Respecter le cachet de la ville est l’enjeu des prochaines années

Nous allons mettre en
circulation des autocars à 2 étages pour la balade dans la ville et éviter de recourir aux voitures ;
la médina a été nettoyée et le trafic routierà l’arrivée d’Agadir a été détourné vers la route de Casablanca.

Président du Conseil régional du tourisme de Marrakech depuis trois ans, Kamal Bensouda dresse un état des lieux du secteur touristique dans la ville ocre, en insistant sur le fait qu’il faut rester vigilant et que des garde-fous doivent être maintenus pour que Marrakech continue de faire rêver…

La Vie éco : Marrakech est incontestablement la première ville touristique du pays. A quoi est dû cet engouement ?
Kamal Bensouda : Il faut reconnaître que c’est l’une des rares cités autour de la Méditerranée qui offre un cachet aussi fort, un charme aussi fou et une ambiance digne des mille et une nuits. La force de Marrakech réside aussi dans l’image qui s’est construite au fil du temps, soutenue par de nombreuses personnalités et stars qui y ont vécu ou qui ont été de passage. Cette conjugaison du temps et des hommes ont fait de Marrakech une ville de vacances d’abord, une ville de résidence secondaire ensuite et enfin une ville jet-set car le loisir s’y est développé avec intelligence. Marrakech a bénéficié aussi de tout le phénomène Riads qui a joué un effet de levier dans son positionnement mais aussi de la décoration orientale en vogue aujourd’hui dans le monde qui a permis de consolider de son côté, l’image d’une ville créative dans le domaine artisanal.

La ligne Paris-Casa a été pendant très longtemps la plus importante pour le Maroc. Maintenant c’est la ligne Paris-Marrakech. Un grand succès…
Certes, la ligne Paris-Marrakech vols réguliers et charters a largement dépassé celle de Paris-Casablanca depuis quelques années mais, depuis 2004, les lignes régulières dans le même axe ont suivi et, depuis 2005, en haute saison , l’aéroport de Marrakech surclasse celui de Casablanca toutes les fins de semaine. Le bassin parisien constitue une grande zone de chalandise en France et en liaison avec la destination Marrakech , le flux s’est developpé et consolidé. Mais le succès de Marrakech est enregistré aussi dans toutes les régions de France ; Marseille , Lyon, Nice, Bordeaux et Toulouse sont en liaison directe (vols réguliers ou charters), un signe que nous avons atteint la maturité sur ce marché dans son ensemble.
Si la France reste aujourd’hui un poids-lourd dans notre croissance et continue de soutenir le rythme des arrivées en 2005, les marchés espagnol et anglais commencent à progresser fortement et améliorer un mix-clientèle concentré sur les Français et les nationaux .
Je suis convaincu que la destination finira par se hisser à des niveaux plus convenables sur les marchés italiens et même allemands car elle offre pour les vacanciers une assurance de passer des vacances très originales et animées dans le cadre d’une ville jardin complètement dédiée au tourisme moderne depuis sa superbe mise à niveau commencée il y a 3 ans et où les habitants disposent de cette culture de l’accueil et du sourire.

L’industrialisation du tourisme à Marrakech ne risque-t-elle pas de créer des dérapages ?
Une ville qui se développe à ce rythme peut bien entendu rencontrer des problèmes de parcours, cela est normal. Mais le plus important est de maintenir la veille face aux pollutions les plus diverses qui peuvent survenir et être en mesure de les chasser rapidement. Cette réactivité, aujourd’hui opérationnelle, est du ressort de l’autorité et des élus et je peux vous assurer que leur mobilisation est totale dans le domaine pour donner aux professionnels et aux visiteurs le cadre de séjour le plus propre possible au sens réel comme au sens figuré. La ville, tout le monde le constate, est propre, sûre de jour et de nuit, bien éclairée, bien animée et les périodes de pointe sont anticipées pour assurer la fluidité des personnes. Si des dérapages sont constatés, je peux vous assurer que les mesures pour les corriger seront prises rapidement.

Ne risque-t-on pas de se retrouver dans une ville en béton qui perd tous ses charmes et qui est envahie par les touristes ?
Une ville envahie par des touristes est une destination qui a du succès. L’objectif n’est pas de stopper ces flux, il est impossible de freiner une augmentation de la demande, mais plutôt de bien la traiter et de lui assurer les meilleures conditions de séjour. La ville a pris de nombreuses décisions pour placer Jamaa el fna en zone piétonne, ouvrir les sites avec une plus grande transparence architecturale, créer de nouveaux jardins, ouvrir de nouvelles routes… Nous allons avoir, par exemple, des autocars à 2 étages pour la balade dans la ville et éviter de recourir aux voitures ; la médina a été nettoyée et la circulation à l’arrivée d’Agadir a été détournée vers la route de Casablanca sans passer par le centre-ville.
Sur le plan de l’urbanisme, par contre, nous devons veiller à la cohérence de l’ensemble et pousser les promoteurs disposant de terrains en centre-ville à respecter des ordonnancements architecturaux qui conviennent au cachet de Marrakech. L’enjeu est là pour les prochaines années.

Quelles sont les actions du CRT pour le développement régional ?
Les actions du CRT sont nombreuses, mais au final, le conseil se mobilise pour mettre en adéquation les arrivées de touristes avec la forte croissance des capacités en poussant les flux aériens à suivre, en poussant la promotion de la ville vers des niveaux plus élévés et en s’assurant que les professionnels délivrent une qualité de service de bonne facture. Aussi bien les hôteliers que les agences de voyages sont largement sensibilisés pour concrétiser sur le terrain la promesse de belles vacances faites par les voyagistes. Avec cette harmonie, Marrakech pourra compter encore longtemps sur un succès sur les marchés émetteurs et conforter ses performances dans le secteur du tourisme. Par contre, si un des éléments fait défaut demain, nous risquons de briser ce cercle vertueux et connaître une croissance débridée , néfaste pour l’économie des entreprises du tourisme de la ville.

Le CRT a-t-il les moyens de ses ambitions ?
Les moyens au départ étaient relativement faibles mais, grâce aux professionnels, au Conseil municipal et au soutien de l’autorité nous avons pu travailler dans des conditions interressantes. Avec la réforme du dispositif promotionnel et notre partenariat avec l’ONMT, nous disposons maintenant d’un budget de 8 millions de DH par an, un premier pas qualitatif pour améliorer la promotion de la ville. Mais nous restons mobilisés pour pousser le principe d’une répartition de la Taxe de promotion touristique avec une quote-part qui revient aux régions pour assurer une démarche de proximité. n Quels sont les espoirs pour la nouvelle zone touristique de l’Aguedal ?
La nouvelle zone de l’Aguedal constitue une extension hôtelière magnifique pour la ville, la CDG a fait un travail exemplaire en timing et en qualité et les premières unités vont voir le jour bientôt , mais cette zone est déjà à la mode car le complexe très in, le Pacha, a ouvert ses portes, ce concept unique au Maroc a contribué à renforcer la capacité d’animation de la ville et nous commencons à rivaliser avec Ibiza grâce à cet important investissement du groupe Kenzi Hôtels.
Cette zone donne le ton pour le développement futur de Marrakech et complète le tissu hôtelier de la ville avec intelligence. Avec le maintien de la croissance que nous enregistrons pour 2005, soit 31% en nuitées, Marrakech sera en mesure de digérer bientôt ces nouvelles unités.

Le phénomène des riads a donné lieu à des dérapages. Un assainissement a été entamé. Qu’en pensez-vous ?
Beaucoup de riads sont en conformité mais pour fiabiliser ce segment, un contrôle rigoureux a été mené pour assainir ceux qui méritaient un regard plus incisif de l’administration. Le travail de classement a été fait et les mauvais élèves ont été sanctionnés. Cette leçon va servir à l’avenir. Le travail est fait dans le calme avec l’assentiment de tous, un signe de maturité dans les process de contrôle et de régulation de l’administration, même les propriétaires de nationalité étrangère ont compris que nous étions dans un Etat avec des droits et des obligations.
n Après la mode des riads se profile celle des villas et des résidences dans la palmeraie…
L’engouement est de plus en plus fort avec même des ruptures dans les modes. Si les riads continuent à progresser mais plus faiblement, les villas et résidences ont pris le relais de l’offre avec des taux de vente appréciables. La demande internationale est soutenue, un gage de pérennité pour la destination. En vue de l’ouverture de l’autoroute, la demande nationale se confirme aussi car Marrakech va devenir une ville de week-ends pour l’axe Casa/Rabat. Le coût du foncier dans la ville s’apprécie et dans la région le prix du terrain connait une inflation certaine. La mode passera-t-elle ? Possible, mais tant que Marrakech continuera à être une ville organisée, accueillante et verdoyante, tant qu’elle alimentera sa magie par des actions nouvelles et tant qu’elle developpera ses loisirs, elle pourra certainement compter sur la fidélisation de ses visiteurs.

L’attrait pour les cracheurs de feu et autres charmeurs de serpents ne s’est pas démenti, même si, au fil des années, Marrakech offre bien plus de loisirs.