Secteur des TIC : les besoins en compétences restent importants

Les salaires se sont stabilisés, surtout pour les jeunes diplômés et le turnover a beaucoup baissé. La crise mondiale a favorisé un transfert des compétences du Nord vers le Sud.

Depuis quelques années, le Maroc s’est lancé dans de vastes programmes dans le domaine des technologies de l’information et de la communication (TIC) comme le projet Maroc Numeric, le programme e-gov, la création de fonds d’investissement pour l’encouragement de projets technologiques… Une dynamique ambitieuse qui permettrait aux TIC de dégager 12% du PNB national en 2012. Sauf que la crise est passée par là, et que ses effets ont fini par atteindre le Royaume. Dès lors, la tension qui régnait sur le marché de l’emploi des TIC a baissé. Certaines sociétés offshore ont même été obligées de geler leurs programmes de recrutement. Quasiment, seuls les call centers ont réellement continué à recruter en grand nombre. Mais eux aussi risquent d’être rattrapés par les velléités protectionnistes qui commencent à naître en Europe, principalement en France qui reste le premier investisseur dans ce métier au Maroc.

Quoi qu’il en soit, ce changement a l’avantage d’entraîner deux conséquences directes et salutaires. La première conséquence est la stabilisation des salaires surtout pour le cas des lauréats fraîchement diplômés. D’après une enquête de la Fédération marocaine des professionnels des technologies de l’information (Apebi) réalisée en 2011, les salaires se situent à peu près au même niveau qu’en 2010. La tendance à la stagnation a commencé à se dessiner clairement en 2009. Aujourd’hui, un développeur perçoit plus de 150 000 DH par an, un intégrateur 200 000 DH et un administrateur de bases de données entre 250 000 DH et 300 000 DH, c’est-à-dire au même niveau qu’un chef de projet ou un consultant technique.

La deuxième conséquence découle de la première : la baisse du taux du turnover dans les directions des systèmes d’information (DSI) aussi bien du secteur privé que public. Il tourne autour de 10% en 2011-12 contre 14% en 2009. «Auparavant, on changeait d’employeur facilement en étant sûr d’obtenir une forte appréciation de la rémunération parce que les compétences étaient rares et que les entreprises croulaient sous les commandes. Aujourd’hui, très peu sont ceux qui osent déposer leur démission parce que le marché de l’emploi dans les TIC est moins animé. Il est donc question de préserver sa place en se contentant des menus avantages qu’offrent les employeurs», commente Mounir Essaygh, DG du groupe M2M.

Certains professionnels refusent toutefois d’exagérer la situation. «Il ne s’agit pas d’une crise sectorielle, mais d’une régulation du marché de l’emploi des TIC puisque la demande sur les ressources humaines qualifiées est toujours d’actualité», précise Mamoun Kabbaj, directeur des centres de compétences de Logica North Africa. Il précise toutefois que la demande des sociétés de services informatiques et d’ingénierie (SSII) et des cabinets de conseil est importante pour certains profils pointus. Il s’agit, à titre indicatif, des ingénieurs commerciaux, des spécialistes des progiciels de gestion (ERP) et des bases de données (DBA).
Traduisez : les profils expérimentés, c’est-à-dire ceux ayant plus de trois ans d’ancienneté sur le marché, ont plus de chance de changer de job avec de meilleures conditions. La raison est simple : en temps de crise, les entreprises préfèrent des profils capables de s’intégrer dans le processus de production dès le premier jour de recrutement.

La crise mondiale n’a pas que des conséquences néfastes. Elle permet un transfert des ressources humaines du Nord vers le Sud. Le marché a enregistré un flux croissant de ressources hautement qualifiées de cadres résidants à l’étranger qui ont décidé de revenir au pays. «Ce retour des compétences permet de disposer d’un vivier de ressources humaines à des conditions et des tarifs conformes aux spécificités du marché marocain et non pas international», explique Mounir Essaygh.
Les professionnels considèrent cependant que la situation actuelle du marché de l’emploi ne doit pas pousser à la remise en question de la dynamique de formation enclenchée par le Programme de 10 000 ingénieurs. «Au contraire, le pays a intérêt à capitaliser sur ce choix stratégique pour investir davantage dans la formation des ressources humaines et des jeunes dans le domaine des TIC», insiste le DG du groupe M2M.
 

Des besoins potentiels importants en ressources spécialisées dans les TPE et les PME

Driss Bouami, directeur de l’Ecole Mohammadia des ingénieurs (EMI), abonde dans le même sens en précisant que «le Maroc ambitionne aujourd’hui de former près de 15 000 ingénieurs par an». De l’avis de M. Bouami, «il faut veiller à la bonne exécution de ce programme ambitieux et surtout au renforcement de deux éléments chez les futurs lauréats, y compris les ingénieurs : leurs capacités de communication et la maîtrise des langues, notamment le français et l’anglais». Deux atouts incontournables pour réussir le pari de l’intégration du marché des TIC au niveau mondial, ajoute-t-il. En somme, on est encore loin de satisfaire tous les besoins, eu égard aux ambitions affichées par le pays dans le domaine. Comme toute crise a une fin, il faudra bien être prêt au moment du redémarrage.

En outre, les professionnels du domaine font remarquer que le soutien de la dynamique de l’emploi ne doit pas seulement profiter à certaines activités ou des niches bien précises. Ils défendent l’idée que TPE et PME doivent bénéficier de mesures incitatives similaires voire plus importantes que celles des sociétés de l’offshoring en matière de baisse des taux de l’impôt sur les revenus (IR) pour leur permettre de recruter et de fidéliser des compétences dans le domaine des TIC dont elles sont encore faiblement outillées. Bref, il existe d’énormes besoins potentiels en ressources humaines spécialisées qui font qu’il est impératif de former toujours plus et mieux des ingénieurs et autres techniciens spécialisés.

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