Soigner son image est désormais une compétence parmi d’autres

L’entreprise n’échappe pas
au diktat de l’apparence : chacun est jugé selon l’image
qu’il renvoie.
L’image que l’on donne aux autres est bien différente de
celle que l’on
a de soi-même.
Media training, coaching, de plus en plus d’outils modernes sont disponibles
pour soigner son image.

Savez-vous quelle image vous renvoyez ? Quelqu’un de posé ou d’impulsif, de gentil ou de dur, d’aimable ou de cassant ? En réalité, quelle que soit l’image que l’on a de soi, elle est forcément différente de la représentation que s’en font les autres. Positive ou négative, la première impression est malheureusement souvent déterminante pour la suite de la relation. Pour les anthropologues et les psychologues, il s’agirait là d’un réflexe hérité de notre lointain passé. En effet, durant des millénaires, la capacité de faire la différence entre amis et ennemis au premier coup d’œil était bien évidemment une question de survie.

Quoi qu’il en soit, dans notre société, l’image joue un rôle prépondérant dans le quotidien des gens, que ce soit au foyer ou au travail. Des expressions courantes montrent bien l’importance de la représentation. On dit par exemple : « Il se voit comme ceci ou comme cela», «Je me vois mal dans cette situation»… Politiciens, managers, hommes et femmes du showbiz et du sport…, personne n’échappe à la pression sociale des apparences. «On est entré dans l’ère de l’image marketing et commerciale», explique à cet effet Youness Bellatif, DG du cabinet Convergence et président de l’association Maroc Coaching.

En psychologie, l’image que l’on donne se forge au hasard de la vie. Elle est le résultat de nos propres expériences, jointes à notre héritage biologique. Par ailleurs, on distingue l’image sociale : comment je pense être perçu ? De l’image réelle : comment je suis perçu en réalité ? De l’image idéale : comment je souhaiterais être perçu ?

L’entreprise n’échappe pas non plus au diktat de l’apparence. Au quotidien, la tenue vestimentaire est soumise à des codes propres à chaque famille de métiers. Les professions qui ont besoin de mettre en avant leur sérieux, les banquiers et avocats par exemple, opteront pour des costumes sombres et des chemises blanches. Chez les publicitaires, les créatifs en particulier, ou dans les nouvelles technologies, la fantaisie est la règle.

Les codes vestimentaires du métier ou de l’entreprise sont bien souvent accentués dès lors qu’il s’agit de rencontrer le client : le cadre a alors un rôle de représentation et transmet l’image de sa société à travers la sienne. Dans les années 80, la vente était la seule mission des commerciaux. Ils portaient alors des teintes vives car la couleur fait vendre. Aujourd’hui, ils ont également une fonction de représentation de l’entreprise et doivent davantage véhiculer une image de sérieux.

Le manager et son image
Quand on monte dans la hiérarchie, l’image sert surtout à se faire respecter par les collaborateurs. Certains managers éprouveront le besoin de passer pour des «durs à cuir» ou des «je m’enfoutistes», d’autres, au contraire, soignent leur image. Self- control, équilibre dans le jeu relationnel, attitude exemplaire, finesse de la communication sur le fond comme sur la forme… autant de qualités indispensables pour donner une image plutôt positive à son équipe.

Cela s’avère parfois difficile car l’intensification du travail et la pression croissante des objectifs poussent les managers à jongler avec les priorités et les urgences, altérant du coup leur image auprès de leurs subordonnés qui ont du mal à «lire» ce comportement.

S’il ne veut pas ruiner son image, le manager ne doit pas rester passif devant un problème important comme la discrimination ou l’absence d’éthique. «Les décisions ne sont pas toujours faciles à prendre mais il ne faut pas laisser faire certaines choses ni laisser pourrir une situation» , insiste Anass Benjelloun, DG de l’agence Mawazin.

De même, en cas de conflit entre deux subordonnés, il est déconseillé de faire l’autruche, sous peine de voir la situation rapidement dégénérer. Sans s’impliquer personnellement, le manager peut servir de médiateur en cherchant à identifier les causes du conflit et les solutions possibles. Pour gagner la confiance des autres, il faut surtout éviter de prendre parti pour l’un ou pour l’autre, d’entrer dans le jeu des rumeurs et des commérages. Les collaborateurs attendent du manager l’équité dans les rapports avec chacun d’eux.
Parfois, on se sent remis en cause par le regard des autres. «On me voyait souvent comme un irascible, un teigneux, alors que je suis seulement très rigoureux du point de vue professionnel», explique Mohamed Touzi, manager dans un centre d’appels.

Maîtriser la communication
Si l’analyse de ses forces et faiblesses est indispensable pour améliorer son image, d’autres facteurs peuvent aussi jouer, et même inverser la donne. Ainsi, la première impression est fondée sur l’attitude corporelle. Qu’ils soient beaux ou laids, certains en imposent tandis que d’autres donnent l’impression d’être timides, repliés sur eux-même, effacés.
Pour gagner en charisme, on conseille généralement de jouer du regard. Certains managers savent mieux que personne conquérir un auditoire. «Souvent, lors des conférences de presse, certains managers ont une fâcheuse tendance à fixer leur présentation powerpoint sur l’écran en jetant de temps en temps un bref regard à l’auditoire. Ceux-là cachent une grande timidité ou ne savent pas du tout comment on doit se comporter avec un auditoire», note un expert en ressources humaines. Pour captiver son public, il faut balayer par étapes la salle du regard en s’attardant par moment sur un visage. Le regard ne sera ni fuyant ni, aucontraire, agressif. Le corps doit être en harmonie avec le discours.

En terme d’image, il faut aussi savoir effacer les différences de statuts pour accentuer la proximité et mobiliser les gens, abolir le protocole qui paralysent. «Souvent, mes collaborateurs me donnaient du “monsieur le directeur”. Or, cela me gênait, surtout de la part de personnes plus âgées que moi. J’ai aussitôt fait tomber cette barrière. Je leur ai demandé tout simplement de m’appeler par mon prénom. Pour moi, c’est une façon d’être au même stade que les autres», souligne le directeur des achats d’une grande entreprise de la place.

La communication, les attitudes envers les autres, les mots employés et la manière de dire les choses sont également importants. Ils peuvent conférer au manager un caractère tyrannique et démotivant aux yeux des collaborateurs ou, au contraire, encourageant et constructif.

Enfin, le manager doit être attentif à ce que les valeurs et les règles en vigueur dans l’entreprise soient respectées, ainsi qu’un certain savoir-vivre. Pour remporter l’adhésion des collaborateurs, le mieux est de pouvoir établir les règles collectivement, ce qui n’est pas toujours possible. Si elles sont imposées, le manager devra expliquer leur raison d’être, leur finalité pour permettre à chacun de les comprendre. A l’évidence, il devra également montrer l’exemple, être le premier à suivre les règles qu’il impose sous peine de se discréditer totalement.