Relancer sa carrière avec un nouveau diplôme : Avis de Mohammed BENNOUARREK, DRH

Un diplôme donne plus d’attrait au CV, mais ne garantit pas la réussite professionnelle.

Besoin de passer à un échelon supérieur ou chercher un meilleur salaire, plusieurs raisons peuvent motiver l’inscription à un MBA ou un master spécialisé. Aujourd’hui, beaucoup de cadres, jeunes ou moins jeunes, ont sacrifié une grande partie de leur temps libre pour retourner sur les bancs. Mais il y a des conditions avant de se lancer. Les explications de Mohammed Bennouarrek, DRH d’un groupe.

Pensez-vous qu’on puisse relancer sa carrière avec un nouveau diplôme ?
Oui. La valorisation de certaines compétences passe obligatoirement par une formalisation. De ce fait, le diplôme peut booster la carrière d’un individu ou bien lui ouvrir plus de portes et d’opportunités d’emploi. Il s’agit d’une certification formelle d’un ensemble d’acquis pertinents pour une situation de travail donnée.
Il est tout aussi vrai qu’un diplôme peut ne servir à rien si, lors de l’entretien, le candidat ne reflète pas sa maîtrise desdites compétences. Ce besoin de prouver ses compétences reste valable au-delà du recrutement. Le diplôme offre au CV plus d’attrait, mais n’est pas garant de la réussite professionnelle.

Y a-t-il un moment plus opportun que d’autres pour le faire ?
Il n’y a pas de prescription générale à faire dans ce sens. Tout dépend de la maturité professionnelle du salarié, de ses conditions et de ses ambitions. Dans l’absolu, il est recommandé de travailler deux à trois ans au minimum avant de renouer avec les études. Ce temps est nécessaire pour avoir un petit recul vis-à-vis de ses expériences et pouvoir capitaliser là-dessus. Une longue pause entre le travail et les études, par contre, peut être dangereuse dans la mesure où la personne risque de s’engager dans le train de vie quotidien et trop s’éloigner de la volonté de reprise des études. Les responsabilités professionnelles, couplées à celles familiales, peuvent avorter un projet d’études.

Les formations diplômantes répondent-elles vraiment à un besoin réel de développement ?

Ceci dépend essentiellement du choix de la personne et de la pertinence de la formation choisie. Les pré-requis de pertinence couvrent la sélection de l’école/université, le programme de formation, et la relation de la formation avec son background et son poste. Parfois, certaines personnes optent pour des formations ou programmes sans étude et analyse préalable et sans forcément se projeter dans une logique de développement personnel et/ou professionnel.
La quête de diplômes dans certains cas devient, malheureusement, une obsession ayant pour objectif de décorer son CV et le rendre plus sexy. 
 
En somme pour faire le bon choix, il faut faire le point sur son besoin profond, sur ce que l’on aime faire, sur ses passions…
Certainement! Un travail sur soi, notamment en termes de passions intellectuelles et professionnelles, objectifs de carrière et apprentissage escomptés de la formation sont tous des facteurs importants.
La formation ne doit pas être recherchée par effet de mode ou de mimétisme (Master, MBA, etc.), mais plutôt pour sa plus-value académique et professionnelle. C’est un investissement et, comme tout investissement, il doit être rentable.

Peut-on dire qu’il y a une corrélation entre le niveau de diplôme qu’on peut acquérir  et le niveau de responsabilité et de salaire ?
Il y a deux facteurs importants, à savoir le niveau du diplôme et la renommée de l’école qui le délivre, qui peuvent en effet influencer les chances de promotion et/ou d’augmentation de salaire. A l’étranger, il y a même des études de marché qui portent sur la rémunération recensée à la base de benchmark des lauréats de telle ou telle université. Ceci dit, nous ne pouvons pas généraliser cette conclusion car, dans certaines entreprises, le salarié est rémunéré pour sa performance et son rendement. La valeur de ses diplômes reste à prouver sur le terrain. Nous sommes dans un marché d’emploi et non pas de diplômes.

Les recruteurs ont tendance à rechercher plus les personnes formées à l’étranger. Faut-il vraiment passer par cette voie ?
Il est vrai que pour certains, une formation à l’étranger représente une garantie d’excellence et, par conséquent, mérite un traitement préférentiel. Personnellement, je n’adhère pas à cette vision.  Certes, des formations à l’étranger sont d’une grande valeur, mais celles offertes localement se sont nettement développées au fil des années. Des intervenants locaux et des établissements à l’échelle nationale ont réussi à produire des outputs académiques de haute valeur.
Certains cherchent même des formations avec double diplômation afin d’accélérer leurr évolution professionnelle. Sur leurs CV des personnes inscrivent carrément le nom de l’établissement scolaire étranger sans mentionner le nom de l’établissement marocain où ils ont suivi réellement leur formation. Il faut cesser de dénigrer les formations locales ou bien de surestimer les formations à l’étranger. Il faut retenir que le produit académique humain est la résultante de l’intérêt de l’apprenant et, surtout, sa capacité à mobiliser les acquis et les mettre en application.