Sachez réagir face à  la rumeur

Aucune organisation n’est à l’abri des rumeurs malsaines : il faut réagir promptement pour en contenir les effets pervers.
Si la rumeur vient de l’intérieur, on pourra faire appel à l’humour
des collaborateurs pour ramener l’ordre.
L’internet constitue un bon moyen pour contrer les attaques.

«Il paraît que… »… «Ce n’est pas juste !»… «Ils font n’importe quoi !»… Que de fois n’avons-nous pas entendu ce genre de remarques devant la machine à café de l’entreprise ou dans les transports collectifs du personnel, là où, en fin de journée, le bus devient la caisse de résonance des événements qui ont eu lieu dans l’entreprise ! C’est dans ce type d’endroits que naissent les rumeurs les plus folles, celles qui démotivent le plus les collaborateurs.
Demander aux salariés de rentrer à pied et enlever la machine à café ne servirait à rien… Ils ne sont pas des machines. Ils se nourrissent d’informations, vraies et fausses, colportées par d’autres collaborateurs qui veulent se faire valoir auprès de tous par le pouvoir que leur procure la détention d’informations «sensibles».
Le meilleur outil pour tuer la rumeur qui déstabilise les troupes est encore celle qui prend à contre-pied ceux qui prônent le renforcement des chapes de plomb hermétiques même sur les informations peu confidentielles : officialiser la rumeur et en rire !

Mettre les collaborateurs dans la peau d’une femme de ménage

Loin du principe classique du journal interne ou de l’intranet, qui ont pour mission d’informer les collaborateurs tout en créant un sentiment d’appartenance, les jeux de rôle internes prennent le relais. Sans investissement, et de façon ludique, tout manager peut au niveau de son service désamorcer une situation tendue par des rumeurs en transformant son équipe, l’espace d’une heure, en «femmes de ménage»… !
C’est très simple. Explication : on place tous ses collaborateurs autour d’une table, et on leur distribue à chacun du papier et des feutres de couleurs différentes. On les briefe de la manière suivante : «Mettez-vous dans la peau des femmes de ménage de l’entreprise, et dessinez sur papier la manière dont vous voyez l’entreprise de l’intérieur, pendant que vous ramassez les déchets et que vous rangez les bureaux des salariés de l’entreprise». Ils ont la possibilité de rajouter des commentaires sur les dessins de leurs voisins et vice-versa…
Et là comme par magie, il se produit quelque chose d’incroyable… Vous n’arrivez plus à arrêter vos collaborateurs de dessiner, le sourire aux lèvres, comme si vous leur donniez pour la première fois l’autorisation de vous ressortir tous ce qu’ils avaient catalogué dans leur esprit à la rubrique «injustice», «zone d’ombre», «ridicule»…
A la fin de l’exercice, il faudra demander à vos collaborateurs, chacun son tour, de commenter son œuvre… Les rires libératoires rapprocheront toute l’équipe, rendant très vite à la rumeur un statut de has been, caduc, si l’exercice est mené au bon moment.

  Le théâtre est aussi un bon moyen pour désamorcer une crise

Un autre outil pourra aussi étouffer toute rumeur au sein de votre entreprise : c’est le théâtre.
Il suffit de faire participer votre équipe à des pièces de théâtre dont le sujet, les personnages et le dialogue seront le fruit de leur pure imagination. La participation à la pièce permettra à chacun d’extérioriser toutes ses critiques, d’exprimer et de dire en public ce qui se raconte en cachette avec les collègues, près de la machine à café. Le public qui regardera la pièce sera lui aussi touché par l’effet positif de la pièce car nombreuses seront les personnes qui seront d’accord avec ce qui se dit. Les éclats de rire et les commentaires réduiront le champ d’importance que chacun a donné à la rumeur en question et apprendra aux gens à s’extérioriser sans avoir à passer par les nébuleuses syndicales, friandes de climat alourdi par les rumeurs.

Activer les «dark sites» ou sites cachés

A un niveau plus stratégique, quand des millions de dollars sont en jeu face à des risques de rumeurs déstabilisant les cours de Bourse, certaines grandes entreprises disposent de moyens de riposte a priori. Les «dark sites» ou «sites cachés» ou «sites shadow» sont là pour être activés en vue de faire face à chaque situation.
Ce sont des sites dédiés disposant d’une adresse internet, d’un texte et d’une charte graphique prédéfinies, et comportant des espaces prêts à êtres remplis en fonction du type de crise rencontrée. Mis en ligne en cas de déclenchement d’une crise, ils sont activables en quelques heures…
Les avantages des dark sites, en tant que supports en ligne, est qu’ils permettent un accès rapide et direct à l’information, sans intermédiaire : permanence de l’information, précision et fourniture de documents multimédia, aux employés, voire aux journalistes, derniers communiqués, démentis garantissant l’absence de médiateur qui déformerait l’information.

. Préparer la contre-attaque même quand tout va bien

La rumeur est donc l’œuvre cumulative d’un groupe plus ou moins bien intentionné. On la glisse d’une oreille à l’autre lors des échanges successifs d’information. Le groupe tente de reconstruire le puzzle constitué par les pièces diverses qui lui sont relatées, et, plus il manque de pièces, plus l’inconscient du groupe va peser sur l’interprétation.
Essayons donc de ne pas laisser les pièces du puzzle à la portée de ceux qui pourront détruire, avec de simples paroles, ce qu’on a bâti pendant des années. Soyons offensif dès que le danger guette, en nous ouvrant avec humour aux collaborateurs, ou en prévoyant d’emblée, dans une vision stratégique, des réponses préétablies, à travers des médias sûrs, que l’on aura peaufiné alors que tout allait bien dans l’entreprise… Oui, c’est quand tout va bien qu’il faut préparer les contre-attaques !