Rien qu’en matière de managers confirmés, 1 000 postes sontà  pourvoir

Chefs de projet événementiel, chargés de production pour les agences de voyages, responsables marchés pour les compagnies aériennes… de nouveaux métiers se développent.
Les cabinets de recrutement ne sont pas toujours sollicités et les recrutements
se font souvent de manière non professionnelle.

A nouvelles demandes, nouveaux produits… Les métiers du tourisme se sont diversifiés et les profils recherchés sont de plus en plus variés. Explications de Karim Benhlal, responsable d’agence Manpower Maroc à  Marrakech.

La Vie Eco : Le secteur du tourisme connaà®t actuellement une forte croissance. Quels sont les profils de managers dont il a besoin ?
Karim Benhlal : Actuellement, on observe une grande tendance pour des profils assez récents. Il s’agit par exemple des chefs de projets pour tout ce qui relève de l’événementiel. Pour les postes permanents, nous avons les directeurs de restaurant et les maà®tres d’hôtel qualifiés pour les restaurants et les hôtels. Côté agences de voyages, nous constatons le développement de nouveaux profils, notamment les chargés de production. Ces derniers sont chargés de mettre en place des packages (voyages, séminaires, excursions…) pour la clientèle. Dans un autre registre, les responsables marchés dans les compagnies aériennes commencent à  se développer. Ils sont chargés de prospecter les marchés étrangers et mettre en place des liaisons aériennes avec ces pays.
Il y a aussi les postes de gérants de maisons d’hôtes et directeurs d’hôtels qui se développent d’année en année. Malheureusement, souvent, les candidats et les entreprises ne pensent pas à  solliciter un cabinet de recrutement et se contentent toujours du «bouche à  oreille», suivi d’un pseudo-entretien. Cette méthode est risquée car, non basée sur une démarche professionnelle, elle réserve souvent de mauvaises surprises aux entreprises aussi bien qu’aux candidats.

Trouvez-vous facilement ces profils sur le marché de l’emploi?
Nous avons du mal à  trouver les profils précités sur le marché de l’emploi. D’autant plus que les exigences des clients sont de plus en plus élevées (connaissance des langues, niveau de formation, expérience professionnelle…). Bien évidemment, en tant que cabinet de recrutement, nous restons attentifs aux nouvelles promotions des écoles hôtelières au Maroc et à  l’étranger.

A combien estimez-vous le besoin en managers confirmés dans ce secteur ?
Nous estimons les besoins en managers confirmés à  un millier.

Le tourisme restant dépendant de la conjoncture internationale, le besoin en compétences est-il moins aigà¼
en cas de conjoncture défavorable ?
Absolument. Je dirais que le marché national est principalement constitué du tourisme d’affaires et de loisirs. En cas de conjoncture défavorable, c’est le tourisme d’affaires qui est le plus exposé. Et donc, le besoin en profils concernés peut alors baisser. Ce que nous ne souhaitons pas.

Les instituts spécialisés répondent-ils aux besoins du marché ?
Malheureusement, ces instituts ne comblent pas le déficit du marché car il faut savoir que, par rapport à  d’autres pays, les métiers du tourisme sont encore nouveaux au Maroc aussi bien pour les cadres que pour les cadres dirigeants. Néanmoins, nous constatons avec satisfaction le début de l’intérêt pour ces métiers à  travers quelques écoles de la place, notamment l’université Cadi Ayad de Marrakech qui a mis en place dernièrement un troisième cycle tourisme, ainsi que d’autres instituts de formation.

Qu’en est-il des salaires proposés ?
Vu la rareté des profils, les salaires proposés pour les nouveaux postes sont en général motivants. En effet, c’est une rémunération qui peut englober, en plus du salaire, d’autres avantages comme le logement et la voiture de fonction.
Malheureusement, l’absence de véritables grilles de salaire ne nous permet pas d’évaluer à  juste titre les pratiques du marché. Tout dépend de la politique de rémunération de l’établissement. Ceci dit, les salaires à  Marrakech ont subi une nette amélioration depuis quelques années. Par exemple, le salaire d’un maà®tre d’hôtel est passé de 4 000 DH nets, il y a 4 ans, à  6 000 DH nets et plus actuellement.

karim benhlal Responsable d’agence Manpower à  Marrakech
Vu la rareté des profils, les salaires proposés pour les nouveaux postes sont en général motivants. Ils peuvent englober, en plus du salaire, des avantages comme le logement et la voiture de fonction.

«Langues, approche client, hygiène… les gaps sont nombreux dans la formation»

«A l’instar des autres métiers du tourisme, le secteur de l’hôtellerie- restauration connaà®t une bonne croissance. Actuellement, nous recherchons de plus en plus des profils confirmés et ce dans tous les domaines. Il s’agit principalement des maà®tres d’hôtel, chefs de cuisine spécialisés (notamment avec une spécialité pâtisserie ou boulangerie), chefs de service hébergement, chefs de partie cuisine, ou encore des chefs de rang restauration, banquet et room-service.
Il faut dire d’emblée que ces profils sont difficiles à  trouver. Et pour cause, outre la maà®trise du métier, les exigences en termes de langues et présentation sont de plus en plus élevées. Sans oublier que le secteur connaà®t un fort turn-over dû en grande partie à  la concurrence étrangère.
Les profils les plus pointus préfèrent s’expatrier dans les pays du Golfe ou en Europe pour des raisons de salaire ou d’évolution de carrière.
Pour notre part, nous évitons le débauchage pour des raisons déontologiques et éthiques. Par conséquent, nous recourons à  la formation. Sur ce plan, l’offre de formation sur la place a connu une nette amélioration ces dernières années avec les formules formations alternées et apprentissage en entreprise. Cela a d’ailleurs permis au secteur de constituer un vivier de candidatures en interne. Seul bémol, les filières proposées par les différentes écoles de la place ne couvrent pas tous les domaines. Je citerai l’exemple des filières maà®tre d’hôtel, gouvernante générale, assistante étage….
Pour ce qui est des disciplines à  enseigner, j’ai déjà  souligné que les lauréats sont faibles en langues étrangères. Il faut également penser à  les former sur des aspects plus qualitatifs tels que l’hygiène et propreté, l’approche client ainsi que sur les produits hôteliers de manière générale. Et ce n’est pas tout : il faut aussi combler le déficit en formateurs qualifiés. Ce qui nous a poussés à  réfléchir à  des formules de partenariat entre professionnels et instituts de formation»

Adnane Zarrari DRH de Sofitel Marrakech, Groupe Accor.