S’imposer en entreprise : «Le plus difficile, c’est de trouver le juste milieu dans l’attitude à  adopter»

S’affirmer est un défi personnel et une recherche de toute une vie, aussi bien professionnelle que privée. L’amélioration des compétences techniques et intellectuelles permet de renforcer la confiance en soi. Ne pas hésiter à  hausser le ton face à  des obstinés.

S’affirmer devant autrui, imposer ses idées et les faire accepter n’est pas toujours facile surtout si on a affaire à des fortes personnalités. Mais le plus difficile, c’est de trouver le juste milieu dans l’attitude à adopter. Explications de Malgorzata Saadani, coach certifié ICC.

S’affirmer face aux autres n’est pas toujours facile. Pourquoi ?

En partie, c’est certainement par l’insuffisance de confiance en soi, mais ce n’est pas le seul facteur. Beaucoup dépend aussi de l’éducation reçue, des expériences relationnelles passées, ainsi que du milieu socioprofessionnel et du contexte précis dans lesquels on se trouve à un moment donné. En fait, même une personne de nature très extravertie et décomplexée peut être intimidée devant un grand public ou face aux personnes ouvertement hostiles, tout comme lorsqu’elle est appelée à traiter le dossier dont elle n’a pas la maîtrise. S’affirmer face aux autres est un exercice particulièrement pénible pour les personnes de nature introverties et celles souffrant de fortes convictions limitatives.

D’après votre expérience de coach, comment appréciez-vous le comportement des cadres ?

D’après mes observations et les entretiens que j’ai avec les cadres, il n’y a pas de personnalités types que je pourrais décrire et cataloguer. Chaque individu est unique. C’est d’ailleurs grâce à ça que nous pouvons dépasser les difficultés dans l’affirmation de soi : nous nous basons sur les parties fortes de notre personnalité afin qu’elles servent d’appui dans les situations délicates.
Dans l’affirmation de soi, le plus difficile, c’est de trouver le juste milieu dans l’attitude à adopter : être suffisamment ferme pour se faire respecter et exercer l’autorité, et en même temps assez souple pour que les gens ne se braquent pas en devenant contre-productifs. C’est un défi personnel et une recherche de toute une vie, aussi bien professionnelle que privée.

Le fait de ne pas pouvoir trouver ce juste milieu peut-il constituer un frein à l’évolution de la carrière ?

Certainement. Il est plus facile de progresser et d’atteindre les objectifs en étant convaincant, en commençant par soi-même. L’équipe suit naturellement un leader bien affirmé plutôt qu’un dirigeant gentil et rempli de doutes. Un ego sur-dimensionné peut également être un frein à la carrière : un homme d’affaires talentueux mais imbu de sa personne, ou un cadre révolté sont rarement promus au-delà d’un certain niveau de responsabilité, car les postes les plus élevés nécessitent en même temps l’affirmation de soi et une dextérité relationnelle importante.

Peut-on mesurer la capacité d’un individu à s’affirmer devant autrui ?

Le premier outil de mesure c’est la personne elle-même. Lorsqu’elle évalue ses relations avec des gens (Sont-elles satisfaisantes ? A quel point ?) et son efficacité personnelle (Suis-je parvenu à atteindre mes objectifs?), elle obtient la première réponse sur la pertinence de son attitude et les points à corriger. Cette évaluation sera d’autant plus pertinente si la personne peut compter sur les observations sincères de son entourage et si elle est suffisamment objective envers elle-même pour en tenir compte. La réflexion personnelle et le dialogue avec les gens peuvent être, en plus, secondés par les différents tests psychologiques effectués par un professionnel. Aujourd’hui, les entreprises ont recours aux nombreux outils d’évaluation RH spécifiques, par exemple le 360°, l’Arc-en-ciel ou encore le modèle DISC.
Toutefois, il faut se rappeler que même le meilleur test ne sera qu’une appréciation à un moment donné, indiquant la direction globale à explorer et non pas un verdict définitif sur la personne auquel il faudra se soumettre comme à une fatalité. Heureusement, à tout moment de la vie ou de la carrière, nous avons la capacité de changer et de nous améliorer dans n’importe quel domaine.

Les formations sur le développement personnel apportent-elles vraiment une valeur ajoutée ?

Les formations en développement personnel apportent toujours une valeur ajoutée, à condition qu’elles soient professionnelles, c’est-à-dire qu’elles aient des objectifs précis ; le public bien ciblé ; l’intervenant compétent et la méthode adaptée. Souvent, cette valeur ajoutée n’est pas «chiffrable» immédiatement. Si la formation est efficace, elle fait réfléchir la personne et l’incite à modifier graduellement sa manière de ressentir, de penser et d’agir. Lorsqu’il s’agit de renforcer la capacité de s’affirmer, les voies du progrès sont multiples et ne se limitent pas aux formations en développement personnel ou au coaching individuel. Tout élargissement des connaissances techniques/métier et toute participation aux activités sociales (par exemple le bénévolat) peuvent aider à gagner en confiance en soi et en assertivité.

Faut-il aller à la confrontation pour s’imposer ?

Tout dépend de la situation et des personnes en face. Quand on a affaire à des obstinés ou à des personnes de mauvaise foi, là je pense qu’il faut de la fermeté. C’est justement quand on fait trop de concessions qu’on arrive à se révolter. C’est pourquoi il ne faut pas hésiter à hausser le ton quand la coupe est pleine.

Comment alors composer avec les fortes personnalités ?

Le souci majeur pour un manager est d’avoir une équipe performante, quels que soient les personnalités et les modes de fonctionnement individuel en son sein, la diversité étant génératrice de richesse.
Le reste n’est que question de psychologie. Cela veut dire que le manager doit essayer un ensemble de moyens, de savoir-faire et de savoir-être pour amener chaque collaborateur à rechercher l’excellence, que ce soit sur le plan personnel ou collectivement. Les meilleures équipes mettent en évidence le fait que chaque acteur peut et veut donner spontanément ce qu’il a de meilleur, en sacrifiant une partie de son ego. C’est un exercice de leadership difficile, car en fait cela nécessite une bonne connaissance de soi-même et des autres.