Mobilité géographique : tremplin ou sanction ?

Elle est culturellement difficile à accepter.
Il convient de s’informer avec soin sur son futur cadre de vie et surtout
de verrouiller son contrat.
On peut refuser si l’éventualité d’un déplacement
n’est pas spécifiée dans le contrat de travail, mais on
renonce ainsi à des possibilités de promotion rapide.

Vous avez envie de changer de structure ? Vous ne supportez plus votre environnement de travail ? Vous désirez effectuer de temps à autre une nouvelle mission dans une autre ville ? La mobilité géographique est une bonne solution. Dans bien des cas, elle peut être salutaire. De l’avis de Jamal Belahrach, DG de Manpower, c’est un moyen efficace pour donner un coup de pouce à une carrière. «C’est enrichissant du point de vue professionnel. Un cadre qui accepte une mobilité peut aussi voir ses chances augmenter en termes de promotion», précise-t-il. «En changeant d’entreprise, l’avancement en termes de responsabilités et de salaire peut être nettement accéléré», confirme un cadre qui a bien profité des opportunités qu’offre la mobilité géographique. Un autre a eu un poste de DG avec tous les avantages y afférents en acceptant de prendre en charge une filiale de sa société implantée dans un autre pays.
Mais attention aux surprises. La mobilité est un pari. Si on sait forcément ce que l’on perd, on ignore ce que l’on va trouver ailleurs, notamment pour ce qui concerne les conditions de travail. Pour quelques uns, cela ne leur a pas réussi parce qu’ils n’ont pas pu s’intégrer dans leur nouvel environnement. «Difficile de se séparer d’une ville comme Casablanca. Cela a été un fiasco lorsque j’ai été affecté à Tanger pour prendre en charge la commercialisation de nos produits dans la région du Nord. Les relations de travail, l’ambiance de la ville, les coins pour s’amuser… Tout était différent. Je n’ai pas pu résister et au bout de deux ans, j’ai demandé à rentrer», souligne ce cadre d’une grande entreprise.

De nombreuses villes n’offrent pas de conditions d’accueil attrayantes
Il est évident qu’une mutation entraîne une perte de repères aussi bien sur le plan professionnel que personnel. En effet, déménager c’est s’éloigner du lieu où l’on a ses habitudes, ses amis et sa famille. Le pas n’est donc pas facile à franchir. «C’est encore plus difficile lorsqu’on a une famille à charge ou lorsqu’on est propriétaire de son logement», note Mohamed B., fonctionnaire dans un établissement public. Les difficultés sont exacerbées au niveau local par le déficit d’infrastructures. Comme l’explique le DG de Manpower, «beaucoup de villes n’offrent pas encore de réelles opportunités en termes de logement, d’infrastructures sanitaires et d’animation, surtout pour les cadres qui recherchent une meilleure qualité de vie».
La mobilité géographique n’est heureusement pas limitée au niveau local. Dans les multinationales, les cadres sont souvent envoyés dans des filiales implantées dans d’autres pays. Ces déplacements qui permettent de former, entre autres, des managers de très haut niveau, ouverts sur d’autres cultures, sont même bien spécifiés dans le contrat de travail. Autrement-dit, la mobilité externe est une règle dans ces structures. Dans de grandes entreprises de la place qui ont des implantations à l’étranger, les postes, très convoités en raison des avantages qui leur sont rattachés, sont confiés à des cadres triés sur le volet pour leur compétence ou du fait de leur proximité avec la direction.
Mais quels que soient les avantages en interne ou en externe, la mobilité géographique fait souvent peur, à cause des mauvaises surprises liées notamment aux difficultés d’adaptation, problème souligné plus haut. Du coup, d’aucuns sont amenés à décliner des propositions d’affectation. C’est faisable si l’éventualité de changer de ville ou de pays n’est pas spécifiée dans le contrat. Cependant, en cas de refus, «les possibilités de promotion peuvent être limitées», avertit Jamal Amrani, DRH d’Accor Maroc.

Les difficultés d’adaptation en font hésiter plus d’un
En clair, en acceptant, vous rendez service à l’entreprise, qui présentera cela comme une main qu’elle vous tend. Un geste qui, le plus souvent, constitue un tournant dans une carrière. Il faut donc saisir l’opportunité en prenant quelques précautions à savoir: collecter toutes les informations (cadre de vie, écoles pour les enfants, logement…) permettant de bien s’intégrer dans le futur environnement. Evidemment, la mission doit être précisée par l’employeur, mais il faut toujours prendre soin de bien négocier toutes les conditions (salaires, avantages en nature, possibilités de promotion, formation…) pour mettre tous les atouts de son côté