Marché de l’emploi : Avis de Mohamed Ben Ouda DG de la SNTL par intérim

«On constate rarement une véritable politique de gestion des talents chez les prestataires logistiques»

Contrat programme logistique, zones logistiques aux standards internationaux, création d’instituts de formation, développement d’une communauté logistique…
Mohamed Ben Ouda, DG de la Société nationale des transports et de la logistique (SNTL) par intérim, fait le point sur ce qui se développe dans le secteur.

– Comment analysez-vous l’évolution des métiers de la logistique au Maroc ?

Avant d’évoquer l’évolution des métiers, il convient peut être de définir ce qu’est la logistique ou plus largement la Supply Chain et son champ d’intervention, même si sa définition est relative au contexte économique, social et politique de chaque pays. Car à mon sens, le métier de la logistique au Maroc a connu une évolution en deux temps, l’avant- contrat programme logistique (avant 2010) et l’après-contrat programme logistique.
L’avant-contrat programme logistique a été caractérisé par une rareté des profils, une communauté logistique en voie de constitution, une carence dans les zones logistiques avec un faible marché de l’externalisation. Au niveau des entreprises clientes, la logistique fut avant tout une recherche d’optimisations opérationnelles partielles et disjointes (gestion de parc, gestion des stocks, tournées de livraison, etc.) et de rationalisation des structures de la firme. Sa recherche d’efficience correspondait à une démarche productiviste classique de réduction des coûts d’opérations.
Le contrat programme logistique, porté aujourd’hui par l’Agence marocaine de développement de la logistique (AMDL) sous la tutelle du ministère de l’équipement, du transport et de la logistique, a donné à la profession une visibilité et une cohérence pour développer le secteur et a jeté les bases d’une logistique performante à travers une stratégie dédiée. Désormais, le Maroc bénéficie des zones logistiques aux standards internationaux, des instituts de formation logistique de qualité et a connu l’émergence d’opérateurs logistiques marocains d’excellence et une communauté logistique qui regroupe les opérateurs publics et privés à travers des forums logistiques, des salons et des commissions au niveau de la CGEM. Sans parler des opérateurs étrangers qui apportent de la visibilité au niveau international.

Nous sommes aussi à la veille des initiatives prises par la Fédération nationale du transport routier pour explorer des pistes d’optimisation des flux de marchandises et cela pour donner à la Supply Chain son véritable sens par la prise en considération de la dimension transport. Car il faut avoir toujours à l’esprit que le transport représente 65 à 80% des coûts logistiques.
Comme nous pouvons le constater, le secteur se structure, le marché de l’emploi s’y prépare et actuellement il existe une demande dans l’ensemble des métiers de la logistique.

– Qu’en est-il au niveau des entreprises ?

Au niveau des entreprises clientes, la logistique a changé  de nature depuis l’apparition du contrat programme et se préoccupe principalement de coordonner les différentes fonctions de l’entreprise qui concourent à la mise en circulation des flux (conception, achat, approvisionnement, production, distribution, service après-vente, gestion de retour) en procédant à leur décloisonnement.  Les préoccupations du pilotage des flux l’emportent sur celles de production des opérations de circulation des marchandises qui commencent à être externalisées. La réduction des niveaux de stocks, le développement des flux tendus dans l’approvisionnement des sites industriels puis des sites de distribution, les exigences croissantes de marchés qui se saturent et deviennent de plus en plus volatils désignent la logistique de service comme la démarche qui stabilise et garantit la continuité des flux de marchandises. Les clients commencent à comprendre que sans «transport efficace» pas de «logistique performante»!
 
– La fonction est-elle l’apanage des grandes entreprises ?

Le rôle de la logistique consiste à piloter et coordonner la chaîne de l’offre en fonction des objectifs de service client aux meilleures conditions économiques et de développement durable. Bien comprise, cette fonction, qui commence à être déployée avec succès dans les grandes entreprises, reste cependant méconnue et sous-exploitée dans les PME. Alors qu’à l’heure de la mondialisation et des échanges globalisés, il n’est pas de développements, de rentabilités et de performances économiques possibles sans la prise en compte de tout ce qui constitue «la chaîne logistique». Ceci ne se fera à mon sens que par la prise de conscience des dirigeants de la PME de l’importance de cette fonction et de son impact direct sur la finance de l’entreprise, sur la productivité et le service client.
Un deuxième constat est que les PME au Maroc, voire dans certains groupes, associent d’abord et avant tout la logistique à des opérations de transport, de manutention et d’entreposage. Les PME considérant la logistique ainsi ignorent trop souvent le potentiel des gains et des outils technologiques performants afin de servir au mieux les opérations de fabrication et de vente.

– Comment percevez-vous la gestion des ressources humaines ?

L’actif premier d’un opérateur de prestation logistique est le capital humain. Le client achète plus qu’un service… il s’agit d’un ensemble de comportements et d’attitudes (disponibilité, réactivité, discipline, engagement, etc.). Les valeurs d’un prestataire logistique sont aussi importantes que ses actifs physiques ou ses solutions technologiques. Car lors de l’implémentation d’un nouveau dossier client, il y a un temps de transfert de compétences du client vers le prestataire afin de structurer la mise en place de process adaptés et de rendre les équipes du prestataire opérationnelles le plus rapidement possible dans le respect des normes de qualité, de sécurité et d’environnement.
C’est dans cette optique que le capital humain doit être au cœur des stratégies des opérateurs de la logistique. Or, on constate rarement une véritable politique de gestion des talents chez les prestataires logistiques. Ces dispositifs doivent être accompagnés par une politique de management basée sur l’équité, l’égalité des chances et la méritocratie afin que nos entreprises valorisent au mieux cette richesse humaine. Une politique managériale qui doit être animée par un cycle de gestion des talents qui va de l’identification jusqu’à la gestion de transition. Car on a tendance à sous-
entendre que dans le terme de Supply Chain Management, il y a le mot «Management».
Quatre dimensions critiques doivent être tenues en compte:
– l’implication et l’exemplarité du top management et des décideurs,
– la posture collaborative horizontale et verticale,
– la discipline et le respect des procédures et des réglementations,
– la culture du résultat et de l’amélioration continue.