Mobiliser ses collaborateurs sans les harceler : c’est possible !

Pour beaucoup de managers, mettre la pression est le meilleur moyen pour atteindre les objectifs.
Les spécialistes en RH mettent en garde: la pression est souvent contre-productive, parce qu’elle démoralise, crée la tension.
L’idéal : transparence avec les collaborateurs, écoute mais aussi sanction quand il le faut.

Rythme anormal, urgences, contraintes, risques… Des termes qui sont devenus récurrents dans le monde du travail. Avec l’intensification du rythme de travail, la pression du court terme, du quotidien, a fortement augmenté. Pour beaucoup de managers, pousser les collaborateurs à atteindre les objectifs, améliorer la qualité, attirer l’attention des équipes sur les risques de perte d’un marché ou sur l’agressivité de la concurrence…, tout cela passe inévitablement par une seule méthode : mettre la pression en continu.

Les moins performants sont harcelés ou licenciés s’ils ne progressent pas, tandis que les plus performants sont récompensés. Conséquence : les collaborateurs qui redoutent de se retrouver sur le gril essaient forcément de rester en éveil par crainte d’être taxés de loosers (perdants) ou d’improductifs.

Souad M., 32 ans, responsable ressources humaines dans une société en pleine crise sociale, subit cette pression au quotidien. «Ma hiérarchie me fixe régulièrement des objectifs impossibles à atteindre en termes de charge de travail. En plus, ici, tout est urgent. Même les clients vérifient si on respecte les délais à la seconde près. Il faut suivre la cadence ou décrocher. L’ambiance est devenue abominable, il n’y a plus aucune solidarité entre collègues, et, chaque jour, quelqu’un arrive en pleurs dans mon bureau. Parfois, je rêve de monter un petit business et ne plus avoir à me préoccuper de relations humaines», raconte-t-elle.

Si la pression, en tant qu’outil de motivation, est le plus souvent utilisée durant les périodes de transition, de crise ou d’incertitude, dans certaines organisations, c’est devenu quasiment la règle. Elle fait bien recette dans beaucoup d’entreprises. Il est vrai que, parfois, quand les enjeux ne sont pas bien compris, il n’est d’autres choix que de brandir l’arme de la sanction pour atteindre les objectifs. Ne voit-on pas parfois des personnes très portées sur les discussions avec les collègues se replonger dans leurs dossiers dès qu’elles ressentent la présence du patron ?

Choisir la manière forte, comme le fait l’entreprise de Souad, revient pourtant à faire fausse route. Pour Amine Jamai, DG du cabinet Valoris Conseil, «l’exigence de productivité est certes incontournable, mais mettre une pression délirante sur les salariés pour y répondre n’est ni le comportement le plus répandu ni surtout le plus performant à moyen et long terme. Pour faire progresser l’entreprise, on a besoin de l’engagement des salariés. Ceux qui ont pour seule stratégie d’exploiter les salariés finissent toujours par échouer».

Bien gérer le temps est déjà un moyen pour atténuer la pression

Faute de le comprendre, les entreprises qui privilégient la pression immédiate en paient le prix, tôt ou tard. Le taux d’absence pour maladie commence par grimper, suivi par celui des démissions. Les clients sentent l’ambiance délétère et se détournent, la réputation de la société s’en ressent et ses résultats suivent.

Booster une équipe sans trop la secouer demande beaucoup de doigté. De la même manière, se focaliser sur l’atteinte des objectifs comme seul critère d’évaluation relève de la vision à court terme.
Il faut également relever que cette montée d’adrénaline résulte le plus souvent d’une mauvaise gestion du temps ou d’organisation du travail dans l’entreprise comme l’expliquent bon nombre de consultants RH de la place. Si les priorités ne sont pas clairement définies, il est certain que cela entravera le travail de chacun et se répercutera sur le rendement de l’entreprise. Dans de telles conditions, les bonnes résolutions personnelles peuvent être inefficaces. Cependant, cette impression de surbooking permanent n’est pas une fatalité. Il est parfaitement possible d’atteindre ses objectifs sans trop de pression. La recette miracle n’existe pas mais l’on peut déjà énumérer quelques règles à suivre.

Le plus simple et le plus efficace est de se placer dans une structure la plus rigoureuse possible quant à la mission et aux objectifs et la plus souple possible quant aux moyens d’y parvenir. En d’autres termes, il faut donner à ses équipes les moyens d’atteindre leurs objectifs. Ce qui est facile à exprimer, moins aisé à mettre en place.

Les gourous du management aiment bien répéter qu’il faut jouer le management participatif. Mais cela ne suffit pas, il faut encore aller plus loin.
Pour Anass Benjelloun Zahr, DG de l’agence Mawazin, «au lieu de tenir un seul discours rébarbatif pour toute l’équipe, j’identifie le bon levier pour chacun et j’essaie de le lui transmettre directement. Et quand il faut rappeler à l’ordre tel ou tel collaborateur, je m’adapte là aussi en fonction des profils et des situations. Attention toutefois, je me suis fixé comme règle de ne jamais m’expliquer avec un collaborateur devant le reste de l’équipe», dit-il.

Mobiliser c’est aussi montrer l’exemple. Il ne s’agit pas tel un bon sabreur de se trouver toujours en tête de ses troupes. Mais si on exige une ponctualité et une assiduité, on n’a pas à être absent pour des motifs personnels.

La mobilisation suppose de l’assurance. Une équipe inquiète ne peut donner tout son potentiel. Bien entendu, un manager stressé n’est pas crédible. Mais il ne peut pas non plus porter le projet d’entreprise. S’il a des doutes, une seule solution : ne pas le montrer et jouer zen.
Et si toutes les recettes internes ne fonctionnent pas ou sont insuffisantes, il est possible d’user des compétences externes.

Aujourd’hui, des cabinets spécialisés dans l’accompagnement individuel (coaching) commencent à se développer sur la place. Mais, compte tenu du coût des prestations, ils sont plus indiqués pour un nombre limité de personnes. Pour des groupes plus larges, on peut se contenter d’un coaching collectif, c’est-à-dire le team building. Une technique jugée efficace pour regonfler le moral d’une équipe. Les entreprises qui ont eu recours à cette pratique moderne affichent une augmentation moyenne de leur efficacité de l’ordre de 30% .