Parité dans l’entreprise : les inégalités de traitement persistent

Depuis quelques années, sous la pression politique et sociale, les entreprises se sont engagées dans le processus de mise en conformité qui consiste, entre autres,
à  pratiquer l’égalité de traitement.

Rajaa Mamou, experte genre et DG du cabinet Stratégie et Management IFG Maroc, reste perplexe. «Malgré l’arsenal juridique mis en place, les différentes conventions internationales signées, la mise en place des labels RSE.., la parité au sein de l’entreprise est loin d’être acquise. Et pour cause, nous constatons qu’au niveau des salaires, à compétences égales, les femmes toucheraient 37% de moins que les hommes».
Et pourtant, depuis quelques années, sous la pression politique et sociale, les entreprises se sont engagées dans les processus de mise en conformité avec la loi, qui consistent, entre autres, en un engagement à pratiquer l’égalité de traitement entre hommes et femmes. L’Etat a même publié, en avril 2007, une circulaire qui exige que toute administration publique doit appliquer l’approche «genre», c’est-à-dire les principes d’équité et d’égalité humaine.
Ce n’est donc pas par simple désir de se faire distinguer que certaines entreprises veulent accélérer la promotion de la femme en adoptant une politique que l’on peut qualifier de discrimination positive. Concrètement, cela consiste, autant que faire se peut, à partager les postes à pourvoir de manière équitable entre les deux sexes, que ce soit pour une opération de recrutement ou pour la promotion interne, et ce, à tous les niveaux hiérarchiques.
Cette situation n’est pas propre au Maroc. Même dans les pays industrialisés, les femmes continuent de se battre pour que leurs droits dans l’entreprise soient reconnus. En France, par exemple, d’après une enquête de l’Insee, seulement 17% des dirigeants sont aujourd’hui des femmes, alors que ces dernières représentent 45% de la population active. Peu nombreuses, les dirigeantes sont également moins bien payées que leurs homologues masculins. En moyenne, elles touchent un salaire de 33% inférieur à celui des hommes.
De manière générale, les disparités s’expliquent en grande partie par des différences de formation, de poste, de responsabilités, de secteur…, mais aussi par les interruptions de carrière, liées notamment à la maternité et au temps partiel.
D’un point de vue structurel, parmi les cadres, les femmes sont autant diplômées que les hommes. Mais ils n’ont pas suivi les mêmes filières. Majoritairement, les femmes vont à l’université et sont formées à la gestion, à l’économie et au commerce, tandis que les hommes s’orientent vers des filières scientifiques et techniques. De ce fait, la nature de la formation influe sur le niveau de salaire, notamment en début de carrière.
Les différences sont aussi liées à la fonction. Les femmes ont une expérience professionnelle moins longue que celle des hommes, cela a une forte influence sur le salaire. De plus, les hommes occupent des postes techniques quand les femmes sont majoritairement représentées dans les fonctions administratives.
Au delà des pratiques des entreprises, les études effectuées sur le sujet mettent en relief la différence d’attitude des hommes et des femmes vis-à-vis de leur rémunération. Les hommes demandent des augmentations en retour de leur performance. Les femmes sont davantage dans une position d’attente d’une reconnaissance de leurs compétences par leur management.
Sur ce volet, Ali Serhani, consultant associé, affirme pourtant que dans différents domaines les femmes toucheraient plus que les hommes. «Il s’agit du secteur des services où des femmes occuperaient des postes de direction. Cela est dû généralement au parcours de certaines femmes. Beaucoup d’entre elles sont débrouillardes. Par conséquent, cela se répercute sur leur salaire», dit-il.

L’administration semble plus en avance que le privé

Mais, il n’y a pas que l’argent. Les inégalités se manifestent dans l’ascension sociale. Encore trop souvent, les femmes cadres sont confrontées à un plafond de verre dans leur ascension professionnelle.
«Peut mieux faire». C’est donc l’appréciation qui sied si l’on a à juger l’entreprise par rapport à la place qu’elle accorde à la femme.
Il reste que malgré tout, aujourd’hui, la gent féminine est bien présente dans le monde du travail et s’oriente même vers des métiers jusqu’alors réservés aux hommes. Elles sont ingénieurs, conducteurs de bus ou de taxis, pilotes, capitaine de navire ou même responsables de mine. Les exemples ne manquent pas, que ce soit dans le privé ou le public. La nomination d’une femme au poste de chef de division ou de DG ne constitue plus un fait isolé. Elle passe même inaperçue tellement la rupture avec le passé est nette. En lieu et place du «piston», la compétence devient progressivement le critère d’avancement le plus usité.
Quand elles n’arrivent pas à gravir les échelons ou tout simplement si leur besoin d’accomplissement devient très prononcé, beaucoup de femmes se lancent dans la création d’entreprise. Certaines de ces baroudeuses se retrouvent dans l’Association des femmes entrepreneurs du Maroc (l’AFEM), une structure qui entend faire tomber les derniers tabous quant à la capacité du sexe dit faible à diriger efficacement une entreprise ou à y occuper de hautes fonctions. «A ce niveau, il y a encore beaucoup à faire, estime Rajaa Mamou. L’évolution est palpable dans les entreprises, surtout celles qui sont organisées. Il faut cependant pousser la réflexion sur le plan macroéconomique pour qu’elle touche tous types de sociétés et de secteurs».
Selon Ali Serhani, «c’est parmi les cadres moyens que nous trouvons le plus de femmes, très peu d’entre elles accèdent aux postes supérieurs. Ceci dit, on retrouve certaines fonctions qui se sont fortement féminisées comme le marketing, les ressources humaines et même l’informatique, un domaine pourtant réputé masculin», souligne-t-il.
Pour ainsi dire, les spécialistes RH estiment que les écarts devraient se réduire car les femmes font de plus en plus des choix d’orientation plus rentables et travaillent dans des fonctions de plus en plus diversifiées. Mais il y a un fait important à souligner : en matière de promotion et de responsabilisation, l’administration semble en avance sur le privé.