Où trouver de l’aide pour créer son entreprise : Avis de Driss Belkhayat, Président national du CJD

L’accompagnement ne fait plus défaut, mais la création d’entreprise fait encore peur.

Manque d’accompagnement, problèmes de financement ou, tout simplement, inexistence de la culture d’entreprenariat, l’acte de créer sa propre entreprise est encore mal appréhendé par beaucoup de jeunes. Selon Driss Belkhayat, président national du Centre des jeunes dirigeants, les mécanismes et les structures d’aide à la création d’entreprise ne font pas défaut, ce sont les créateurs potentiels qui doivent surtout sortir de leur isolement et développer la confiance en soi. Explications.

Les porteurs de projets vous paraissent-ils suffisamment bien informés sur les initiatives d’aide à la création d’entreprise qui existent actuellement ?
Nous avons mené une enquête sur l’entreprenariat au Maroc en 2009 et nous avons constaté que les principales défaillances en matière de création d’entreprise se situent au niveau du manque d’information et de formation des porteurs de projet. S’y ajoutent, entre autres, les lenteurs administratives et l’accès au financement. Je ne pense pas que le principal frein à la création d’entreprise se situe au niveau du manque ou de la diversité des mécanismes d’aide mais plutôt parce que beaucoup de jeunes hésitent à se lancer par manque de confiance.
La création d’entreprise fait encore peur aux porteurs de projets. Ils se sentent isolés dans leur démarche. C’est pourquoi il faut avoir le courage d’aller frapper à toutes les portes et ne pas hésiter à chercher l’information là où elle se trouve. Ils doivent aussi apprendre à s’adapter et à se remettre en cause.
C’est plutôt un frein psychologique contre lequel il faut essayer de travailler à travers un changement de comportement.

Selon vous, donc, l’entrepreunariat, notamment chez les jeunes, reste très peu développé au Maroc…
Tout à fait ! D’ailleurs, l’étude nous a montré que la durée de vie des entreprises ne dépassait pas les 5 ans. C’est pourquoi il faut démystifier l’acte d’entreprendre pour augmenter la base potentielle de créateurs d’entreprise. Je pense qu’aujourd’hui un jeune créateur doit bénéficier d’informations et de conseils clairs sur les étapes et les voies qui s’ouvrent à lui. C’est l’une des missions du CJD mais aussi des organisations d’accompagnement pour faciliter la tâche à une large population. Mais ce travail d’accompagnement ne se limite pas à cela seulement. Il faut aussi  apprendre aux jeunes créateurs ce qu’est l’art d’entreprendre. C’est un métier qui s’apprend tous les jours. Il ne suffit pas d’être bon technicien ou de bien connaître un secteur d’activité pour prétendre pouvoir être chef d’entreprise. Avant de se lancer dans l’aventure, il faut mettre en adéquation la relation homme/projet. L’idée de projet peut être bonne, mais encore faut-il qu’elle corresponde au profil de son porteur ? Les porteurs de projets négligent malheureusement trop souvent cette étape pour se concentrer uniquement sur la faisabilité économique, financière, commerciale et juridique de leur projet. C’est une erreur ! La maturation d’une idée doit impérativement tenir compte d’éléments plus personnels.

Quel est votre apport aux porteurs de projets ?
Nous leur recommandons fortement de ne pas s’isoler dans leur aventure. Comme je l’ai souligné précédemment, il existe un panel d’institutions ou de structures qui peuvent apporter un appui technique mais aussi psychologique aux jeunes créateurs. C’est en quelque sorte leur donner une assurance dans leur projet. On peut citer les Conseils régionaux d’investissement (CRI), l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences (ANAPEC), les Chambres de commerce, d’industrie et des services, l’Agence nationale pour la promotion de la PME (ANPME) et bien d’autres.
En tant que force de réflexion, nous sommes là pour aider ces jeunes à se poser les bonnes questions et à résoudre eux-mêmes leur problématique.
Le CJD, c’est aussi un espace pour échanger en toute confidentialité sur des problématiques d’entreprise, s’enrichir du regard des autres et profiter de toute la richesse d’un réseau convivial. C’est enfin, et surtout, un moyen de se mettre en dynamique pour améliorer sa performance et celle de son entreprise.
Pour cela, au CJD, nous proposons à chacun de réfléchir pour prendre du recul et anticiper, se former pour progresser, expérimenter pour innover, s’engager pour influencer.

Quel bilan peut-on faire de l’association depuis sa création ?
Un bilan plutôt positif avec l’ouverture de huit sections à travers le pays ainsi que plus de 200 chefs d’entreprise. Nous avons été à l’origine du guide du jeune créateur ou encore «le certificat du jeune qui démarre». Nous organisons également chaque année des manifestations à caractère managériale comme la semaine de l’entrepreunariat, le forum des métiers en collaboration avec d’autres partenaires ainsi que d’autres événements.
Par ailleurs, nous travaillons sur un projet phare qui est le statut de l’auto-entrepreneur, une nouvelle façon de créer son entreprise en ligne sans trop se casser la tête avec les démarches administratives. En France, par exemple, ce sont plus de 400 000 auto-entrepreneurs qui se créent par an à raison de 3 000 par jour.
Ce statut donne l’avantage de rendre la création d’entreprise plus accessible et donc supprime le frein psychologique. Si tout se passe bien, cette démarche verra le jour dans la prochaine Loi de finances 2011.

Le CJD a également lancé l’école de l’entrepreneur en collaboration avec l’Université Hassan II de Casablanca en 2006, qu’en est-il actuellement ?
Actuellement, deux modules y sont dispensés, axés sur l’esprit entrepreunarial. Ces formations de courte durée se font avec la participation du cabinet international MSI. L’objectif est de développer les comportements comme l’esprit d’initiative et recherche d’opportunités, la prise de risque, la recherche permanente de qualité et d’efficacité, le respect des engagements, la capacité de recherche d’information, définition des objectifs, planification…