Préjugés, mauvaise réputation…, comment reconstruire son image

Un mot de travers, un échange brutal, une attitude négative…, la valorisation ou la dépréciation d’une personne se joue généralement en quelques instants.

La mauvaise réputation peut être la conséquence d’un trait de caractère considéré comme un atout.
Les reproches ne sont pas toujours nuisibles, ils peuvent être le point de départ d’une introspection.

Arrogant, arriviste, mouchard, faible, coureur de jupons, menteur… Nombreux sont ceux qui n’y vont pas avec le dos de la cuillère pour clouer au pilori un collègue pour lequel ils n’ont aucune estime. Ces jugements ne sont pas toujours justifiés, mais dès qu’une personne se trouve étiquetée, il lui sera difficile de se défaire de l’image qu’on lui colle quand bien même elle s’est attelée à fonctionner selon des règles plus conventionnelles. C’est ce qui est arrivé à Hamid D. Un peutrop porté sur la bouteille, cet ancien directeur financier a pris du temps pour se défaire de l’étiquette de soûlard y compris en dehors de l’entreprise qui l’employait. «J’avais du mal à trouver du travail même si j’étais sérieux dans ce que j’entreprenais. J’ai traîné longtemps cette réputation, alors j’avais arrêté de boire. Même mes amis ne voulaient pas m’aider à trouver un emploi de peur d’être mêlés à mes histoires», dit-il. Si Hamid en était arrivé là, c’est parce qu’il avait été réellement fautif aux yeux de la société. Mais, souvent, la valorisation ou la dépréciation d’une personne se joue en quelques instants et sur des détails. Un mot de travers, un échange où vous vous êtes mal fait comprendre, une attitude négative…, une rumeur malveillante court sur vous et vous voilà fiché pour toujours.
«Même si la situation en elle-même sort vite des esprits, l’étiquette négative peut coller longtemps à la personne», souligne Rollande Allène, DG du cabinet Formaction. In fine, l’ambiance de travail peut se dégrader rapidement. Mais il n’y a pas de fatalité.
Si vous vous êtes planté ou si vous avez «pété les plombs» un jour, il ne sert à rien de traîner de tels échecs comme des boulets. Il faut essayer d’identifier les causes et en tirer une leçon, de sortir mûri de l’affaire. Ce qui passe souvent par un travail sur soi, une introspection.
A chaque situation, le comportement qui sied
C’est le cas de ce cadre qui avait postulé pour un poste dans un groupe industriel. «J’avais été licencié pour faute grave. Quand on a abordé cette question lors de l’entretien d’embauche, j’ai reconnu ma part d’erreur. Bien évidemment, on m’a écarté des postes importants au départ, mais j’ai fini par gagner la confiance de mes nouveaux employeurs en me montrant irréprochable», raconte-t-il. Mais ce n’est pas le cas pour tout le monde. Il arrive parfois que le passé soit dur à assumer.
Dans le cas d’une rumeur malveillante, il faut éclaircir les choses avec les parties prenantes, savoir clairement ce que l’on vous reproche. Le mieux est de l’entendre de la bouche d’une personne de confiance, un collègue ou un ami qui vous connaît mieux. «Justifiez si nécessaire votre comportement et sachez vous excuser si vous êtes fautif», souligne, pour sa part, Mohammed El Yousfi, Dg du cabinet LMM QSE. Cependant, il faut s’assurer que l’interlocuteur changera bien, lui aussi, d’attitude. Si cela ne fonctionne pas, limitez au maximum vos relations.
«Le DRH peut souvent jouer ce rôle de médiateur», souligne Mme Allène. Le dialogue peut toutefois être difficile si vous êtes convaincu que vous n’avez rien à vous reprocher. «On me voyait souvent comme un coriace, une teigne, alors que je suis seulement très rigoureux du point de vue professionnel», explique Mohamed Khalfi, manager dans un centre d’appels. Il est vrai, la mauvaise réputation peut aussi être la conséquence d’un trait de caractère par ailleurs considéré comme un atout. Il n’en demeure pas moins que les reproches peuvent ainsi être le point de départ d’une réflexion sur le mode de fonctionnement au travail.
«Si une personne se voit comme rigoureuse, parfois invivable avec les autres mais efficace dans son domaine, le fait de prendre conscience de ses atouts et faiblesses peut l’aider à progresser», note Mme Allène.
Bien entendu, c’est un process qui demande du temps car on ne change pas du jour au lendemain. «Il faut éviter de trop en faire pour montrer qu’on a changé car le naturel peut vite vous rattraper. Dès lors, la crédibilité peut être perdue pour toujours», ajoute-t-elle. Pour elle, une image réelle est celle qui est en cohérence avec les actes. «On peut ne pas être trop sympa ou trop dur. Le plus important est d’adopter un comportement adéquat en fonction des situations», ajoute Philippe Montant, Dg de Rekrute.com.

Certaines attaques servent juste à déstabiliser un concurrent

 Attention ! il ne faut pas non plus prendre en considération tous les reproches ; certains ne sont que le fait de la jalousie. On peut être taxé de nullard ou d’incompétent par un collègue qui brigue votre poste, de coureur de jupons si on voit qu’on a des affinités avec des collègues femmes au bureau…Quand c’est le cas, la posture à prendre par rapport à ces «ragots» c’est tout simplement de les ignorer.
Et, si vraiment mettre fin à la mauvaise réputation demande trop d’efforts, c’est que  peut-être il est temps de changer d’entreprise. C’est le cas de Houssine B., ancien cadre dans une entreprise de bâtiment. Lors d’un contrôle routinier, il avait décidé de collaborer pour essayer de véhiculer la transparence dans l’entreprise. «J’étais la cible de toutes les attaques. Bien pire, j’étais devenu le suspect idéal. Quelques mois après cette affaire, j’ai fini par démissionner», déplore-t-il.