur privé que public.
Certains professionnels refusent toutefois d’exagérer la situation. «Il ne s’agit pas d’une crise sectorielle, mais d’une régulation du marché de l’emploi des TIC puisque la demande sur les ressources humaines qualifiées est toujours d’actualité», précise Fouad Afilal, DG experts IT, société de services spécialisée dans la mise à disposition de ressources humaines dans le domaine des TIC. Il en veut pour preuve la demande des sociétés de services informatiques et d’ingénierie (SSII) et des cabinets de conseil qui reste encore importante sur certains profils pointus. Il s’agit, à titre indicatif, des ingénieurs commerciaux, des spécialistes des progiciels de gestion (ERP) et des bases de données (DBA).

Des efforts à faire pour l’adéquation entre la formation et les besoins du marché
Traduisez : les profils expérimentés ayant plus de trois ans sur le marché ont plus de chance de changer de job avec de meilleures conditions. La raison est simple : en temps de crise, les entreprises préfèrent des profils «plugin play», c’est-à-dire opérationnels capables de s’intégrer dans le processus de production dès le premier jour de recrutement. Malgré cette mauvaise passe que traverse le secteur des TIC, la crise mondiale n’a pas que des conséquences néfastes. Elle permet une dynamique des ressources humaines Nord-Sud. Le marché a enregistré un flux croissant de ressources hautement qualifiées de MRE qui ont décidé de revenir au bercail. «Ce retour des compétences permet de disposer d’un vivier de ressources humaines à des conditions et des tarifs conformes aux spécificités du marché marocain et non pas international», souligne Abdallah Rachidi Alaoui, Pdg d’IBM Maroc.
Les professionnels tablent sur la stabilisation du marché de l’emploi des TIC jusqu’au mois de juin 2010 avant le retour du cycle de pression sur les salaires. Mais ils pensent que la situation actuelle du marché de l’emploi ne doit pas pousser à remettre en cause la dynamique de formation enclenchée par le programme des 10 000 ingénieurs. «Au contraire, le Maroc a intérêt à capitaliser sur ce choix stratégique pour investir davantage dans la formation des ressources humaines et des jeunes dans le domaine des TIC», insiste le Pdg de IBM Maroc.
 «Je suis convaincu que le Maroc a aujourd’hui une vraie opportunité de faire des TIC un secteur qui emploie massivement. Pour cela, il faut faire plus en terme d’encouragement de l’entreprenariat. Nous devrions, par exemple, sur le modèle du Technopark, créer d’autres structures d’accueil pour les start-ups et les PME du secteur, et en particulier en dehors de Casablanca-Rabat.  La question du financement au démarrage est elle aussi cruciale. Il faut mettre en place plusieurs fonds d’amorçage et renforcer le fonds de soutien à l’innovation pour permettre le lancement et la pérennité des entreprises TIC», martèle Omar Balafrej, Dg de Casablanca technopark. Une niche très intéressante pour laquelle le Maroc a de potentialités est le webdesign. En effet, le pays a une vraie tradition dans les arts plastiques, or très peu d’écoles des beaux arts au Maroc dispensent une formation adéquate dans le domaine informatique et multimédia au profit des artistes en herbe. «C’est fondamentalement une niche à développer car ce qui est le plus important dans le webdesign c’est d’abord le côté artistique, la technologie n’est pas si difficile à apprendre. Et la demande mondiale sur les profils d’artistes pour le web et le multimédia continuera à croître, selon les prévisions de plusieurs cabinets de recrutement et d’études dans le domaine TIC», souligne M. Balafrej.
Par ailleurs, le soutien de la dynamique de l’emploi ne doit pas se limiter à la formation sur des niches. «Les TPE et PME doivent bénéficier de mesures incitatives similaires voire plus importantes que celles des sociétés de l’offshoring en matière de baisse des taux de l’impôt sur les revenus (IR) pour pouvoir recruter davantage et  fidéliser leurs ressources à fort potentiel», ajoute le directeur de Casablanca Technopark.