Que faire quand on a des compétences mais pas de diplômes ?

L’entreprise se base encore sur le diplôme pour classer ses salariés.
Un projet de loi comportant des dispositions relatives à  la validation des acquis de l’expérience professionnelle traîne toujours dans le circuit.
Les ouvriers souffrent davantage du vide actuel.

Dans le modèle français qu’à hérité le Maroc, l’entreprise ne voit la compétence très souvent qu’à travers les diplômes. Contrairement au pragmatisme anglo-saxon qui, lui, met en avant les compétences personnelles (motivation, dynamisme, rigueur, organisation, sens du commerce, du service et des chiffres), on préfère juger les gens sur la longueur de leur CV et le prestige des écoles qu’ils ont fréquentées. Difficile donc pour les non diplômés de prétendre à des postes à responsabilités s’ils ne peuvent même pas postuler pour un emploi non valorisé. Bref, les connaissances sont très peu reconnues quand elles ne passent pas par un savoir normatif, l’enseignement en l’occurrence, même si, dans le privé, certaines entreprises n’exigent pas systématiquement la présentation du ou des diplômes, se contentant de faire confiance à ce qui est mentionné dans le CV.
En France, comme dans d’autres pays européens, ce mépris a été corrigé par l’instauration du système de validation des acquis de l’expérience (VAE) qui a fait ses preuves. Il s’agit d’un dispositif qui permet à tout individu (salarié, non salarié, intérimaire…) de faire reconnaître son expérience, notamment professionnelle, afin d’obtenir un diplôme, un titre ou un certificat de qualification professionnelle. Le dispositif s’applique ainsi à l’ensemble des diplômes et titres à vocation professionnelle ainsi qu’aux certificats de qualification.
La VAE est un droit ouvert à tous : salariés, non-salariés, demandeurs d’emploi, bénévoles, agents publics, personnes ayant exercé des responsabilités syndicales. Et ce, quel que soit le diplôme obtenu ou le niveau de qualification. La seule condition est de justifier d’une expérience professionnelle de 3 ans en continu ou en discontinu, en rapport avec le contenu de la certification (diplôme, titre…) envisagée.

Le nombre de collaborateurs qualifiés est un signe de sérieux

Malheureusement, on en est encore loin au Maroc. Le projet de loi sur la formation continue, qui introduit notamment des dispositions incitatives à la valorisation des compétences par la mise en place de la validation des acquis de l’expérience professionnelle (VAEP), semble oublié dans les tiroirs. Le pays compte quand même à son actif une expérience pilote réalisée en 2007 par la Fédération nationale du bâtiment et des travaux publics (FNBTP) qui avait permis à une trentaine d’ouvriers, des maçons pour la plupart, d’obtenir un certificat prouvant leur compétences acquises. Depuis, plus rien.
Fouad Najeddine, DRH de Centrelec, souligne à ce propos que déjà «la formation est un volet mal appréhendé auprès des entreprises». Il ajoute que «le pays connaît toujours un problème d’équivalence des diplômes». On peut en déduire qu’il y a un gros travail de sensibilisation des entreprises et d’harmonisation  des diplômes, avant de mettre en place un dispositif de VAE.
En réalité, ce sont surtout les ouvriers qui souffrent du vide actuel. «Le problème ne se pose pas pour les bacheliers ou les Bac+2, ils peuvent toujours entreprendre des études avec une expérience professionnelle probante», souligne Saïd Benamar, consultant et directeur développement au sein du cabinet Interp Formapro Conseil.
«L’entreprise et les salariés y gagneraient beaucoup si le dispositif voit le jour. J’ai rencontré, il y a quelque temps, un candidat qui a le niveau bac mais qui possède un énorme potentiel. C’est une personne qui aurait pu prétendre à un niveau Bac + 4 ou 5 si on lui avait offert la chance de reconnaître ses acquis. Cela dit, nous sommes tous amenés à développer davantage nos compétences», commente un DRH. Par ailleurs, la VAE peut être considérée comme un label d’entreprise formateur et le nombre de salariés d’un niveau de qualification élevé est toujours un gage de sérieux auprès des partenaires extérieurs.