On est passé de l’ère de l’idéologie à  celle de l’«imagologie»

L’image de soi se définit comme l’idée ou la perception que chacun se fait de son identité psychologique et sociale et qui va influer sur son comportement.
Le piège est qu’à un moment donné, les personnes
ne raisonnent plus qu’en image, elles perdent leur identité et leurs
valeurs.
Une image adaptée est une image
où l’on retrouve la cohérence avec
les actes.

youness bellatif
DG du cabinet Convergence et président de l’association Maroc coaching
«L’exposition aux médias fait que de plus en plus de managers recourent aux outils modernes comme le media training ou le coaching pour améliorer leur image.»

L’attitude exemplaire, la finesse de la communication sur le fond comme sur la forme, la maîtrise des émotions, l’équilibre dans le jeu relationnel… Autant de paramètres qui permettent de soigner son image et de s’imposer à ses collaborateurs.
Entretien avec Youness Bellatif, DG du cabinet Convergence et président de l’association Maroc coaching qui nous donne quelques clés.

La Vie Eco : Comment définissez-vous l’image de soi ?
Youness Bellatif : L’image de soi se définit comme l’idée ou la perception que chacun se fait de son identité psychologique et sociale et qui va influer sur son comportement. C’est comment on se voit, ce que l’on croit être, ce que l’on croit qu’on est capable de faire, comment on croit que les autres nous voient…
L’image de soi résulte essentiellement de sentiments et de sensations qu’on forme au cours de la vie. Elle n’est que le résultat de nos propres expériences.
Par la même occasion, la manière dont nous nous évaluons influe sur notre comportement et la manière dont nous allons agir avec l’environnement. Exemple : un manager qui porte un regard négatif sur lui-même va difficilement appréhender toutes les actions qu’il va entreprendre, même s’il est compétent. Ce qui va lui porter préjudice.
Je pense qu’aujourd’hui l’image de soi est tellement importante qu’on peut la qualifier de compétence tout comme les compétences techniques ou autres.

Pourquoi ?
Tout simplement parce qu’il y a quelques années un manager pouvait se contentait de jouer uniquement sur le message pour le faire passer. Ce n’est plus le cas maintenant. Nous sommes entrés dans l’ère de l’image marketing et commerciale.
Il suffit de voir les hommes politiques, les stars de cinéma et autres vedettes de sport qui jouent sur leur image pour véhiculer des messages.
On est passé de l’ère de l’idéologie à celle de «l’imagologie», si on veut pousser plus loin la dérision. C’est un facteur conditionnel de carrière. On voit bien, dans certains cas, que l’image peut dépasser l’identité d’une personne. Yves Saint Laurent, Zidane, et bien d’autres… Ils deviennent carrément des marques. Leur image marketing ne leur appartient plus. On voit bien que l’image peut être un vecteur puissant de communication parce que nous avons tous, d’une certaine façon, besoin de nous projeter vers une image idéale.
Le piège de l’image est qu’à un moment donné les personnes ne raisonnent plus qu’en image. Elles ne retrouvent plus leur identité et leurs valeurs.

Est-ce dangereux ?
Tout à fait. Car il y a un décalage entre l’image que l’on projette et ce que l’on fait réellement sur le terrain. En coaching, j’ai souvent tendance à dire aux gens «faites attention à l’appétit que vous donnez aux gens». Une image adaptée est une image où l’on retrouve la cohérence avec les actes. Par exemple, si un manager est dur, et qu’il n’essaie pas de le masquer derrière une image édulcorée, même si on n’est pas d’accord avec ses méthodes, on sait au moins à quoi s’attendre. Il ne faut pas oublier que les gens marchent par intuition. Si vous êtes bon à leurs yeux, ils vous adoptent facilement.

Quelle image portent généralement les personnes sur leurs managers ?
Il n’y a pas de règle générale. C’est souvent l’image d’un manager en quête d’identité propre. C’est aussi l’image d’un manager en transition et en mutation par rapport à son environnement. Ce qui est non négligeable. Tout simplement parce que cette période de transition permettra aux managers de mieux s’adapter à leur environnement et par conséquent de développer la confiance en eux-mêmes.

Pensez-vous que les managers se préoccupent de leur image pour se faire apprécier ?
Absolument ! De plus en plus, les managers recourent à des outils modernes comme le media training pour corriger leur expression orale et physique. Compte tenu de l’incontournable exposition aux médias et à des audiences de plus en plus exigeantes, les managers s’y sont mis. Ils ont recours également au coaching pour soigner leur image. L’attitude exemplaire, la finesse de la communication sur le fond comme sur la forme, la maîtrise des émotions, l’équilibre dans le jeu relationnel… sont autant de paramètres qui permettent aux managers de s’affirmer aux yeux de leurs collaborateurs.

Y a-t-il une attitude précise à envisager pour imprimer son image ?
Il n’y a pas d’attitude particulière. Il faut surtout se poser la question de savoir quel comportement adopter face à une situation qui dépend de ses ressources. Certaines situations exigent des comportements ou des attitudes différentes selon ses propres forces et faiblesses. En coaching, il y a une prise de conscience de trois paramètres à savoir : Quelle est la situation ? Qui ai-je en face de moi ? Quelles sont mes ressources dont je suis conscient ? L’alchimie de ces trois facteurs permet de produire le comportement adéquat et, in fine, donnera l’image qu’on souhaite véhiculer.

Comment alors soigner son image ?
D’abord, il faut prendre conscience de l’image qu’on porte sur soi ainsi que de celle qu’on pense projeter sur les autres. Il faut aussi respecter soi-même ce que l’on impose aux autres. Le manager doit être attentif à ce que les valeurs et les règles en vigueur dans l’entreprise soient respectées. Pour remporter l’adhésion des collaborateurs, le mieux est de pouvoir établir les règles collectivement, ce qui n’est pas toujours possible. Si elles sont imposées, le manager devra expliquer leur raison d’être, leur finalité pour permettre à chacun de les comprendre.
A l’évidence, le manager devra également montrer l’exemple et être le premier à suivre les règles qu’il impose sous peine de se faire griller totalement.