Qualiticien, le métier qui a de l’avenir

La certification devient un passage obligé pour conserver ses parts
de marchés.
La création de départements qualité s’accompagne
d’une demande de profils adaptés.
Le plus souvent de type ingénieurs, les qualiticiens doivent aussi être
de bons managers.

Le discours sur la qualité n’est plus un effet de mode. La démarche qualité s’inscrit aujourd’hui dans le cadre d’une tendance lourde dictée par les effets de l’ouverture de l’économie. Qu’on soit exportateur ou même producteur pour le marché local, il y a certes mille et une exigences pour satisfaire le client par des produits performants, mais, bientôt, un sésame sans lequel les portes de la vente resteront closes: la certification.

Le qualiticien assure une veille réglementaire et en matière de normes
De plus en plus d’entreprises succombent ainsi à la séduction de la certification. Iso 9001-2000 pour la qualité, ou 14 000 pour l’environnement, norme HACCP pour la sécurité alimentaire, norme NF ou NM, chacun cherche à s’adapter à ses marchés cibles.
Ces distinctions sont importantes, mais encore faut-il que l’entreprise dispose des compétences qui font qu’un costume soit toujours parfaitement taillé, le lait fidèle à son bon goût, et les rebuts éliminés. Le garant n’est autre que le qualiticien, qui est en train d’entrer en force dans l’organisation. Ses missions consistent à suivre à la loupe toute une chaîne de fabrication, traquer toute défaillance technique, rectifier le tir, fixer des normes de qualité, assurer le maintien du niveau de qualité… «C’est un métier d’avenir qui connaîtra un essor dans les 5 ans à venir», prédit Réda Idir, DG d’Eagle Engineering et président de l’AMQ (Association des qualiticiens du Maroc). D’ores et déjà, les offres d’emploi dans le domaine de la qualité ne manquent pas. Il n’est pas rare de relever dans la presse écrite des annonces dans ce sens. Elles émanent souvent de grandes entreprises industrielles qui ont carrément accordé son autonomie au qualiticien,
qui a travaillé d’abord dans l’ombre du directeur de la production, quand il ne portait pas carrément les deux casquettes. La création d’un département qualité est de mise. Mais les services s’y sont également mis et n’hésitent plus à recruter des spécialistes.
Mais que recherche-t-on en fait chez eux ? Essentiellement leur technicité. «Ils sont majoritairement de formation ingénieur, donc dotés d’un niveau d’instruction élevé (bac + 5)», souligne Réda Iddir. En somme, les entreprises convoitent avant tout des niveaux de compétence élevés pour assurer une gestion efficace du système qualité». Connaître le secteur ou le domaine dans lequel on travaille est un atout. Par exemple, Fouad Sellah, ingénieur en électrotechnique, est devenu directeur qualité du groupe Ingelec après avoir été directeur de production de la gamme Disjoncteurs. Mais, que l’on se rassure, les barrières sectorielles ne sont pas pour autant hermétiques. Mouawya Moukite, aujourd’hui consultant indépendant, a été pendant plusieurs années le «monsieur qualité» du Groupe des Brasseries du Maroc, alors qu’il est ingénieur en télécoms (voir témoignages pages suivantes).
Bref, quand on a des compétences techniques confirmées, on peut accéder à la fonction de qualiticien dans toute entreprise. Mais le talent doit être confirmé par une meilleure connaissance des normes applicables sur les produits de cette dernière (Iso 9000, 14 000 , norme HACCP, norme NF, norme NM, marquage CE, etc.) «C’est une veille permanente en termes d’exigences réglementaire et légale. Il faut chaque fois suivre au peigne fin l’évolution des dernières normes applicables sous peine d’être pénalisé sur le marché extérieur», explique M. Sellah.
Et ce n’est pas tout. «Les projets de certification nécessitent de bons gestionnaires dotés de solides compétences relationnelles pour pouvoir fédérer l’ensemble des synergies de l’entreprise», souligne Ali Serhani, consultant à Gesper Services, cabinet de recrutement et de conseil en RH. «Comme tout bon manager qui se respecte, il doit faire preuve d’ouverture d’esprit, d’humilité, de rationalité et de bien d’autres qualités», ajoute Mouawya Moukite. Un apprentissage que beaucoup d’entre eux ont dû perfectionner sur le terrain, d’autant que le métier n’est pas une discipline enseignée dans les grandes écoles et autres facultés à l’instar des finances et du marketing. C’est un tout qui requiert une tête bien pleine, mais aussi bien faite.

Il peut gagner jusqu’à 452 000 DH bruts par an
D’ailleurs, le dernier bilan de qualité réalisé en 2002 par l’AQM révèle que seulement 15 % de ces profils ont suivi une formation initiale diplômante en qualité. La majorité d’entre eux a donc dû recourir aux formations continues pour se perfectionner.
Si vous avez des prédispositions pour ce métier, sachez qu’il y a encore, mais plus pour longtemps, des places à prendre. Des cadres étrangers l’ont d’ailleurs compris et lorgnent de plus en plus les emplois locaux, confie Ali Serhani. C’est une fonction prometteuse en termes de promotion et de rémunération. Un bon directeur qualité peut accéder à un poste de DG, assure le président de l’AQM. Il peut gagner jusqu’à 452 000 DH bruts par an, la moyenne étant de 310 000 DH, relève-t-on dans l’enquête de rémunérations effectuée par le cabinet Diorh en 2002