Ramadan : s’organiser plutôt que de lever le pied

Adoptez une hygiène de vie correcte pour pouvoir tenir le coup.
Regroupez
les tâches intellectuelles le matin et expédiez les affaires courantes
en début
d’après-midi.
Problème majeur pour les entreprises : gérer des équipes à deux
vitesses.

«Non, je ne stresse pas pendant le mois de Ramadan». D’un air calme, Soumia B., agent de contrôle dans un établissement financier, n’éprouve aucune difficulté à travailler durant le mois de jeûne. «Je profite toujours de cette période pour faire un bilan professionnel, personnel et, pourquoi pas, spirituel». Et d’ajouter : «Il est évident que les gens ne sont pas disposés à travailler plus que d’habitude pour compenser la réduction des heures de travail. Pour ma part, je suis pour la journée continue. Ça me permet d’être plus productive. La journée de travail se déroule en effet avec une plus grande concentration et sans l’interruption de 12h à14h, avec tous les inconvénients qu’elle comporte». Facile, mais pas pour tout le monde.

Le rendement collectif est souvent affecté
En effet, les désagréments du Ramadan sont connus : employés qui somnolent ou peu disposés à accélérer le rythme, dirigeants aux abonnés absents, rendez-vous au compte-gouttes, visages ternes et nervosité à fleur de peau… Une simple observation du rythme de travail suffit pour se rendre compte que, durant ce mois de privation que nous allons incessamment attaquer, beaucoup se contentent d’assurer le service minimum.

Certes, nécessité oblige, ceux qui sont tenus par des délais ne peuvent se permettre de lever le pied, mais, avec toute la bonne volonté du monde, il devient difficile à 14 heures d’être réellement efficace.
«Ramadan n’est pas un mois commode pour travailler. Certes, la journée de travail continu permet d’être actif plus longtemps mais après 14 heures, je deviens moins productif ; je m’arrange donc pour terminer l’essentiel avant cette heure fatidique. Au-delà, ce sont plutôt les réunions, ou les problèmes à régler par téléphone qui prennent le pas…et encore. Il faut dire que l’absence de café et de cigarette pèse lourd sur ma concentration. De plus, j’évite le maximum de personnes pour éviter les conflits», confie ce cadre d’une entreprise industrielle.

Mais la faim n’explique pas tout. Il est vrai que c’est une période de sevrage qui peut être mal vécue chez certaines personnes. Mais n’oublions pas que, à force de veiller chaque soir, on a du mal à garder suffisamment d’énergie pour tenir toute la journée le lendemain, même en temps normal.

En revanche, selon Hamid El Otmani, en revanche, Dg de LMS ORH, «la baisse de régime relève beaucoup plus d’une impression subjective». Il souligne qu’il y a «certainement une attitude sociale qui banalise et rend acceptable le fait que cette période est particulière et peut justifier un comportement particulier, qui va évidemment dans le sens d’un relâchement de l’effort».
En effet, dans certains cas, la privation n’est qu’un prétexte pour lever le pied. En somme, la baisse de régime n’est pas une fatalité ; on peut jeûner et travailler correctement. Tout est question de conviction, mais aussi d’organisation.

Transformer le «shor» en petit déjeuner
Pour garder le rythme, la bonne attitude commence par l’adoption d’une hygiène de vie correcte. «Je m’interdis de prolonger la soirée au-delà de 23h 30. Du coup, comme le travail commence un peu plus tard que d’habitude, j’arrive à supporter la journée sans difficulté», explique un responsable financier et administratif. Autre astuce, pour ceux qui sont accros au café, transformer le «shor» en petit déjeuner, sachant que les effets du café ne se manifestent qu’environ une demi-heure après l’ingestion. Il est donc tout à fait possible de se rendormir.

Tenir compte du Ramadan dans le programme de production
Le fait d’abréger les soirées en famille ou entre amis et de prendre un repas aux aurores permet ainsi de rentrer au bureau un peu plus tôt et de s’y mettre quand on est encore frais. Encore faut-il que l’entreprise soit préparée. En effet, quel que soit le degré d’autonomie des uns et des autres, il est difficile de faire cavalier seul, sachant qu’il y a toujours des problèmes transversaux à résoudre.
Mounya El Mesri, consultante RH dans une entreprise informatique, note qu’il faut s’attendre à une baisse du rendement collectif du fait que, si une partie du personnel peut maintenir le rythme, d’autres peuvent voir leur rendement baisser.

En revanche, dans d’autres activités, on n’a pas le temps de souffler. C’est le cas par exemple des pâtissiers et boulangers. Une augmentation du nombre des occasionnels est souvent constatée dans le réseau pour éviter les ruptures de stocks.

Dans un contexte particulier, il revient donc à l’entreprise de faire en sorte que le temps de travail soit optimisé. «Dans notre programme de production, nous tenons toujours compte du mois de Ramadan pour ménager nos salariés. Cependant, quand nous avons des délais à respecter, il faut être plus rigoureux sur la cadence», explique Marc Patissout, directeur adjoint à la DRH à la Lydec.

Si, pour les employés et le personnel de support, en général, le temps de travail est délimité et connu de tous, il n’en est pas de même pour les cadres souvent obligés de prolonger leurs journées. «Chez nous, les réunions sont organisées le matin, c’est-à-dire jamais après 12 heures», souligne Mohamed Bikri, ingénieur réseau dans une société de services informatiques. «Pour le reste, étant donné que l’essentiel des interventions se fait chez le client, nous nous organisons individuellement en fonction des horaires de celui-ci», poursuit-il. Certains reviennent le soir au bureau pour éplucher quelques dossiers ou discuter plus sereinement avec un collaborateur.
Toutefois, Ramadan ne présente pas que des contraintes. Beaucoup en profitent pour faire le point sur leurs activités, revoir leur plan de développement ou encore multiplier les contacts lors des soirées entre amis. Manière d’élargir son réseau.

Enfin, quand on dirige une équipe, il n’y a pas que la productivité à gérer. Tout le monde sait que pendant Ramadan, les conflits individuels sont fréquents et nuisent à l’environnement de travail. «Pour éviter ce genre de comportement, on peut songer à l’organisation d’événements culturels et de sensibilisation et ce afin d’améliorer le climat social de l’entreprise», explique pour sa part le Dg de LMS ORH.