Marché de l’emploi : les faits saillants de 2007 et la tendance pour 2008

Tourisme, services, immobilier et
nouvelles technologies ont été les secteurs les plus dynamiques sur
le marché de l’emploi en 2007.
Ingénieurs et commerciaux ont été de loin les profils les plus recherchés.
Les entreprises restent réticentes vis-à -vis des débutants.

L’année 2008 démarre sous de bons auspices. C’est du moins l’avis des spécialistes du marché de l’emploi qui estiment qu’en terme de création d’emplois elle va continuer sur un rythme identique ou plus soutenu que celui de 2007 qui a été très satisfaisante, surtout pour les cabinets de recrutement. Qu’on en juge. D’après les statistiques du Haut commissariat au plan (HCP), on a enregistré la création de près de 111 000 nouveaux emplois au 3e trimestre. Par secteur d’activité, les services tiennent le haut du pavé avec un accroissement de 1,8% par rapport à  la même période de l’année dernière, soit

65 000 emplois créés dans le secteur. L’industrie a également enregistré près de 41 000 nouveaux postes, soit un accroissement de 3,3% par rapport à  la même période de l’année précédente. Autant dire que l’embellie est de mise. Pour sa part, l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi et des compétences (Anapec), plus grande agence de placement de la place, se réjouit déjà  de ses performances. En effet, l’agence a réalisé plus de 73 000 insertions durant la période 2006-2007 sur les 65 000 prévues au départ, soit 12% de plus. Pour 2008, l’agence compte également recruter près de 46 000 chercheurs d’emploi.

Aujourd’hui, avec son programme Emergence et sa stratégie offensive d’offshoring, le Maroc attire de plus en plus d’entreprises. Du coup, le marché de l’emploi explose. Les secteurs les plus dynamiques sont incontestablement les nouvelles technologies, les banques et assurances, l’hôtellerie et tourisme et l’immobilier et BTP.

Dans le domaine informatique, par exemple, on s’arrache les profils pointus, principalement ceux qui maà®trisent le Java/J2EE, le Dot Net et les progiciels de gestion (ERP). Pour ces derniers, les cabinets de recrutement partent à  la chasse des consultants techniques ou fonctionnels maà®trisant des progiciels tels que SAP, Oracle Applications…, ou encore les logiciels de CRM ou décisionnels.
Outre l’offshoring, la libéralisation du secteur des télécoms a entraà®né une forte demande sur les profils spécialisés. Pour preuve, chaque fois qu’un nouvel opérateur arrive, on assiste à  des débauchages massifs chez les concurrents.

L’éventail des profils recherchés est très large
Le domaine de la sécurité des systèmes d’information n’est pas en reste. Les sociétés de services et d’ingénierie informatiques (SSII), sous l’effet des besoins de leurs clients, recherchent des auditeurs des systèmes d’informations, des experts en sécurité, notamment pour les tests d’intrusion, des architectes SI.

Autre secteur dynamique, celui de la banque. Depuis 2005, l’effectif du secteur est en croissance continue après une légère stagnation en 2004. Depuis, le nombre de salariés est passé de 24 288 à  25 686 en 2006, soit une progression de 5,7% (rapport d’activité de Bank Al Maghrib pour l’exercice 2006). Cette progression s’explique par l’engagement des banques dans de nouveaux chantiers liés au développement des systèmes d’information et de gestion des risques, en relation notamment avec l’évolution de la réglementation comptable et prudentielle et les nouvelles exigences en matière de contrôle bancaire. Elle est aussi le résultat de l’expansion des réseaux d’agences et de l’activité bancaire tant au plan local que sur le plan international.

Le premier constat qu’on peut dresser est que l’éventail des profils demandés dans le secteur est très large. A commencer par les commerciaux qui sont les plus recherchés. Avec la multiplication des produits, les banques sont à  l’affût de professionnels capables d’assimiler rapidement leur métier, mais surtout de personnalités dotées du sens du service et de la relation client. Par exemple, le rôle du chargé d’accueil en agence est aujourd’hui celui d’un véritable conseiller, capable de vendre les différents produits bancaires tout en personnalisant la relation avec le client. Le métier implique un important suivi de clientèle, d’o๠la multiplication des plates-formes téléphoniques destinées à  répondre en temps réel aux demandes des clients. Cette nouvelle approche qui prône la réactivité favorise le recrutement de profils de télévendeurs ou téléconseillers ou encore chargés de clientèle (les appellations diffèrent suivant les entreprises). Ce type de poste est une belle porte d’entrée dans le monde de la banque, c’est parfois même un passage obligé pour pouvoir évoluer vers d’autres métiers. Car, l’un des atouts du secteur bancaire réside d’abord dans les perspectives d’évolution qu’il offre. Pour la Société générale marocaine de banques, qui compte à  son actif près de 3 000 collaborateurs au Maroc et couvre tous les domaines d’activité avec 14 filiales spécialisées, la diversité est de mise. La recherche porte à  la fois sur des profils de commerciaux (conseiller de clientèle, chargé d’affaires PME-PMI ou grandes entreprises, directeur d’agence, conseiller en gestion de patrimoine…) et sur les fonctions dites de support ou activités transversales comme les chefs de projets organisation / informatique, les conseillers juridiques et fiscaux, auditeurs, contrôleurs de gestion, chefs de produits, gestionnaires de ressources humaines…

A côté de la fonction commerciale, la finance de marché progresse de plus en plus. Des postes d’analystes financiers, de traders et autres gestionnaires de fonds sont davantage sollicités. Pour les spécialistes du recrutement, les besoins sont tellement importants et les profils pointus tellement rares qu’il faut souvent faire appel à  des personnes expérimentées localement ou aller chercher à  l’étranger les compétences ciblées. Il convient de noter que le développement des agences se traduit par des besoins au niveau des métiers de support (informatique, marketing, back-office, inspection, finance…). A ce niveau, les profils recherchés sont en majeure partie des nouveaux diplômés Bac+4 et plus. Ils sont principalement issus des universités et écoles de commerce ou d’ingénieurs.
Le tourisme et l’hôtellerie ont également connu une tendance très favorable, qui dure depuis trois ans, et sont en passe de devenir le plus gros employeur au pays. Pour le moment, les instituts de formation sont loin de pouvoir satisfaire les besoins.

Le tourisme est en passe de devenir le plus gros employeur du pays
Les établissements placés sous la tutelle du ministère du tourisme et l’Institut international du tourisme disposent d’une capacité globale de plus de 4 000 places. Outre la pénurie des profils et du fort turn-over qui sévit dans le secteur, les professionnels doivent mener aussi un autre combat : celui de la professionnalisation du service. Pas facile quand le personnel est insuffisamment ou mal formé et, de surcroà®t, peu motivé. Dans de nombreuses unités hôtelières de la place, pour ne pas dire la majorité, ce problème est pourtant latent. Mais il est toujours passé sous silence. De l’avis d’un directeur commercial d’un palace de Casablanca, «il ne suffit pas de sortir d’une bonne école, d’avoir quelques connaissances techniques, pour être à  la hauteur ; il y a de nombreux facteurs subjectifs qui entrent en ligne de compte dans l’appréciation d’un service». Il insiste tout particulièrement sur le comportemental, un aspect essentiel surtout pour les personnes ayant des contacts directs avec la clientèle.
Concernant l’année 2008, indépendamment des secteurs, on s’attend à  ce qu’elle soit plus celle des «emplois de terrain», prévoit Chantal Aounil, responsable recrutement chez Bil Consulting. Pour elle, «la chasse aux ressources qualifiées représente un grand défi pour la viabilité et la pérennité des entreprises. Actuellement, seuls les profils expérimentés ou opérationnels tirent leur épingle du jeu. Par conséquent, on assiste à  une surenchère sur les salaires» .

On notera aussi que peu de métiers nouveaux émergent sur la place. On assiste plutôt à  des évolutions de métiers. «Ils sont impactés par les nouvelles technologies, par l’évolution de l’organisation du travail des entreprises…», note Mme Aounil. Les nouveaux métiers sont plutôt rares et positionnés sur des niches. Ce sont des métiers qui nécessitent une double compétence. Par exemple, la biologie et l’informatique donnent naissance au métier de bio-informaticien.

Surmonter ce déficit des ressources humaines ne pourra se faire sans les établissements de formation, privés et publics. Tous les professionnels plaident aujourd’hui pour une adaptation des formations de la place aux exigences du marché.
Le Maroc n’a pas encore gagné la bataille de l’emploi, constatent les spécialistes. Les besoins augmentent à  mesure que les entreprises s’installent.
Du côté des pouvoirs publics, on s’emploie à  accompagner les entreprises par la formation d’un grand nombre d’ingénieurs et de techniciens (programmes «10 000 ingénieurs», Idmaj et Taehil). Au vu du nombre de diplômés chômeurs, il y a encore beaucoup d’efforts à  fournir pour l’adéquation formation-emploi.