Sécurité au travail : des risques qui peuvent vous coûter très cher…

La non sécurité peut engendrer un coût 20 fois supérieur à  ce qu’investirait une entreprise dans la prévention. Formation, implication des dirigeants, sensibilisation sont les bases d’un système de sécurité fiable.

Demandez aux chefs d’entreprise s’ils garantissent le minimum de sécurité et d’hygiène pour leur personnel. La plupart vous répondront par l’affirmative. Pourtant, la situation est inquiétante. Un petit tour dans les locaux de beaucoup d’entreprises permet de le constater. Les consignes de sécurité, quand elles existent, sont souvent affichées dans des endroits isolés, le matériel exigé (extincteur ou boîte à pharmacie pour les premiers soins) sont inexistants, non opérationnels ou périmés… Sur les chantiers de construction, on constatera que les précautions de base (port du casque et des gants, ceinture de sécurité…) sont ignorées, alors que le risque d’accident est très grand dans les activités du bâtiment et des travaux publics. Selon Abdellah Fakir, médecin du travail, «il n’est pas facile de sensibiliser le monde du travail aux maladies et risques professionnels». Pourtant, le code du travail consacre un grand chapitre à l’hygiène et à la sécurité et punit plus ou moins durement les entreprises coupables de négligence et autres fautes graves, s’il est établi qu’il existe un manquement aux prescriptions légales et réglementaires en matière d’hygiène et de sécurité sur le lieu du travail.
Du point de vue civil, les salariés victimes d’un accident de travail ou d’une maladie professionnelle peuvent obtenir réparation intégrale de leur préjudice en cas de faute inexcusable. Celle-ci est avérée lorsque l’employeur a manqué à son obligation contractuelle de sécurité. La faute inexcusable peut découler, notamment, d’un défaut de précaution, d’un défaut de protection ou de surveillance ou encore de la violation d’un règlement de sécurité.
De plus, la non sécurité a un coût. M. Fakir souligne que «les sinistres peuvent engendrer des coûts 20 fois supérieurs à ce que coûteraient les dispositifs de sécurité et de prévention». Une proportion que confirme à peu près Abderrahim Eddine, responsable sécurité, hygiène et environnement chez Akzo Nobel Maroc qui souligne qu’il «est possible de calculer le coût de la sécurité, alors qu’estimer celui des accidents de travail n’est pas toujours évident». Par exemple, un accident de travail (risque le plus fréquent et le plus onéreux) coûte en moyenne 2 000 DH pour un sinistre simple, voire plus de 20 000 DH si les conséquences sont graves et entraînent une incapacité permanente.  

On parle très peu du stress qui touche de plus en plus de monde

Mais avec tout cela, le risque zéro n’existe pas. Le plus important est donc de prendre les précautions d’usage. A cet  égard, la formation et l’information sont indispensables pour l’acceptation et l’efficacité d’une démarche sécurité une fois les risques identifiés, répertoriés et les outils de prévention mis en place. C’est que les salariés ne respectent pas toujours les consignes ou ne mesurent pas le niveau des dangers auxquels ils sont exposés. La carotte financière peut dans ce cas les inciter à modifier leur comportement. Mohamed M., responsable RH dans un office, indique que les efforts réalisés en matière de respect des normes sont pris en compte pour le calcul des primes de productivité. «Cela incite les agents à rester vigilants sur cet aspect», précise-t-il.
Abderrahim Eddine est également de cet avis. «L’hygiène et la sécurité doivent être inscrites comme critère de performance au sein de l’entreprise au même titre que la qualité, la productivité. Nous déployons tous les outils pour la communication, l’information et la sensibilisation. Par ce biais, nous essayons d’agir sur le comportement des individus pour impliquer le maximum de personnes et diffuser davantage l’esprit de sécurité», explique-t-il. Notons qu’aux différents risques physiques (incendie ou explosion, accident électrique ou chimique, sonorisation, poussière…) entraînant des accidents de travail et des maladies professionnelles plus ou moins graves, s’ajoutent de plus en plus les risques psychosociaux tel que le stress qui touche une personne sur deux. Pour l’heure, aucune entreprise ne prend en considération ce fléau, encore mal cerné sur la place et qui inhibe le rendement des travailleurs.
A cet effet, M. Fakir tient à rappeler les bonnes règles à mettre en place en respectant les normes ergonomiques des postes de travail (siège, table, ordinateur…) ou encore en optimisant les ambiances physiques (éclairage, bruit, température). La même source explique qu’«en matière de santé et de sécurité du travail, il existe deux normes, à savoir la OHSAS 18001 et la BS 8800 qui fournissent les lignes directives des systèmes de management de la santé et sécurité au travail. Ces directives expliquent comment elles peuvent être intégrées dans un système de management global, et ce, dans le but de réduire le plus possible les risques pour les employés, de prévoir les circonstances pouvant provoquer les accidents de travail ou les maladies professionnelles mais aussi d’aider les entreprises à instaurer une image responsable». Peu d’entreprises du secteur industriel sont sensibilisées à ce genre de normes. De même, en matière de prévention contre les risques liés à l’environnement du travail, les pratiques relatives à la sécurité doivent être réglementées par un système interne consistant à inciter le personnel à être constamment vigilant et à réprimander toute personne qui néglige les consignes. Les sanctions peuvent aller jusqu’au licenciement s’il s’avère que les actes de négligence sont répétitifs. Mais avant de sévir, il faut d’abord sensibiliser et responsabiliser. Dans cette optique, l’implication du chef d’entreprise et du staff technique est primordiale.