Secteur agricole : la nouvelle star du marché de l’emploi

Avec le Plan Maroc Vert, l’agriculture a besoin de nouveaux profils pour se moderniser.
Une cinquantaine d’établissements forment les ingénieurs et les techniciens supérieurs.
Le niveau de qualification Bac+5 est le meilleur moyen pour obtenir un poste dans la recherche et développement, le conseil et le management dans les grands groupes.

Le secteur agricole et rural occupe une place économique importante au Maroc. Il emploie plus de 4 millions de ruraux et crée environ 100 000 emplois dans l’agroalimentaire. En termes de valeur ajoutée, Il contribue à la formation du PIB à hauteur de 14% à 25% selon les conjonctures climatiques.
Le contexte mondial marqué par la sécurité alimentaire, le changement climatique, la hausse des prix des produits agricoles, la responsabilisation des producteurs, la lutte contre la pauvreté a imposé au Maroc de revoir sa stratégie agricole dans le sens d’une mise à niveau et de la modernisation du secteur. C’est dans cette perspective que le nouveau Plan Maroc Vert a été élaboré, et ce, pour que l’agriculture devienne un des principaux moteurs de croissance de l’économie nationale dans les 15 prochaines années. Ceci avec des retombées importantes en termes de croissance du PIB, de création d’emplois, d’exportations et de lutte contre la pauvreté
Mais le secteur devra faire face à un défi de taille : la ressource humaine jeune et qualifiée. Aujourd’hui, l’âge moyen des exploitants est de 52 ans, ce qui veut dire que dans les quelques années à venir un grand nombre d’entre eux aura atteint l’âge de la retraite. A cela, il faut ajouter le fait que le secteur a connu de nombreuses évolutions technologiques et se trouve donc demandeur de profils nouveaux qui n’existaient pas (dans les services, l’énergie, l’environnement, …). Du coup, les opportunités d’emplois vont considérablement s’accroître dans le secteur. Selon Mohammed Sadiki, directeur de l’IAV, «le plan Maroc Vert, tablant sur l’utilisation intensive des agro-technologies et l’encadrement rapproché, nécessite de nouvelles compétences, de cadres et de techniciens pouvant accompagner les acteurs à l’échelle régionale».
Dès lors, la filière agricole a besoin de former plus de jeunes pour assurer la reprise et le développement des exploitations et entreprises.
Face à ces défis, le système éducatif tente tant bien que mal d’y répondre. Le dispositif de formation professionnelle et de l’enseignement technique est constitué d’une cinquantaine d’établissements entre les instituts de techniciens spécialisés en agriculture formant des techniciens spécialisés (Bac + 2 ans de formation), les instituts techniques agricoles formant des techniciens (niveau Bac + 2 ans de formation), les centres de qualification agricole, formant des ouvriers qualifiés  ainsi que les lycées agricoles. Sans compter les instituts supérieurs de formation d’ingénieurs tels que l’Ecole nationale d’agriculture de Meknès (ENA) ou encore l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II de Rabat (IAV).
Pour beaucoup d’entre elles, ces structures de formation rencontrent des difficultés, à savoir la faiblesse ou le manque de moyens financiers, le manque de préparation des stages de formation, l’insuffisance des modules d’application pratique…

Chaque filière agricole offre un éventail d’emplois variés

Pour ainsi dire, les prochaines années devront connaître une montée en gamme de l’expertise des sociétés à vocation agricole/agroalimentaire. Les profils sont de plus en plus qualifiés (ingénieurs en génie rural, agronomie, hydrologie, agroéconomie, gestion des énergies, de l’eau) et diversifiés (postes de managers financiers, marketing, communication, gestionnaires d’exploitations agricoles).
Déjà, aujourd’hui le secteur offre un éventail d’emplois variés, que ce soit dans la production, le suivi de la qualité ou la vente. «Même le marketing fait son entrée dans l’agriculture, car de par la concurrence, l’environnement exige de mieux travailler son positionnement sur le marché, de développer de nouveaux partenariats mais aussi de nouveaux produits», explique Fayçal Mais, directeur commercial de Timac Agro Maroc .
Le conseil n’est pas en reste. De nos jours, des agro-consultants sont de plus en plus sollicités par les exploitants agricoles afin de mieux les accompagner dans le développement de leurs exploitations dans divers domaines, comme le choix et l’entretien des machines agricoles, les techniques d’irrigation, le choix des semences et la traçabilité de la production. Dans tous les cas, ils se doivent d’être à la pointe de l’information agricole, tant technique que réglementaire.
«Tous les profils qui s’insèrent dans les aménagements hydro -agricoles, l’ingénierie, les techniques de production, le management, l’agro-industrie, le marketing, la qualité et l’hygiène et la sécurité alimentaire sont sollicités», note pour sa part le directeur de l’IAV.
En ce qui concerne l’industrie agroalimentaire, sa vitalité profite surtout aux Bac+2, principalement en commerce-marketing et en fabrication. Face à des consommateurs préoccupés par la sécurité alimentaire et par leur santé, les entreprises recherchent aussi des spécialistes de la qualité et de la nutrition.
Le niveau de qualification Bac +5 reste, toutefois, le meilleur moyen pour intégrer des grands groupes, en recherche et développement, conseil et management. Mais cette population reste difficile à trouver sur le marché de l’emploi. «Les candidats existent, mais rares sont ceux qui ont un bon niveau ou une expérience probante. En plus, les entreprises se targuent de se payer des ingénieurs à prix forts alors que le marché a surtout besoin de techniciens spécialisés qui s’adaptent sur le terrain», se plaint un entrepreneur dans le domaine de la production céréalière.
Même son de cloche pour cet autre entrepreneur d’une PME qui souligne que «souvent, les lauréats d’instituts supérieurs ont des prétentions salariales élevées, surtout lorsqu’ils dépassent une année d’expérience sur le terrain». Et de préciser qu’une «PME ne peut se permettre de payer un candidat 15 000 DH surtout s’il ne dépasse pas trois ans d’expérience».
Enfin, beaucoup d’entreprises insistent aussi sur l’importance de la maîtrise des langues locales ou étrangères, notamment le français et l’anglais pour les entreprises exportatrices de fruits et légumes, ainsi que les techniques de communication. Mais ceci est valable pour tous les métiers.