Rester efficace au travail pendant Ramadan : Entretien avec Mouhcine Ayouche, Haute académie marocaine de coaching

En tout temps, les attitudes professionnelles sont aussi variées que les individus. Ramadan correspond également à  une période de pic d’activité pour certains secteurs. Mieux vaut effectuer les tà¢ches les plus complexes durant les premières heures de la journée.

On ne peut rien avancer sans une étude de fond sur la question de Ramadan et de la productivité. Pour le moment, on se limite à mettre en avant des causes d’ordre physiologique et psychologique dans l’hypothèse où cette baisse de régime est établie. Mouhcine Ayouche, fondateur associé de la Haute académie marocaine de coaching, revient sur le travail durant ce mois sacré qui peut être une occasion de renforcer la cohésion dans un groupe.

Pensez-vous que la baisse de régime pendant le mois sacré relève beaucoup plus d’une impression ?

Il n’y a pas à ma connaissance d’études sérieuses qui puissent infirmer ou confirmer une telle impression. Il y a cependant ce qu’en disent les responsables et cadres d’entreprises. Et il semble à les en croire qu’il y aurait une certaine accalmie sur le front du travail et une baisse d’activité pendant Ramadan et plus spécialement vers sa fin. Remarquons que c’est un mois de pic d’activité pour quelques secteurs tels l’agroalimentaire, la publicité, les loisirs… Il n’y a donc pas une seule tendance. Je dirais alors que cela relève et de l’impression et d’une réalité vécue de manière subjective par de nombreuses personnes.

Quelle est son incidence sur le rendement des personnes ?

Dans l’hypothèse où cette baisse de régime est établie, les causes seraient évidemment d’ordre physiologique et psychologique. Les changements de rythme (horaires de travail, de sommeil…) et d’habitudes de consommation (privation de café, cigarettes…) ne peuvent rester sans incidence sur l’état physique des personnes. L’ensemble du rythme individuel en est affecté et si on n’y prend pas garde cela peut conduire à une baisse de rendement au travail et ailleurs.
L’abstinence par rapport aux stimulants d’usage (cigarettes, café, nourriture…) pendant la journée a un effet direct sur le comportement, surtout durant les premiers jours de Ramadan, aggravant les perturbations dues au changement de rythme des repas et du sommeil.
Sur un plan psychologique, il y a certainement une attitude sociale collective acceptant le fait que cette période est particulière et peut justifier un comportement particulier, qui va souvent dans le sens d’un relâchement de l’effort.

Toutefois, il faut bien se garder des idées reçues à ce sujet. Les attitudes personnelles en cette période sont aussi variées que les individus eux-mêmes. Certaines personnes s’épanouissent à cette occasion en pratiquant leurs exercices physiques quotidiennement, d’autres vivent une plus grande spiritualité pouvant être revigorante. Certaines personnes s’investissent plus dans leur travail, tandis que d’autres somnolent toute la journée, se reposant de la ripaille d’une longue nuit de veille. Les corps sont toutefois mis à l’épreuve en fin de journée pour les jeûneurs.

Quels sont vos astuces et conseils pour être efficace au travail durant cette période ?

Il serait illusoire de faire comme si de rien n’était et prétendre que l’on peut travailler de la même manière et selon le même rythme, que ce soit pendant Ramadan ou un autre mois. Cela ne veut pas dire qu’il faut en faire un mois de farniente sous prétexte que l’on jeûne. Pour ma part, j’en profite, quand je ne suis pas en vacances, pour travailler autrement. Je me concentre ainsi sur certains dossiers qui ne demandent pas trop d’actions ni de dépenses énergétiques. Je mets à profit l’accalmie ambiante pour avancer sur des domaines laissés de côté auparavant, pour planifier… Travailler autrement en tenant en compte le contexte et en s’y adaptant est la bonne astuce, la mauvaise serait de se laisser aller et de justifier cela par le jeûne ou par le «tout le monde fait pareil» ou encore par la procrastination à l’après-Ramadan.

Qui dit Ramadan dit aussi conflits subjectifs. Comment peut-on les gérer ?

Cela relève plus généralement de la gestion des émotions et états d’énergie. L’étonnant est qu’un mois censé être de piété et de spiritualité soit transformé par certains en un mois de mauvaise humeur, d’excès en tous genres et de bagarres quasi généralisées au point de nous faire croire que l’Homme est réduit à un tube digestif. Le plus intéressant serait de mettre du sens dans ce que l’on fait, se poser la question du pourquoi l’on jeûne…ou pas et de se comporter en conséquence. C’est comme cela que l’on peut se mettre aux commandes de ses comportements et ne pas rester en «pilotage automatique» qui fait répéter et mimer des comportements censés être socialement dominants.

La période est également synonyme de f’tours communs, pensez-vous que ces moments renforcent la cohésion dans un groupe ?

Tout à fait ! En général, le mois sacré est synonyme de sociabilité et de renforcement de liens. Bon nombre d’entreprises en profitent pour organiser des événements, notamment des f’tours au profit du personnel et membres de familles mais aussi se retrouver sur d’autres registres comme l’organisation d’activités sportives (matchs de foot, jogging…). Ce qui est de manière à renforcer le relationnel et la cohésion interne dans un groupe. Certaines entreprises qui sont engagées dans des actions de proximité sociale en profitent également pour sensibiliser et impliquer leur personnel dans ces actions. Généralement, on observe une bonne adhésion à ces actions.

Que faut-il éviter ?

Pour ce qui est de ces événements, il faut veiller à ce qu’ils ne se limitent pas au simple respect de ces rituels. Il est important de toujours rester attentif à l’idée d’atteindre les objectifs de sociabilité et de fluidification des rapports interpersonnels. Sinon, de manière générale, il faut rester attentif à l’excès en tout genre. Que ce soit au niveau de l’alimentation, du sommeil, du sport… «Rien de trop», disaient les sages grecs il y a plus de 2 500 ans.