Quel niveau d’augmentation justifie un changement de job ?

Selon une enquête BPI-Optimum Conseil, 58% des sondés préfèrent changer d’emploi pour un salaire meilleur.
Entre ceux qui changeraient volontiers pour une question de salaire et ceux qui privilégient d’autres critères, les arguments se valent.
Les discussions ne se focalisent plus sur le fixe, on recherche de plus en plus les avantages en nature.

Qu’est-ce qui ne marche pas dans votre travail ? Face à cette question, nombre de cadres pointent du doigt la rémunération. Selon une enquête du cabinet Optimum conseil-Groupe BPI réalisée en 2001 sur la fidélisation des cadres, portant sur un échantillon de 600 personnes, plus de 58 % des personnes interrogées préfèrent changer d’emploi pour une question de salaire. Ce critère devance de loin la recherche d’une évolution de carrière ou d’une meilleure visibilité au sein de l’entreprise.
La question ne se pose pas uniquement au Maroc. La dernière enquête de l’Insee auprès de plus de 4 800 salariés français, toutes catégories socioprofessionnelles confondues, fait ressortir que 60 % des salariés du privé aimeraient voir évoluer leur salaire. Cependant, ils sont seulement 40 % chez les cadres à classer le salaire en tête de leurs préoccupations.
Quoi qu’il en soit, la fiche de paie reste de loin le souci majeur de tous les salariés, quel que soit le niveau hiérarchique, et crée très souvent des tensions. Pour améliorer leur quotidien, beaucoup sont donc tentés de changer d’entreprise dès qu’une offre leur est soumise. Et parfois, c’est payant à long terme. «Pour quelques centaines de dirhams supplémentaires, je change systématiquement d’emploi. C’est ainsi que j’ai pu accroître mon salaire de 30 % durant ces deux ans», note un cadre qui en est à sa quatrième entreprise. Il se satisfait certes de sa stratégie, mais il aurait pu s’enliser dans une entreprise à la gestion moyenâgeuse pour une poignée de dirhams. Cette politique des petits pas est très risquée du fait qu’aucune entreprise n’a envie d’investir sur une «étoile filante». Aussi, si l’on tient absolument à améliorer son pouvoir d’achat sans traîner une réputation d’instable, autant viser haut dès le départ.

En dehors des postes de direction, les entreprises font rarement des folies
La question est donc de savoir à quel niveau de salaire on peut situer ses exigences. Faut-il demander 20%, 30 %, voire le doublement du salaire ? La réponse n’est pas évidente. Cela dépend d’abord de la position du salarié. Un profil rare que l’on courtise peut faire monter les enchères plus facilement qu’un cadre qui a décidé de son plein gré de changer d’air. Cependant, explique un spécialiste en rémunération, «les entreprises font rarement des folies en matière salariale sauf, parfois, pour des postes de directeur». Et là, souligne la même source, «elles font prévaloir des arguments autres que le salaire». Téléphone, voiture de fonction, forfaits téléphoniques, primes, notes de frais… Les discussions se focalisent maintenant sur ces éléments. Pour une entreprise, cette partie variable permet de fidéliser et de récompenser en fonction des performances individuelles et de la position hiérarchique, sans augmenter de manière démesurée ses charges sociales.
Cette vision est d’ailleurs partagée par les cadres qui «sont de plus en plus attentifs aux avantages proposés par les entreprises, même si le salaire reste une question primordiale», fait remarquer Assia Aiouch, Dg du cabinet Optimum Conseil-groupe BPI.

Les quadras cherchent avant tout un cadre de travail agréable
Autre constat : l’intérêt poussé des cadres vers un environnement de travail plus agréable. «Cela concerne beaucoup plus les quadragénaires qui cherchent d’autres moyens de s’épanouir sur le plan professionnel», note Mme Aïouch. Cette tendance est également confirmée par Karim Slimani, cadre commercial dans une société maritime. « Je me méfie des grosses augmentations. Je sais que j’aurais affaire à une lourde responsabilité que je ne pourrais pas assumer si je ne prends pas librement les décisions. De plus, je n’ai pas envie de passer 14 ou 16 heures au bureau pour quelques dirhams de plus. Je recherche avant tout un cadre de travail adéquat».
Il reste que l’on résiste rarement à la tentation de doubler son salaire ou même de l’augmenter de moitié, quitte à se retrouver dans un cadre moins agréable. Abdelilah M. , directeur de production dans une entreprise d’agroalimentaire, estime que cela vaut le coup. «Certes, raconte-t-il, le directeur général est toujours sur mon dos et je n’arrête pas de stresser, mais quand votre salaire passe de 16 000 à 25 000 DH nets par mois, cela fait une sacrée différence. Une différence qui m’a permis d’inscrire mon fils dans une école supérieure privée et d’être moins serré, financièrement parlant. De toutes les façons on finit par s’adapter au boulot». Question à Abdelilah M. : est-il dans une situation de travail pérenne ? Par ailleurs, le risque de plier sous le poids du stress n’est pas à négliger.
Il n’y a pas que ce risque-là. En changeant de travail en contrepartie d’une augmentation relativement élevée, on peut un jour, si les choses tournent mal, ou tout simplement si l’on désire se tourner vers d’autres horizons, se trouver surévalué par rapport au marché. Résultat, on est obligé de réduire à la baisse ses prétentions alors que l’on a adapté son mode de vie à un revenu élevé.
En somme, la rémunération est un critère déterminant dans un changement d’emploi, mais elle ne doit pas constituer le seul motif de prise de décision. Selon Bouchaïb Serhani, Dg de Gesper Services, «il faut aussi chercher ce qu’il y a de mieux dans l’entreprise et qu’on n’avait pas auparavant en termes de gestion de carrière, des possibilités de promotion, de culture d’entreprise, de relations». Et pourquoi ne pas accepter une baisse de salaire dans une entreprise saine en vue demieux rebondir? Parfois ça paie, quand on a du flair.

Changer de travail en contrepartie d’une augmentation trop élevée présente le risque, si les choses tournent mal, de se retrouver surévalué par rapport au marché. Résultat, on est obligé de revoir ses prétentions à la baisse alors que l’on a adapté son mode de vie à un revenu élevé.

Changer de job pour un meilleur salaire ? Certains n’hésitent pas à le faire pour quelques centaines de dirhams, mais il vaut mieux peser le pour et le contre, la question étant de savoir à partir de quel seuil d’augmentation cela devient intéressant.