Mohssine Benzakour : «Les jeunes fonctionnent à  l’affectif»

Mohssine Benzakour : Psychosociologue, chercheur universitaire.

Le monde du travail tout comme la société font aujourd’hui face à une réelle révolution culturelle. La jeune génération, celle née dans les années 80, a repris le flambeau d’une évolution commencée après l’indépendance. C’est une génération qui a su s’adapter aux nouveaux modèles économiques et qui a désormais le monde entre ses mains. Nombreux sont ceux qui voient de l’opportunisme dans leur capacité d’adaptation au monde de l’entreprise. Il est vrai que leur quête de bien-être ne fait pas d’eux des compagnons particulièrement fidèles. Les attentes des uns s’opposent à celles des autres, générant des incompatibilités d’humeur. Les ressources humaines (RH) ne peuvent rester aveugles face à cette révolution sociale. Elles apprennent à séduire les futurs salariés, mettent en place une vraie stratégie d’intégration et de fidélisation. L’une des caractéristiques principales de cette génération est son optimisme.

Ces jeunes fonctionnent à l’affectif. Ils ont le besoin pressant d’évoluer dans un environnement rassurant, sympathique et ouvert, loin de toute froideur réglementaire. Ils veulent être respectés, sentir que l’on a confiance en eux et dans leurs capacités. Donc, leur adaptation passe par la communication affective basée sur la transparence, la simplicité et l’enthousiasme. Habituée à un monde en évolution permanente, la patience est loin d’être la qualité principale de cette génération, ce qui veut dire que l’entreprise où manquent l’ambiance, la  joie et le plaisir connaîtra une instabilité et un grand pourcentage de démission.

En quoi leurs attentes sont-elles différentes des autres générations ? La première est qu’ils sont en début de carrière, la deuxième est qu’ils ont réussi à s’approprier ce que nous appelons, avec un peu d’appréhension, les nouvelles technologies de l’information et de la communication, devenues un acteur essentiel dans l’acquisition du savoir, du savoir-être et du savoir-faire, au même titre que la famille, l’école ou l’entreprise qui, pour le coup, ont perdu quelque peu de leur aura. La troisième : désormais c’est soi, son plaisir et les relations avec son environnement qui comptent. Il sera difficile de compter sur la fidélité du jeune : le jour où vous ne lui proposez plus d’évoluer rapidement, il n’hésitera pas à vérifier si l’herbe n’est pas plus verte chez le voisin. Il ne compte plus sur l’entreprise pour mener sa carrière. Son objectif sera de développer ses compétences en multipliant ses expériences afin de se valoriser sur le marché du travail. Profitant de toutes les opportunités, il quittera une entreprise sans aucun remord.

Sur un autre aspect, on ne peut parler de difficultés de cohabitation ou de compréhension. Il ne faut pas dramatiser. Mais je dirais que la difficulté majeure réside dans la notion du travail chez les jeunes qui n’est plus une finalité comme il a été le cas pour les autres générations (un moyen de gagner sa vie, de consommer, de maintenir sa position sociale) mais un moyen, celui d’atteindre ses objectifs personnels. Ce qui fait que les représentations mentales, donc les attentes, sont différentes, ce qui veut dire aussi que le DRH doit être conscient de cette situation pour maintenir l’équilibre général.  

En ce qui me concerne je rencontre des difficultés avec les jeunes, surtout quand il s’agit de les convaincre de se libérer du poids social pour se concentrer sur leur rôle qui est d’apporter des solutions à l’entreprise. Notre société de consommation leur a inculqué le manque de patience, les réseaux sociaux les ont poussés vers un monde fermé qui est le leur, ceci nous conduit à chercher les meilleures pratiques au sein d’un environnement changeant. Et comme avait dit Steve Jobs : «Innover, c’est relier des choses entre elles», donc trouvons tous ensemble ces liens qui relient afin que le travail devient un art de vivre. Apprenons à dépasser nos peurs : axons notre quête de la performance sur l’anticipation, la transparence, la force de l’explication et non pas sur la justification. Enfin, n’oublions pas que nos salariés toutes générations confondues ne peuvent évoluer professionnellement sans pouvoir compter sur leur manager et sa transparence au niveau de la vision et la stratégie, l’organisation, les enjeux numériques, la culture, les valeurs…