Peut-on être ami avec ses collaborateurs ?

J’ai été nommé il y a quelques mois manager et j’ai la chance de gérer une équipe vraiment formidable. Nous nous respectons beaucoup et avons tissé des liens qui commencent vraiment à  dépasser le contexte purement professionnel. Aussi, je me demandais si véritablement je pouvais «aller plus loin» et m’en faire des amis (comme le titre du livre de Monsieur Carnegie) ou garder une certaine distance ?

Bravo pour la confiance et le respect que vous éprouvez vis-à-vis de votre équipe ! C’est en effet deux ingrédients très importants garants d’un environnement propice à l’engagement!
Alors, cette question d’amitié, voire de familiarité, est effectivement importante et doit être envisagée sous toutes les coutures avant de «trancher».

On peut être amis !

Vous avez évoqué le livre de Monsieur Dale Carnegie qui, en fait, met au centre toute la qualité des relations que nous arrivons d’abord à créer puis à entretenir avec les personnes qui croisent notre chemin. Bien sûr, il est important de nous assurer que ces relations soient basées sur des valeurs et principes sains car sans cela, il devient très difficile voire impossible d’obtenir un minimum de coopération. Cela prend d’autant plus son sens dans l’entreprise où chaque étape est liée à une autre et chaque collègue verrait ses efforts vains si «l’autre» ne faisait pas preuve d’un minimum de coopération !
Alors, oui, on peut être amis dans le sens de valoriser la relation que nous avons avec notre collaborateur, respecter les différences de chacun, prendre soin de son équipe, être à son écoute et même avoir quelques moments de «détente» ensemble… Maintenant, comme pour une interprétation d’une œuvre musicale, l’excellence se situe dans la… subtilité de l’interprétation alors vous concernant : tout est une question d’équilibre !

Sans être familier

Vous serez donc un «ami pro», qui saura aussi mettre certaines limites à cette «fusion amicale». Pourquoi? Parce qu’il est des situations où l’on devra être le «patron» et non l’ami qui réagira, mais aussi le collaborateur en lieu et place du «copain»…
Imaginez un moment où vous devrez reprocher à un collaborateur une baisse de production alors que vous viendriez de passer un week-end ensemble avec vos familles respectives? Comment exprimer cela sans qu’un terrain ne prenne le dessus sur un autre ? Sans que certaines «excuses» ne trouvent plus de sens ? Et si vous deviez en licencier un ? Comment gérer cette relation que vous souhaitez interrompre tout en désirant préserver cette amitié qui vous lie (peut-être) toujours ?
Aussi, sachez «raison garder» et même si vous brûlez d’envie de rejoindre votre équipe dans ce restaurant samedi soir… préférez plutôt préserver votre image de «boss» et votre crédibilité : difficile (pour certains en tout cas) de prendre au sérieux un Boss qu’on a pu voir dans des situations hors contexte professionnel.
Enfin, et si vous rencontriez un incident d’amitié sur ce parcours : comment réussiriez-vous à gérer «l’après-bureau» ?

Aussi, gérez bien ce présent pour préservez votre avenir…

Et toujours en étant juste !

Allez-vous développer une forte relation amicale avec CHACUN de vos collaborateurs ? Même si au Maroc nous nous «lions d’amitié» assez facilement, je doute tout de même que cela puisse arriver. Ce qui va poser inévitablement un autre problème : comment allez-vous gérer les autres ? Ceux qui ne «sont pas vos amis» mais «juste» des collaborateurs ? Comment gérerez-vous l’inévitable suspicion d’inéquité qui planera sur certaines de vos décisions : une augmentation de salaire, les congés, un retard, le dispatching des dossiers ?
Cet aspect est à mon sens l’un des plus «bloquants» car il freine la performance COLLECTIVE. Alors, assurez-vous d’appliquer rigoureusement les procédures internes et d’être exemplaire en tout !
Laissons le mot de la fin au sage et philosophe Sénèque qui disait : «Sachons éviter les offenses, puisque nous ne savons pas les supporter».

A vous de jouer !