Team building : «Nous avons choisi de rénover une école à  Dar Bouazza»

Mohammed Taha Benzekri, Directeur du capital humain de la Bourse de Casablanca.

Le team building est toujours aussi plébiscité par les sociétés comme instrument de motivation. S’il est souvent axé sur des activités ludiques, la Bourse de Casablanca a choisi une autre voie : celle de l’action sociale pour faire durer la cohésion d’équipe. Explications avec Mohammed Taha Benzekri, directeur du capital humain et support de la Bourse de Casablanca.

Vous avez conçu une forme de team building originale, en quoi consiste-t-elle ?

Tout à fait, la Bourse de Casablanca a organisé un team building autour d’un projet social, étalé sur trois mois. Il s’agit d’une action de rénovation et d’équipement d’une école rurale située à Dar Bouazza. En effet, le projet a démarré en juin par une réflexion sur la manière dont nous allions faire participer l’ensemble du personnel et proposer des activités où chacun peut apporter sa contribution. Le comité de pilotage étant mis en place sous la responsabilité de la direction du capital humain, nous avons organisé des ateliers dirigés par des collaborateurs volontaires. Les travaux se sont déroulés pendant les vacances d’été pour offrir aux enfants dès la rentrée scolaire 2012/2013 une école toute neuve, équipée d’une salle multimédia, d’une bibliothèque, d’une cour de récréation, d’un jardin … qui porte un nouveau nom : Touria Chaoui, au nom de la première femme pilote marocaine.
Le 22 septembre, jour du team building, l’inauguration a eu lieu, marquant ainsi l’aboutissement du projet, grâce aux efforts soutenus pendant près de trois mois.
 
Quelle a été la finalité de ce projet?

Comme tout projet de ce type, la finalité recherchée est le renforcement de l’attachement à l’entreprise et l’identification à ses valeurs communes. Pour nous, cette expérience a contribué indéniablement à l’ancrage de nos valeurs qui représentent le socle de notre culture d’entreprise. Dans ce projet, nos cinq valeurs (respect, l’équité, solidarité, transparence, excellence) ont trouvé leur explication à travers les travaux de groupe. La participation active des collaborateurs aux travaux des ateliers de bricolage, d’informatique, de jardinage, de bibliothèque… a révélé des compétences méconnues jusqu’ici.
Sur un autre registre, je pense qu’il était temps d’engager, de manière encore plus active, la Bourse de Casablanca dans la vie sociale de la cité et pérenniser son investissement dans la responsabilité sociale, à travers ce type d’actions que nous inscrivons dans la durée.

Alors que faites-vous pour que cette démarche ne soit pas éphémère ?

D’abord, le choix d’une école n’est pas anodin ; la problématique de l’éducation a toujours fait partie de nos préoccupations. Nous sommes engagés dans l’éducation depuis longtemps, à travers notamment l’éducation financière et l’école de la bourse; nous avons signé plusieurs conventions de partenariat avec les écoles, les universités, les associations, etc. Cela fait partie intégrante de notre stratégie, d’une part, et, d’autre part, nous croyons profondément à la corrélation entre le développement économique du pays et le niveau d’éducation des citoyens.
Pour revenir à votre question, le risque dans ce genre d’actions est que la démarche ne dure pas et tombe vite dans l’indifférence et l’oubli. Pour éviter cela, nous avons signé un partenariat avec l’association Al Jisr pour 3 ans. Nous avons instauré un comité de gestion de l’école, puis lors de notre team building, nous avons consacré un atelier de réflexion sur la road map de ce comité. Ce dernier a déjà identifié certaines actions qui s’articulent autour des outils pédagogiques, la relation entre les parents d’élèves et l’école, la problématique d’échec scolaire et la prise en charge de l’enfant de manière générale.
L’engagement pris permettra inéluctablement au personnel de faire cause commune et, in fine, maintenir sa cohésion, donner du sens au travail de groupe et aux qualités auxquelles il fait appel, notamment la solidarité, le dépassement de soi et le sens du résultat, conditions essentielles à la stimulation de la performance au sein de l’entreprise.

Quelle conclusion tirez-vous de cette expérience ?

Je pense que cette expérience nous a permis de sortir du cadre classique du team building. Au lieu d’une rencontre d’une journée ou deux, nous avons plongé dans une vie de groupe pendant près de trois mois. Grâce au niveau élevé de maturité des équipes de la Bourse de Casablanca et de leur croyance en le projet, à l’engagement effectif de son directeur général et au soutien du président de son conseil d’administration, nous avons réussi à créer la synergie qu’il faut pour réussir ce projet et donner une fierté supplémentaire aux femmes et aux hommes de notre entreprise, de s’être rendus utiles à la communauté et de se découvrir autrement.

A votre avis, quels sont les écueils à éviter pour réussir le team building?

Il faut savoir que le corps social de toute entreprise est composé de différentes individualités, de plusieurs catégories socioprofessionnelles, avec des niveaux d’instruction et de responsabilité différents… Pour réussir le team building, il faut éviter les activités qui risquent d’exclure certains participants, pour diverses raisons.
D’ailleurs, l’absentéisme constaté dans ces événements est révélateur. Le team building pourrait produire alors  l’effet inverse. Le choix du lieu et des activités doit tenir compte des capacités de chaque collaborateur dans le groupe et trouver des intérêts communs, qui peuvent fonctionner comme un liant, brisant ainsi la glace entre les membres du groupe. Il est primordial de favoriser le sentiment d’appartenance en créant un minimum de consensus, c’est le rôle dévolu au team building.
Autre élément important à surveiller : penser au lendemain du team building. Il faut continuer à alimenter l’ambiance créée ; un plan d’action établi, une charte des valeurs élaborée, des engagements pris, etc, pourront servir de catalyseurs pour une bonne cohésion d’équipe et le maintien de l’élan.
Enfin, l’engagement de la direction générale et du management de proximité est tout aussi indispensable pour la réussite de l’action et la pérennisation de la cohésion sociale qu’elle est censée créer.