Mon chef sabote mon boulot

C’est à  croire qu’il a vraiment peur que je lui prenne sa place ! Mon chef passe son temps à  saboter mon travail et pour cela -pour une fois- il fait preuve d’une créativité sans limite. Cela passe bien sûr par le classique «je le garde sous le coude pour le valider», ce qui n’arrive jamais (et il place des warning rouge sur quasiment tous mes dossiers), à  des ordres contradictoires, des emails pièges et des commentaires équivoques. Je me demande ce que j’ai bien pu lui faire : après tout je fais mon travail plutôt bien -d’ailleurs même son n+2 aime travailler avec moi en direct-.

Que me conseillez-vous ?

D.K. – Rabat.

Attention à la paranoïa ! Selon notre angle de vision, une même situation peut être interprétée très différemment. Ainsi votre lecture personnelle consiste à insister sur le fait que seul votre manager est fautif et vous pas du tout (en fait vous êtes la victime et lui le bourreau). Un des participants à notre stage de Leadership était persuadé que son chef le détestait et que cela expliquait le fait qu’il le surchargeait de travail plus que les autres membres de l’équipe. Fort de cette croyance, ce participant l’alimentait à chaque fois qu’il en avait l’occasion : remarques du manager, email, réunion… En fait, il auto-alimentait sa perception. Au bout de quelques mois est arrivé l’entretien d’évaluation, et c’est là que le manager lui annonça qu’il souhaitait le proposer pour un poste de direction ! Autant vous dire que ce participant n’était pas très fier de s’être embarqué dans cette paranoïa. Aussi, examinez la situation sur tous ses aspects…

Le manager Indécis

Ce que vous décrivez de votre manager semble indiquer qu’il fait partie de ces managers qui hésitent longtemps avant de «trancher». Ainsi, les décisions tardant, cela se répercute sur tous les membres de l’équipe. Cela peut être par un manque de confiance en soi (qui se traduit bizarrement assez souvent par une «prétention» exacerbée…). Alors rassurez-le ! Informez-le, et faites-le avant qu’il ne vous en fasse la demande. Evitez à chaque fois que vous le pouvez de vous adresser directement à votre n+2, car cela est un véritable déclencheur de guerre pour la majorité des managers (qui n’aiment pas voir leur autorité remise en question par leur propre supérieur et sous l’impulsion d’un collaborateur !)

Et si c’était vrai ?

Après tout, vous avez peut-être envie de prendre la place de votre chef ?
L’ambition n’est jamais une mauvaise chose pour peu qu’elle soit cadrée par des valeurs solides ! Maintenant si c’est le cas, demandez-vous comment vous réagiriez si vous étiez à la place de votre manager ? Ne défendriez-vous pas votre territoire ? Il est bien dommage que notre «éducation» ait omis un aspect indispensable. En effet sous couvert de politesse, nous ne sommes pas francs les uns vis-à-vis des autres. Aussi, nous ne nous DISONS pas les choses. Les sous-entendus foisonnent, les «piques» pleuvent, et la performance chute. Aborder le sujet avec lui ne serait-il pas la solution la plus logique ? Cela nécessiterait une transparence totale et une maturité des deux côtés. Car, si votre manager trouve difficile d’écouter vos griefs, cela ne sera pas évident également pour vous ! C’est un des rares avantages du conflit en entreprise, il révèle la partie la plus «honteuse» de notre personnalité (à l’ère du «mettez en avant les qualités !») mais en même temps, comme l’a écrit RIVAROL, «nos défauts devraient nous donner une qualité : l’indulgence pour les défauts des autres» et c’est avec indulgence que nous arrivons en général à progresser dans notre relation avec autrui…
Maintenant, il reste une possibilité que vous ayez raison…
Et dans ce cas, il est très rare qu’un collaborateur «gagne» la guerre du stress avec pour adversaire son manager. Ne vous surestimez pas, car j’ai vu malheureusement beaucoup trop de personnes entêtées qui pensaient «faire la vérité sur le méchant boss» et qui n’ont rien gagné si ce n’est une amertume longue à disparaître… Alors si vous êtes certain de cela, envisagez un futur dans une autre contrée et dites vous qu’on apprend aussi bien -si ce n’est mieux- des «pires pratiques» que des meilleures !

 A vous de jouer !