Prise de risque : Questions à Zakaria Fahim, DG de BDO Maroc

«Le vrai risque, c’est de ne pas oser»

Zakaria-FahimLa Vie éco : Comment interprétez-vous la notion de prise de risque ?

Le risque est partout présent dans notre vie, privée ou professionnelle, qu’on l’affronte ou pas. Pour gérer une entreprise ou sa carrière, tout individu doit prendre des décisions pour provoquer sa chance parce que le fait de ne pas agir conduit à l’immobilisme, facteur d’échec.

En réalité, la prise de risque est inhérente à toute prise de décision. Elle fait partie du job de manager. Donc, en soi, c’est une donnée incontournable. La question qui se pose après est relative au degré de risque, sa pertinence et son timing. Ne pas prendre de risque revient à accepter de tomber dans l’immobilisme et l’inertie.

C’est une question d’éducation. Plus on est dans une famille d’entrepreneurs, plus on a cette volonté et cette audace d’entreprendre et donc, forcément, prendre des risques en termes de management. En fin de compte, la prise de risque est liée à la personnalité de l’individu et à sa volonté de se surpasser.

C’est pourquoi tout décideur, ou même cadre, doit apprendre à se prononcer sur des options futures incertaines et opérer des arbitrages avec des informations incomplètes. Il doit s’habituer à l’idée qu’il ne peut rien maîtriser de manière certaine et que la réussite est aussi une question d’opportunités, de hasard, de chance et de compromis.

Ne doit-on pas prendre quelques précautions pour réduire les zones d’incertitude ?

Tout l’enjeu est de savoir s’entourer de compétences pour faire face aux aléas de l’entreprise. Considérer l’entreprise comme un projet d’équipe. Aujourd’hui, les entreprises pensent de plus en plus aux choses immatérielles. Cela passe par les relations humaines.

De toute façon, ce qui peut poser problème, ce n’est pas tant le risque ou la prise de risque, mais la décision. Derrière chaque problématique de risque, il y a une problématique de décision.

Cela dit, il y a des contextes où l’enjeu est capital. Enjeu économique, social, psychologique émotionnel…, dans ces cas précis, la charge émotionnelle est tellement forte, les conséquences peuvent être tellement importantes que la décision peut être de ne pas décider. Ce qui en soit peut être considéré comme étant une décision, à condition d’en assumer les conséquences.

En quelque sorte, la peur doit être expurgée du vocabulaire d’un manager…

Dans le contexte actuel, le décideur se trouve devant un grand dilemme : prendre des décisions pour plus d’efficacité, de pro-activité et de performance au risque de sacrifier certaines règles et procédures. On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs! Ou bien respecter scrupuleusement les règles et les normes au risque de rater les opportunités et tomber dans l’inefficacité et la contre-performance. Ce jeu d’équilibriste entre la prudence et l’action, entre la conformité et l’efficacité,  entre la peur de se tromper et la crainte de laisser échapper les opportunités résume assez bien le paradoxe de la prise de risque dans les organisations, qu’elles soient publiques ou privées. Le dirigeant doit apprivoiser et gérer cette dialectique.