Santé au travail : la prévention le plus souvent négligée

Beaucoup d’entreprises font l’impasse sur la visite médicale annuelle. L’employeur engage sa responsabilité en cas de maladie professionnelle. Les salariés victimes d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle peuvent obtenir réparation intégrale de leur préjudice en cas de faute inexcusable.

Bénéficiez-vous régulièrement d’une visite médicale annuelle au sein de votre entreprise ? Peu de gens répondent par l’affirmative. Pourtant, quel que soit le rang hiérarchique ou l’environnement de travail, bureau, chantier ou mine, tout travailleur est exposé au risque d’accident ou de maladie professionnelle ou contagieuse, sachant que la promiscuité est de nature à favoriser la propagation des microbes.

C’est une évidence aujourd’hui, les conséquences de la non-prévention médicale peuvent parfois être graves. D’ailleurs, toutes les études récemment menées sur la santé au travail l’ont démontré. Le taux d’absentéisme dans les entreprises ne cesse de croître.

Les accidents du travail constituent sans aucun doute l’un des postes les plus onéreux pour l’entreprise. D’après une étude menée par la Fédération marocaine des sociétés d’assurance et de réassurance (FMSAR) en 2002, le coût d’un accident du travail peut aller de 2 000 à 20 000 DH.

Il faut tout de même noter qu’aux différents risques (incendie ou explosion, accident électrique ou chimique, bruit, poussière…) entraînant des accidents du travail et des maladies professionnelles plus ou moins graves, s’ajoutent, de plus en plus, les risques psychosociaux tels que le stress, qui touche une personne sur deux.

Pour l’heure, aucune entreprise ne prend en considération ce fléau, encore mal cerné sur la place, et qui inhibe le bon fonctionnement de l’activité.
Il faut ajouter à cela les problèmes de toxicomanie ou les violences en milieu professionnel qui se sont multipliés, à l’image de ce qui se passe dans toute la société.

Certaines grandes entreprises n’ont même pas d’infirmerie
Tout cela fait que les questions de la santé au travail, en plus d’avoir des répercussions sur le plan financier et quantitatif, ont également des effets négatifs au plan qualitatif. Alors que, on le sait bien aujourd’hui, une journée de travail perdue coûte davantage à l’entreprise que les simples cotisations patronales, cette démarche préventive est pourtant négligée, voire jugée inutile par les entreprises.

Le résultat est que la branche maladie est largement déficitaire et que, naturellement, le taux de cotisation n’est pas près de baisser ou de se stabiliser pour un très grand nombre d’entreprises. Celles-ci oublient tout simplement que l’investissement dans la prévention se traduit par un gain en termes de primes et permet de réduire les coûts induits par les arrêts maladie.

Selon Ahmed Laksiwar, conseiller en législation du travail, «les entreprises n’appliquent souvent pas la législation». Il souligne en outre que de grandes entreprises ne sont même pas équipées d’une infirmerie. Et quand elles font appel à un médecin, celui-ci n’est pas forcément spécialisé en médecine du travail. Des anomalies que l’on ne peut que regretter, comme le souligne notre source.

On peut également regretter qu’un tel retard, incompréhensible, soit accusé dans la mise en place des services médicaux interentreprises qui n’existent jusqu’à présent qu’à l’état de projets, alors que, actuellement, les zones industrielles qui se développent doivent aussi en être dotées.

Bilan de santé, un must offert par quelques multinationales
Même au niveau national, la médecine du travail fait encore défaut. Aujourd’hui, les infrastructures indispensables ne dépassent guère les 1 500 services médicaux du travail agréés par l’inspection médicale du travail pour 4 600 entreprises assujetties.

Un établissement assujetti sur quatre seulement possède un service médical du travail. Ce n’est pas exactement une bonne moyenne, surtout quand on sait que les PME-PMI, qui représentent plus de 75% du tissu économique, échappent pour leur part totalement au contrôle médical, alors que, malheureusement, elles emploient 80% de la population active.

Le nombre des salariés protégés par ces services médicaux du travail est de 350 000 par an. Ils représentent près de 7% de la population active occupée urbaine. Plus de 9 salariés sur 10 n’ont donc aucune protection médicale au travail, sans compter le monde rural qui compte plus de 5 millions d’actifs occupés, qui n’en ont pas plus.

Pourtant, tout salarié d’une entreprise de 50 personnes et plus doit bénéficier d’une visite médicale chaque année. Cette visite a pour but de s’assurer du maintien de son aptitude pour le poste occupé.

Dans certaines entreprises, les visites peuvent être nombreuses, allant des visites d’embauche aux visites périodiques en passant par les visites de reprise ou visites systématiques, conformément au Code du travail (voir encadré en page III). Sur la place, certaines entreprises se limitent à peine à la visite d’embauche. D’autres en revanche se montrent assez strictes.

Ainsi, Lydec annonce un taux de présence allant de 96 à 98% pour l’ensemble des salariés de l’entreprise. Ce taux est de 100% pour les services techniques où les salariés sont les plus exposés aux risques (voir encadré ci-dessous). Certaines multinationales vont jusqu’à offrir des bilans de santé à leurs salariés, ce qui est, bien sûr, la pratique idéale. Mais il faut bien dire qu’elle est loin d’être courante.

Pour en revenir aux visites périodiques, il faut pourtant noter que si les salariés n’en bénéficient pas au sein de leur entreprise, ils n’ont aucun recours pour l’exiger. Toutefois, en cas de maladie professionnelle, l’entreprise – s’il est établi qu’il existe un manquement aux prescriptions légales et réglementaires en matière d’hygiène et de sécurité – engage sa responsabilité civile et doit par conséquent procéder à des examens médicaux pour ses salariés.

Du point de vue civil, les salariés victimes d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle peuvent obtenir réparation intégrale de leur préjudice en cas de faute inexcusable. Celle-ci peut procéder, notamment, d’un défaut de précaution, d’un défaut de protection ou de surveillance ou encore de la violation d’un règlement de sécurité.