Secret professionnel : comment se prémunir contre les fuites

Les menaces viennent de l’intérieur de l’entreprise comme de l’extérieur.
Sécurité physique, précautions technologiques, sensibilisation des salariés sont les principaux moyens pour se protéger contre les divulgations de secrets.

L’affaire a fait la une de la presse internationale récemment : trois hauts cadres du groupe Renault travaillant sur le programme de voiture électrique ont été mis à pied en janvier. La cause: ils sont soupçonnés d’avoir vendu des informations secrètes à un concurrent étranger, probablement chinois selon les conclusions de certains médias. Cette affaire qui a des relents d’espionnage industriel et suivie au plus haut niveau de l’Etat français rappelle le différend qui avait opposé, il y a quelques années, General Motors/Opel à Wolskwagen. Le premier groupe avait accusé un de ses cadres, parti rejoindre son concurrent, d’avoir emporté des documents confidentiels. C’est la preuve que les entreprises, grandes ou petites, quel que soit leur niveau de sécurité, ne sont pas à l’abri de vols ou de fuites d’informations importantes. C’est encore d’autant plus courant aujourd’hui que la guerre économique, encouragée par une concurrence sans merci, fait rage. Et comme pour les militaires, la guerre économique repose sur un élément majeur : le renseignement ou ce que certains appellent désormais l’intelligence économique. Plus que de la veille, qui permet de guetter le marché, les concurrents et d’anticiper les nouvelles tendances, l’intelligence économique va bien au-delà :  il s’agit de savoir ce que préparent les concurrents, leurs projets pour l’avenir, leurs procédés industriels, leurs maquettes… C’est la raison pour laquelle des moyens significatifs sont investis dans la protection physique et intellectuelle.
Au Maroc, il n’est pas rare de voir les problèmes de divulgation de secrets professionnels sur la place, même si ces affaires sont rarement exposées sur la place publique, contrairement à ce qui se fait ailleurs.
Ainsi, un manager raconte que l’un de ses commerciaux avait subtilisé des bases de données clients pour le compte d’un concurrent. Malheureusement, il n’a pas pu prouver ces fuites devant le juge.
Face à une concurrence exacerbée, les entreprises ont tout intérêt à sécuriser leurs données sensibles. Les fuites d’informations peuvent coûter extrêmement cher. « Dans l’industrie, il est vital de protéger les recettes de fabrication qui ne sont pas brevetées pour ne pas être  connues de la concurrence», indique Mohammed El  Yousfi, DG du cabinet LMM QSE.  
« Nous gérons actuellement un flux important d’informations. L’une des principales difficultés que rencontrent les entreprises aujourd’hui réside dans le transfert des informations aux bonnes personnes au bon moment », précise Mohamed Benouarrek, expert RH. Il est donc important de savoir hiérarchiser l’information qui est accessible au public, celle qui doit circuler dans l’entreprise et celle qui doit rester confidentielle. C’est de la sorte qu’on peut éventuellement détecter l’origine d’une fuite. Et les fuites peuvent provenir de partout.
A l’intérieur de l’entreprise d’abord comme le prouve l’affaire Renault. Des fuites organisées peuvent survenir tout comme elles peuvent être d’origine accidentelle suite à une négligence : des salariés qui parlent facilement à tout le monde sans se rendre compte qu’ils divulguent des informations utiles pour la concurrence, des documents mis à la poubelle sans précautions, un circuit d’information mal sécurisé…
Certaines catégories de personnels se révèlent plus sensibles. Un ingénieur qui travaille sur un processus de fabrication, un comptable qui a le secret des comptes de l’entreprise tout comme le coursier ou l’assistante de direction par qui passent très souvent tous les dossiers importants de l’entreprise : gros contrats, salaires du personnel, projet de licenciement sont souvent très exposés. Le commercial qui démissionne pour rejoindre une entreprise concurrente en embarquant avec lui le fichier clients, c’est le coup classique. Surtout s’il est en mauvais termes avec son employeur.  
De l’extérieur, les attaques viennent directement de la concurrence. Certains grands groupes n’hésitent même plus à payer des détectives ou cabinets spécialisés pour en savoir  plus sur les pratiques de leurs pairs. De plus, les hommes d’affaires en voyages de travail à l’étranger ne sont pas à l’abri de coups tordus.
Dans certains pays, les accompagnateurs, guides, interprètes sont de bons relais pour «cuisiner» un concurrent, lui arracher certaines informations confidentielles voire subtiliser des documents importants.

Se protéger sans paranoïa

Et avec les moyens technologiques disponibles, il est possible d’enregistrer, de photographier et de copier des documents en toute discrétion.
Autre source de danger pour l’entreprise : son réseau informatique. Il n’est pas rare de voir des entreprises victimes de piratage.
Face à tout ces dangers, il est nécessaire de se protéger. Il ne s’agit pas d’être paranoïaque, mais il importe de prendre des précautions pour ne pas prêter le flanc à des personnes mal intentionnées. Sur le plan légal, les entreprises s’entourent d’une précaution à savoir inclure  dans le contrat de travail d’un salarié, une clause de confidentialité. Pour Mohamed Benouarrek, « cette clause peut avoir plus de poids si elle est bien détaillée dans le contenu,  par exemple étendre la rédaction des textes à des informations concernant l’utilisation exclusive des documents internes ou encore les bases de données clientèle ». De l’avis de Mohammed El Yousfi, «la sensibilisation est primordiale. Il ne faut pas attendre qu’une mésaventure arrive pour que l’entreprise commence à réparer les dégâts ».
Et ne pas oublier que la sécurité immatérielle (système de protection des données informatiques, verrouillage du circuit d’information..) est aussi important que la sécurité physique.