Productivité en Ramadan : Questions à Imad Mouhib, Consultant Expert à Officium Maroc

«Réussir le mois de Ramadan, c’est d’abord réussir sa planification».

La Vie éco : Faute d’études sur le sujet, il est difficile de préciser que le mois sacré est synonyme de baisse de régime. Qu’en pensez-vous ?

Le mois sacré de Ramadan est en effet un événement marquant de l’année avec un changement de rythme tant au niveau personnel que professionnel. Ce changement s’accompagne aussi d’idées reçues, de stéréotypes qu’il est intéressant de comprendre pour faire la distinction entre le vrai et le faux.

Les changements interviennent sur plusieurs niveaux, d’abord celui de l’organisation du travail, puisque le nombre d’heures de travail est réduit, mais on assiste aussi à des changements au niveau des capacités physiques, mentales, émotionnelles et spirituelles.

La baisse de régime peut donc être réelle, mais pas forcément une fatalité.

Quelle est son incidence sur le rendement des personnes ?

Pour cela, il faut d’abord commencer par comprendre l’effet du jeûne sur l’individu au niveau physiologique tout au long de cette période et son impact sur sa productivité.

On distingue généralement 4 phases.

Une 1ère phase sur les 2 premiers jours du Ramadan est marquée par une diminution du niveau de sucre dans le sang provoquant une légère faiblesse, une possibilité de maux de tête, voire d’étourdissements, et une capacité de concentration réduite. C’est l’enclenchement de la détoxification, et l’individu ne peut être à son rendement maximal.

Dès le 3e jour, le corps commence déjà à s’adapter en puisant ses besoins énergétiques à partir d’autres sources, d’abord le glycogène stocké dans les muscles et le foie, puis les graisses. Le corps entame un processus de nettoyage et de guérison, en commençant par le système digestif (à condition de ne pas le surcharger) et le système immunitaire (avec l’augmentation des globules blancs).

Du 8e au 15e jour (phase 3), le corps est maintenant rodé et n’est censé souffrir d’aucun manque d’énergie ou de rendement, bien au contraire c’est la période où le corps est au maximum de sa capacité d’auto-guérison.

Dans la phase 4 (du 16e au 30e jour), tous les processus de détoxification et de guérison sont en cours d’achèvement, l’esprit est à son summum et nous assistons à un équilibre émotionnel et des capacités de concentration et de mémorisation maximales.   

Bien au-delà des aspects physiologiques du jeûne et leur impact sur le rendement, il y a surtout des éléments culturels et d’auto-discipline qui entravent la capacité des individus pendant ce mois sacré. Le 1er élément incriminé reste le sommeil dont le manque a une incidence très néfaste sur la performance, mais aussi les changements de régime alimentaire, axé pendant ce mois sur les sucres rapides et les plats lourds en fin de soirée. Ces deux derniers éléments ont d’ailleurs des effets néfastes sur la performance et la productivité sur toute l’année bien qu’accentués lors du mois sacré.

Comment «réussir» son Ramadan, tant sur les plans professionnel, spirituel que personnel ?

Comme pour tout changement, réussir le mois de Ramadan, c’est d’abord réussir sa planification. Cela commence d’abord par une gestion plus rigoureuse de son temps du fait que les heures de travail sont réduites. Si la bonne gestion du temps est importante tout au long de l’année, elle devient une nécessité lors du mois de Ramadan. Aussi, en comprenant les différentes phases par lesquelles passe le corps, on peut planifier des activités professionnelles moins cruciales lors des tout premiers jours, puis monter en puissance à partir des phases 2 et 3. Ensuite, il faut instaurer des rituels visant à réduire l’impact des «mauvaises habitudes» qui sont plus d’ordre culturel que religieux: limiter les veillées nocturnes, les repas gargantuesques… Au niveau mental, comprendre que la baisse de rendement n’est pas liée au mois de Ramadan et qu’il est possible d’être encore plus «en forme» pendant ce mois sacré. Au niveau émotionnel, c’est l’occasion de se ressourcer auprès de sa famille et puiser dans cette énergie pour être encore plus performant. Et enfin au niveau spirituel, au lieu de ne voir dans ce mois sacré qu’une privation de nourriture, il faut comprendre  son essence et comment est-ce que ma performance dans mon travail peut aussi faire partie de ma quête de quelque chose de plus sacré.