Prise de risque chez les managers : Questions à  Youness Bellatif, DG de Convergence conseil

«La prise de risque doit s’arrêter là  où commence la menace de l’intégrité des personnes».

La Vie éco : La prise de risque est-elle courante chez les managers ?
La prise de risque fait partie du job de manager. C’est une donnée incontournable. La question qui se pose après est relative au degré de risque, c’est-à-dire la pertinence et le timing du risque.

En tant que coach, avez-vous déjà travaillé sur des cas où la prise de risque posait problème aux managers ?
Finalement, c’est quoi le job d’un manager ? C’est de décider, d’orienter, d’arbitrer. Dans chacun de ces actes, il y a forcément une prise de risque minimale car quelles que soient les protections, les réflexions préalables, les options choisies comporteront de toute façon un risque aussi minime qu’il puisse être.
Ce qui donc peut poser problème ce n’est pas tant le risque ou la prise de risque c’est plutôt la décision. Derrière chaque problématique de risque il y a une problématique de décision.
Cela dit, il y a des contextes où l’enjeu est capital. Enjeu économique, social, psychologique émotionnel…, dans ces cas précis, la charge émotionnelle est tellement forte, les conséquences peuvent être tellement importantes que la décision peut être de ne pas décider. Ce qui en soit peut être considéré comme étant une décision, à condition d’en assumer les conséquences.

Une mauvaise appréhension de la prise de risque peut avoir des conséquences sur l’environnement interne de l’entreprise, peut-on savoir lesquelles ?
A mon avis, tout manager a en tête de manière explicite et consciente quatre critères importants :
La conscience des enjeux structurels (ceux de son entreprise à moyen et long terme) et des enjeux contextuels (ceux de la situation dans laquelle il peut être avec son équipe).
La conscience des ressources dont il dispose. Et parmi les ressources, son équipe et la dynamique avec laquelle elle fonctionne.
La conscience de lui-même, de ses croyances, de ses objectifs, des atouts personnels et de la latitude dont il peut disposer dans la situation en question
Enfin, la conscience qu’il n’a pas la maîtrise de tout ce qui se passe, mais qu’il a la maitrise de lancer une dynamique autour de lui dans chaque projet qu’il
entame.
Se rappeler ces quatre critères pour un manager dans le cadre d’une prise de décision peut aider à appréhender une situation à risque, plutôt que de partir la fleur au fusil avec plein d’angles morts.

Jusqu’où un manager peut prendre des risques en termes de management ?
La prise de risque pour un manager doit s’arrêter là où commence la menace de l’intégrité des personnes. La ressource la plus précieuse en interne est la ressource des personnes qui composent les organisations.