Projet professionnel : Entretien avec Frédéric Taton, Président de la commission parrainage de la Fondation marocaine de l’étudiant (FME)

La fondation compte environ 300 tuteurs bénévoles engagés dont une centaine dans le cadre de conventions avec les entreprises. Les conditions de réussite restent largement dictées par le sérieux du tuteur, le suivi, la communication ouverte et sa volonté d’apprendre à apprendre.

Frederic-TatonDepuis son démarrage, la Fondation marocaine de l’étudiant (FME) s’implique à faire intégrer des étudiants dans le monde professionnel grâce au tutorat. Explications avec Frédéric Taton, président de la Commission parrainage de la fondation.

Votre fondation s’implique principalement dans l’octroi de bourses à des bacheliers, comment en êtes-vous venu au tutorat ?

Pour la Fondation marocaine de l’étudiant, l’objectif de départ était non seulement d’apporter un soutien financier aux bacheliers méritants issus de milieux défavorisés et pensionnaires d’établissements de protection sociale, mais aussi de les intégrer dans le monde professionnel. Car c’est le plus important quand on connaît les difficultés des jeunes à trouver un emploi. L’idée est donc de leur apporter un soutien moral, de leur permettre de construire un projet de vie professionnel et non pas d’être uniquement de bons élèves. C’est le fait de créer une relation avec un tuteur qui puisse l’accompagner pendant toute sa formation, à se projeter dans un avenir proche, à constituer son réseau pour décrocher des stages et ultérieurement un emploi. 

Combien avez-vous réalisé d’opérations à ce jour ?

La fondation compte environ 300 tuteurs bénévoles engagés dans cette démarche. Une centaine d’entre eux sont engagés dans le cadre du dispositif Passeport Avenir, soit une dizaine d’entreprises.

Dans quel contexte peut-on mettre en place des actions de tutorat ?

Le tutorat comme concept est plus proche de la pratique que de la théorie. La démarche peut être mise en place dans n’importe quelle entreprise.  Un pré-requis de taille reste un style de management moderne basé sur la confiance, l’implication des personnes.

Ainsi, il peut se faire à titre individuel, c’est-à-dire une personne qui souhaite apporter ses services à des jeunes ou encore dans le cadre d’une convention avec les entreprises. Généralement, celles-ci le font dans le cadre d’une action de RSE où l’on encourage notamment le mécénat de compétences. Cela peut prendre la forme d’un parrainage, tutorat, mentoring, coaching…

La démarche peut se faire aussi dans le cadre des stages, l’intégration des nouvelles recrues, la prise d’un nouveau poste stratégique…

L’objectif étant d’accompagner des tutorés dans leur développement professionnel. Evidemment, les avantages d’un tel système sont nombreux aussi bien pour l’entreprise, le tuteur ou le tutoré. Toutefois, il s’agit là d’une démarche personnalisée. Pour ce faire, on doit cibler par exemple les personnes qui détiennent un savoir-faire dans l’entreprise pour leur confier des compétences à  développer. 

Concerne-il uniquement les jeunes recrues ?

Pas forcément. Il est vrai qu’il s’adresse le plus souvent aux recrues ou à une jeune population, mais il ne faut pas le limiter à cette population car ça concerne tout le monde, y compris ceux ayant une expérience.  De toute façon, l’expérience n’est pas systématiquement liée de manière intrinsèque à l’ancienneté dans l’entreprise. Souvent, on a vu des cas où ces gens acceptent mieux le tutorat qu’un autre outil de développement des compétences. 

De même que l’œil externe du tuteur et son recul professionnel sont aussi utiles pour un senior que pour un jeune professionnel.

Généralement, combien dure une mission de tutorat ?

Il est difficile de standardiser les périodes de tutorat car tout dépend de la personne qui bénéficie de l’encadrement et la problématique traitée. Généralement, il n’existe pas d’engagement écrit, c’est juste une obligation morale. Il arrive parfois que le processus n’aille pas jusqu’au bout car la relation entre le tuteur et le tutoré s’est dépréciée entre-temps. Mais cela arrive rarement.

Quelles sont ses conditions de réussite ?

Les conditions de réussite restent largement dictées par le sérieux du tuteur, le suivi, la communication ouverte et sa volonté d’apprendre à apprendre.

Il est intéressant de voir que les charges de l’un et de l’autre se rejoignent.  Le tuteur a pour mission de guider le tutoré tout en le laissant autonome. Il ne doit intervenir qu’en dernière instance pour rectifier et communiquer la bonne solution.

Le tutoré, de son côté, doit éviter toute passivité ou dépendance. Il doit se prendre en charge et assurer son propre développement. Le tuteur donne la boussole, le tutoré en fait usage pour arriver à la destination convenue.

Je pense que les conditions de réussite se résument à un engagement fort et une volonté de partage des deux côtés. Il existe certes une période de découverte et d’adaptation des deux. Si le tuteur n’est pas convaincu de la démarche ou que le tutoré reste prisonnier dans sa bulle, il est clair que le processus sera voué à l’échec.

D’un autre côté, il faut mettre en place des indicateurs de suivi pour gagner en maturité.

Pour une structure comme la nôtre, il est également important de faire partager les expériences vis-à-vis des nouveaux pour améliorer le processus et le pérenniser.

Je suis convaincu que le tutorat reste une approche qui renforce la dimension humaine aussi bien chez les tuteurs que les tutorés.